Monnaies + Le dollar au plus haut depuis quarante et un mois

Sans événement économique majeur et sans déclaration, pro- fitant seulement de l'euro-confusion ambiante, le dollar est monté hier à ses plus hauts niveaux depuis quarante et un mois face au deutsche mark et au franc français, se hissant au plus haut dans les transactions jusqu'à respectivement 1,7650 et 5,9590. Une statistique aurait cependant pu peser sur sa tenue : la hausse de 155 %, à 8 milliards de dollars (environ 47,5 milliards de francs), de l'excédent de la balance japonaise des comptes courants en mai par rapport à la même période de 1996. Depuis le début de l'année, la tendance de fond est à une nette remontée de cet excédent après deux années de contraction consécutives, remontée de nature à faire rebondir le contentieux commercial américano-nippon. Mais Eisuke Sakakibara, le futur vice-ministre des Finances, surnommé M. Yen, ayant déclaré mardi que les taux de change ne seraient pas utilisés comme arme commerciale, le billet vert est resté quasiment stable vis-à-vis du yen : il s'est contenté d'osciller autour de 113, au lieu de subir les attaques que certains lui prédisaient, les responsables du Trésor américain endossant pour l'instant la même position. Trois atouts favorables. Le dollar dispose de plusieurs atouts dans son jeu pour poursuivre sa trajectoire haussière vers 1,80 deutsche mark soit un peu plus de 6,05 francs français. Car les arguments des Cassandre qui pronostiquent un retour de balancier ont perdu de leur substance. Le premier concerne la réduction du différentiel de rendements réels entre les Etats-Unis et l'Allemagne. La baisse de l'avantage de rémunération du dollar par rapport au deutsche mark, défalquée de l'inflation, intervenue depuis le début de l'année, n'a pas empêché le billet vert d'accroître son avance, de façon quasi ininterrompue. Cette variable déterminante de l'évolution des taux de change, lorsque les économies concernées sont en phase, perd de son acuité lorsque l'on assiste à des décalages conjoncturels, actuellement saisissants, entre l'oncle Sam et la République fédérale ou la France. Position de la Bundesbank. Le deuxième atout tient à la position de la Bundesbank, qui a estimé à plusieurs reprises que la surévaluation du deutsche mark était désormais entièrement corrigée et qu'une poursuite de son affaiblissement n'était pas souhaitable. Mais sa politique en la matière est pour le moins fluctuante. N'avait-elle pas tenté de mettre le holà à la reprise du dollar dès le mois d'août dernier, alors qu'il ne valait que 1,50 deutsche mark, en réitérant son hostilité à une hausse supplémentaire lorsqu'il s'approchait de 1,70. La semaine dernière, Otmar Issing, le chef économiste de la Buba, a même admis que la récente hausse du dollar « n'était pas surprenante », étant donné les craintes de l'avènement d'un euro faible, tout en admettant que la dévalorisation de 12 % de la monnaie allemande depuis le début de l'année n'avait pas donné naissance à des pressions inflationnistes, via les importations. Le troisième argument tient à la persistance d'un très important déficit commercial qui devrait théoriquement peser sur la tenue du dollar, monnaie du premier débiteur de la planète. Or, si déséquilibre chronique il y a, il concerne essentiellement les échanges de l'oncle Sam avec le Japon et les pays d'Asie - notamment la Chine - et non les flux de marchandises et de services vers le Vieux Continent. Dans ces conditions, il n'y a aucune raison que ce déficit aie des conséquences sur la parité dollar-deutsche mark, même si son impact sur la parité dollar-yen est important. On assiste, en effet, depuis mai à une déconnexion de l'évolution de ces deux parités, le yen ayant nettement décollé de son point bas de cinq ans atteint face au billet vert à 127,50. Isabelle Croizard

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