La Réserve fédérale américaine adopte un profil bas

La Réserve fédérale américaine n'est pas la Bundesbank, bien qu'elle partage avec elle cette indépendance du pouvoir politique qui n'est pas l'apanage de nombreuses banques centrales. En décidant mercredi soir de ne pas infléchir sa politique monétaire, après un cycle d'un an de baisse des taux qui avait permis de réduire l'objectif des fonds fédéraux - le loyer de l'argent à court terme - de 6 % à 5,25 %, la Fed, à l'issue de la réunion du FOMC, son comité directeur, n'a pas pris les marchés à contre-pied. Contrairement à la banque centrale de Francfort, qui a érigé la surprise en dogme, Alan Greenspan, fraîchement reconduit à la tête de la Fed, et ses pairs avaient multiplié, depuis plusieurs semaines, les signaux laissant anticiper un statu quo sur les « fonds » (et sur le taux d'escompte quelque peu tombé en désuétude qui reste fixé à 5 %), bien que les opérateurs, notamment sur les marchés obligataires, aient joué à plusieurs reprises à se faire peur en anticipant un relèvement des taux américains pour lutter contre ce qui apparaissait comme des clignotants manifestes de surchauffe économique. La Fed joue la transparence A la mi-juillet, William McDonough, le président de la puissante Banque fédérale de New York, avait tenu des propos sans ambiguïté : bien qu'en légère reprise au premier trimestre, l'inflation mesurée par les prix à la consommation ne donne aucun signe d'accélération persistante au cours des mois à venir, avait-il affirmé. Les indices de prix très raisonnables diffusés récemment lui donnent raison, confirmant un rythme d'inflation inférieur à 3 % en glissement annuel. La transparence de la Fed est cependant presque encore une nouveauté. Jusqu'en février 1994, date de la première remontée de l'objectif des fonds fédéraux après un gel d'un an et demi au niveau historiquement bas de 3 % et de l'inauguration de la politique des communiqués suivant automatiquement ses huit conseils de l'année, l'institut d'émission de l'Oncle Sam était champion du monde toutes catégories de l'opacité. Au point que nombre d'opérateurs des salles de marché se souviennent encore de la formidable déconvenue d'un Thanksgiving du début de la décennie où ils avaient tous été pris à revers. Il n'en reste pas moins que le cycle de baisse des taux aux Etats-Unis est arrivé à son terme et qu'au moindre signe de recrudescence de « l'hydre hideuse », la Fed n'hésitera pas à durcir sa politique monétaire. Le politique se mêlant cette année à l'économique, elle pourrait cependant attendre l'issue de l'élection présidentielle de novembre avant de remonter l'objectif des fonds fédéraux, pour ne pas perturber les rapports de force, à défaut d'être partisane. Avec le secret espoir que les tensions observées depuis le début de l'année sur le marché obligataire auront suffi à refroidir le rythme de l'activité pour éviter la surchauffe tant redoutée. En particulier, les taux à trente ans sur le marché hypothécaire sont passés de 6,94 % il y a cinq mois à 8,29 % actuellement, tandis que le rendement de l'emprunt d'Etat de même échéance gagnait 100 points de base, pour se négocier hier à 6,95 %, après avoir poussé une pointe jusqu'à 7,20 % le mois dernier. Vers une stabilité des taux nippons Ce n'est donc pas de la hausse de ses rendements que le dollar a tiré les dividendes en se hissant à un nouveau point haut de vingt-neuf mois face au yen, franchissant hier le seuil de résistance de 110,50. Vis-à-vis du deutsche mark, il est venu affleurer la barre de 1,53, tandis qu'il oscillait autour de 5,1650 francs français. Cette modeste remontée, qui n'a pas pour autant permis au billet vert de sortir de son étroite fourchette de transactions face aux monnaies européennes, tient à la certitude désormais acquise par les opérateurs que la Banque du Japon n'est pas prête à relever ses taux d'intérêt, qui campent sur leurs plus bas niveaux historiques (0,5 % pour l'escompte), mais aussi aux incertitudes quant à l'issue de l'élection russe et, au-delà, sur l'état de santé de Boris Eltsine. Isabelle Croizard

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