Jean-Pierre Clamadieu, héraut de la finance carbone

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P aris-Europlace, l'association de promotion de la place financière française - qui tient sa grand-messe annuelle aujourd'hui dans le bois de Boulogne en réunissant un parterre de prestigieux investisseurs internationaux - n'a pas perdu de temps pour se mettre en ordre de marche face à la crise. Parmi ses nouvelles priorités figure la mobilisation pour les créneaux porteurs où la place dispose d'atouts manifestes. C'est dans ce sens qu'il faut lire le rapport intitulé " Climat et innovations financières ", remis au gouvernement - Christine Lagarde, ministre de l'Économie, sera présente -, à l'occasion de ces rencontres Paris-Europlace, et dont La Tribune a reçu la primeur. La présidence du groupe de travail est naturellement revenue à Jean-Pierre Clamadieu, président de la commission développement durable du Medef et PDG du chimiste Rhodia. Cette société n'est-elle pas celle qui a reçu le plus grand nombre de CER (certificat carbone attribué sous le contrôle de l'ONU hors de la zone du protocole de Kyoto) avec près de 14 millions de tonnes l'an dernier ?Pour Jean-Pierre Clamadieu, le rôle confié au marché pour l'échange des quotas de CO2 a marqué " un tournant dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre ". Et de rappeler que, " depuis 1990, l'industrie française a déjà réduit de 20 % ses émissions ". Toutefois, si l'objectif d'une nouvelle baisse d'ici à 2020 suffit à mobiliser les industriels qui ont intégré cette dimension dans leurs choix stratégiques, " l'objectif du gouvernement français de les réduire par un facteur 4 d'ici à 2050 suppose une véritable rupture ". La finance carbone peut, selon lui, être un atout pour y parvenir, alors que Paris dispose d'arguments pour damer le pion à Londres sur ce marché. La plate-forme Bluenext, maintenant intégrée dans la galaxie Nyse-Euronext, doit pouvoir jouer sa participation internationale sur une place qui compte des entreprises concernées, des investisseurs, des banques ayant déjà dédié des équipes à ce marché (Orbeo, Saga Trading...), aux côtés d'organisations professionnelles mobilisées. Encore faut-il " mettre en synergie toutes ces compétences ". Pour y parvenir, le groupe de travail a fixé quelques priorités dont beaucoup visent à rétablir une égalité avec Londres. En premier lieu, il demande des aménagements pour domicilier les fonds carbone dans l'Hexagone.10.000 ENTREPRISES EUROPEENNES CONCERNEESConcrètement, il faudrait que les fonds (Sicav et FCP) de droit français puissent, comme les Ucits britanniques, intervenir sur Bluenext. Juste après, Jean-Pierre Clamadieu met en avant la nécessité de dégager l'avenir : " L'Union européenne doit clarifier le contenu du paquet européen climat-énergie avec une rapide adoption de la directive" pour fixer les règles du jeu après 2012, période jusqu'à laquelle courent les quotas actuellement attribués aux 10.000 entreprises européennes concernées. Dans ce cadre, " le gouvernement français pourrait montrer sa confiance dans l'avenir du marché carbone avec la constitution d'un fonds achetant des certificats post-2012 ", précise le patron de Rhodia. En outre, le manque de moyens des services français est pointé du doigt : " La mission interministérielle de lutte contre l'effet de serre dispose de dix fois moins de moyens que son homologue britannique. " À cet égard, " la refonte de ses services au sein d'une nouvelle direction générale du climat et de l'énergie, annoncée par Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Énergie et du Développement durable, va dans le bon sens ", explique Jean-Pierre Clamadieu, qui s'inquiète toutefois des conflits de compétences pouvant subsister entre le ministère de Jean-Louis Borloo et Bercy pour la gestion des certificats dégagés par l'État : " Il faut que l'État apprenne à gérer ses actifs carbone ", conclut-il. Leur mobilisation doit permettre de financer les projets diffus (transport, logement...) définis dans le Grenelle de l'environnement. Pour tout cela, on le voit bien, la plateforme de négociation Bluenext joue un rôle central : elle doit élargir sa gamme de produits financiers traités et diversifier sa clientèle. Ce dont se félicite le président du groupe de travail "Climat et innovations financières", qui voit dans les certificats négociés pour un montant de 60 milliards d'euros en 2007 un " levier puissant " pour mettre en oeuvre une vraie filière industrielle. Celle-ci trouvera d'ailleurs de quoi s'enrichir en appuyant la création de formations de professionnels de la finance carbone. En contrepoint, la filière de la finance carbone disposera de l'avance prise par Euronext sur la gestion du risque climatique qu'elle opère à travers la plate-forme Metnext.ParcoursAvant de prendre la présidence de Rhodia en mars 2008, Jean-Pierre Clamadieu était directeur général du groupe depuis octobre 2003. Il y est entré en 1993. Auparavant, il fut conseiller technique du ministre du Travail après un passage au ministère de l'Industrie. Diplômé de l'ENS des mines de Paris et ingénieur au corps des Mines, il est également président de la commission développement durable du Medef et administrateur de Faurecia et de la SNCF.

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