Farid Belkacemi ou la méritocratie en milieu financier

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Depuis au moins un an, Farid Belkacemi a beaucoup de travail. La crise financière est passée par là et la maison qui l'emploie, Viel & Cie, s'en est remarquablement bien sortie. Comprenez que ce pur intermédiaire des marchés financiers n'a pas fait de bêtises et que son bilan fin 2007 ne contenait ni subprime, ni CDO, ni autres produits toxiques qui ont fait le malheur de Bear Stearns. Voilà la récompense de ceux qui n'ont pas utilisé leur capital et un effet de levier considérable pour chercher l'ultime amélioration de la rentabilité de leur bilan. Au niveau des chiffres, cela s'est traduit en 2007 par un résultat net, part du groupe, en augmentation de 73,2 % (56,3 millions d'euros). Le troisième inter dealer broker mondial, pur intermédiaire sur les marchés de change et de taux, exerce pourtant un métier à risque.METTRE SON EXPERIENCE AU SERVICE DE SON INSTINCT" Le bon moyen de le contenir est de posséder un bilan clean, note Farid Belkacemi. Cela donne confiance au marché, qui le sait, et cela nous permet de saisir des opportunités. " Depuis mars, l'homme a encore plus de travail puisqu'il a été nommé patron pour l'Europe de Viel & Cie. " J'ai voulu lui donner une chance, explique Patrick Combes , le fondateur de l'entreprise. J'ai voulu le positionner car il est important de permettre à des gens qui en ont envie d'exercer des responsabilités. Farid est quelqu'un qui fonctionne en networking et qui, selon l'évolution des marchés, sait se remettre régulièrement en question. " Avec les bouleversements récents du monde financier, les questions ne manquent pas. Et il faut trouver rapidement les bonnes réponses. Dans ce domaine, Farid Belkacemi sait mettre son expérience au service de son instinct. " Aux États-Unis, Farid serait une star de la finance, assure son ami Mehdi Dazi , membre du conseil de surveillance de Vivendi et directeur général d' Emirates International Investment Company . Ce qu'il a réussi en Europe, et en France en particulier, démontre une grande force de caractère. " C'est vrai qu'il a dû manger de la vache enragée pour parvenir à son niveau.Son premier job ? Pousser, la nuit, des chariots à Rungis. Nous sommes en 1986. Il a son bac B en poche mais, quand on s'appelle Farid Belkacemi en 1986, il est difficile de trouver un stage ou un boulot correspondant à un bac B. Il est costaud Farid, et il s'accroche. Il est sportif aussi. Il partage avec son frère Mohamed, son aîné de cinq ans, l'amour du football. Enfants, ils ont dû gérer une seule paire de crampons pour la même passion, mais qu'importe. Quand l'un a fini de s'entraîner, le second rentre sur le terrain et vice-versa. La hargne du petit Farid et son goût pour l'étude n'ont pas échappé à une de ses profs de français : " Farid, votre père est éboueur, mais vous, vous serez le conducteur du camion. "Une vingtaine d'années plus tard, Farid Belkacemi pourrait se payer une flotte de camions s'il le souhaitait. Il pourrait les conduire, ou se faire conduire, mais son avenir a pris une forme que n'avait pas su envisager son professeur de français. Son frère Mohamed, qui le récupère souvent à 4 ou 5 heures du matin, lui permet de décrocher un job de runner (*) à la charge d'agent de change Goy-Hauvette. Il est au bas de l'échelle mais un Pakistanais, Karim Valimamod, lui enseigne la technique des options. Cela tombe bien. Le Monep et le Matif viennent d'ouvrir leurs portes, la Bourse de Paris commence à apprendre les marchés à terme. Farid Belkacemi a pris un peu de galon, il va sur le parquet, puis se fait remarquer par le CCF, qui l'embauche. Tout va très vite, puisque Vendôme Finacor, le plus gros intervenant sur le Matif de l'époque, le récupère et le nomme co-patron d'une équipe.LA PARTIE N'EST PAS TERMINEEC'est le bonheur ? À peu près. Farid doit essuyer souvent divers quolibets dont " sale bougnoule " n'est que le plus anodin. Il en a pris l'habitude et il serre les dents. Il a surtout soif d'apprendre. Une autre rencontre, celle de Marc Craquelin, un polytechnicien, aujourd'hui gérant à la Financière de l'Échiquier, lui fait franchir une nouvelle étape. Il quitte le floor, passe à la salle des marchés et, un peu plus tard, après la Coupe du monde de football de 1998, rejoint le groupe Tradition à Londres. Il y devient directeur commercial. Lorsque Finacor est absorbé par Tradition en 2000, il prend la direction de la salle des marchés. En 2005, Patrick Combes le nomme patron de l'Europe continentale. Il en redresse la rentabilité et devient patron de toute l'Europe en janvier 2008. Est-il satisfait ? Certainement, mais la partie n'est pas terminée. D'abord, tous les jours, il part avec un compte de résultat négatif puisqu'il faut " payer l'électricité, les salaires et les terminaux ". Ou, comme il l'explique si bien : " Toute ma vie, j'ai couru le 100 mètres avec une valise de 20 kilos dans chaque main ".

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