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Avignon Off... the record

La Tribune

Publié le 29 septembre 2008 à 13:51 - Mis à jour le 29 septembre 2008 à 13:51

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Très lourd, le catalogue du programme du festival Off d'Avignon 2008. Il y a de la boulimie dans l'air avec quelque 1.000 spectacles et autres événements annoncés officiellement pour cette édition ! " Depuis six ans, reconnaît Greg Germain - l'un des vice-présidents de l'association Avignon Festival & Cies qui gère ce festival Off -, l'augmentation du nombre des spectacles progresse de près de 10 % par an ! "Désormais ce sont 100 lieux, du garage au loft, qui font théâtre l'espace de trois grosses semaines de juillet aux côtés de quelques structures théâtrales permanentes comme Le Chêne noir ou Les Carmes. Des salles surtout éphémères donc, où vont se produire plus de 800 compagnies assurant quelque 22.000 représentations ! Pas de quoi se ­plaindre en cette période difficile pour le spectacle vivant quand le nombre de spectateurs du Off va se situer entre 220.000 et 250.000.Pour autant, il y a du dérapage, peu ou pas du tout contrôlé. À côté - et non plus à l'ombre comme à ses débuts dans les années 1960 - du " festival In " (celui des " Parisiens " comme on dit localement) qui limite ses affiches, le Off roule plein pot, s'emballe. " Mais qui va dire on arrête, on limite ? rétorque Greg Germain, la machine s'arrêtera peut-être naturellement mais nous ne pouvons pas interdire. Nous sommes devant un phénomène culturel qui se comporte comme un marché inflationniste. Les compagnies veulent être présentes pour trouver un public, veulent être visibles des créateurs et des programmateurs. Les régions sont là. C'est le seul festival qui irrigue ainsi le pays, de Lille à Rodez en passant par Pointe-à-Pitre. C'est la grande vertu du Off. "DES GARAGES LOUES25.000 EUROSD'accord. Il y a bien une logique apparente à laisser les différents protagonistes assumer leurs ambitions déclarées. Mais quelque chose relève de " la servitude volontaire " chère à La Boétie dans cette affaire. Ce désir d'y être vu et d'accepter le jeu plutôt que de ne pas y être. Résultat, on trouve de tout dans ce festival Off.Officiellement, les lieux de programmation ne reçoivent aucune aide. Ils n'ont pas d'obligation de résultat. On ne parle pas d'argent. C'est l'amour de l'art... Mais, ajoute-t-on, " il n'y a pas de philanthropies ". Un garage bien coté à Avignon est loué 25.000 € en juillet et les programmateurs du lieu demandent 8.000 € à chacune des huit compagnies qui sont à l'affiche. Résultat, près de 60.000 € en retour pour les gardiens-locataires du garage, avant de tenir compte de la recette à partager mais aussi les frais techniques... Tout est possible pendant ce festival. Jusqu'à demander parfois aux ­compagnies d'apporter leurs propres chaises !À écouter ces membres de compagnies qui parlent " off " du Off, on devine que les tractations de boutiquiers sont tradition. Comme ces loyers chez l'habitant autour de 4.500 € pour 3 pièces et juste pour la durée du spectacle... et ces logements étudiants qui ne sont guère moins chers ; le loyer d'une salle, on l'a dit, est souvent proche de 10.000 € et, même si la recette est bien reçue, il ne reste pas grand-chose après de la paye... Comme il faut être visible, la compagnie doit apparaître sur différentes plaquettes, notamment dans le catalogue ou l'espace coûte pas mal de dizaines d'euros. L'abonnement à tarif réduit proposé au spectateur acheteur de plusieurs spectacles n'est pas ­compensé pour les compagnies, etc.Du coup, on cherche des réductions de coûts. L'Adami, société qui gère des droits de quelque 100.000 artistes, réduit sa voilure financière de 7 % cette année, festivals In et Off compris. Elle soutient, après sélection de compagnies professionnelles, 26 créations dans le Off. Philippe Ogouz, président du conseil d'administration de cette société, ne décolère pas sur le Off. " Si le nombre de spectacles continue à enfler comme ça, nous allons finir par ne plus venir. Trop de brouillage, trop d'amateurs. Quand le festival s'est arrêté en 2003 avec la grève des intermittents, les commerçants ont vite compris le rôle économique des festivals avignonnais. Pourquoi le Off ne crée-t-il pas un fonds pour aider les compagnies ? Pour notre part, notre brochure " En compagnie de l'Adami " distribuée à 30.000 exemplaires pour mieux faire connaître nos ­compagnies. Et nous organisons des ­débats avec le public, des rencontres avec des professionnels. "DEUX VISAGES, TEL JANUSLes régions aident aussi leurs poulains. " De plus en plus puisque l'État se désengage, rappelle-t-on dans le Nord-Pas-de-Calais, qui vient avec sept compagnies et un budget de 260.000 €. Ce montant ne couvre pas tous les frais, bien sûr, mais c'est une aide logistique et technique. Et puis, dans le cadre de nos actions pédagogiques, nous faisons venir 900 lycéens et apprentis cette année en Avignon ", précise la vice-présidente chargée de la Culture, Catherine Génisson, qui pointe, elle aussi, le mercantilisme de la manifestation et sa boulimie qui devient un vrai sujet d'inquiétude. " Mais c'est aux artistes d'intervenir, pas à nous ", conclut-elle.Un responsable de la région du Limousin ne dit pas autre chose mais note que le nombre de ­programma- teurs-tourneurs qui viennent voir les spectacles est en diminution : " une trop grande offre, peut-être ? " Le Limousin n'arrive cette année qu'avec quatre compagnies - professionnelles comme toujours - contre quatorze l'an dernier. L'aide financière est ainsi ­passée de 60.000 € en 2007 à 18.000.Avignon Off montre, tel Janus, deux visages : soutien à l'artiste qui doit être vu au milieu d'une offre pléthorique et aide au business pour que les spectateurs viennent en masse. Tout est fait en ce sens : report du démarrage du festival au 10 juillet (le In commence ce 4 juillet) pour tenir compte de la ­fermeture tardive des écoles et des corrections des épreuves du bac ; création sur une partie d'un parking près du Rhône d'un nouvel espace en partenariat avec le Off et l'aide de la mairie d'Avignon d'un chapiteau avec beaucoup de propositions ­commerciales.Michel Bissière, l'adjoint à la ­Culture à la mairie d'Avignon, dit n'avoir d'autres pouvoirs que de faire en sorte que la fête se déroule au mieux. Il compte beaucoup, et les commerçants aussi, sur la force festive et historique de la Parade (2e édition) qui va remonter la rue de la République le 9 juillet après-midi jusqu'à la place du Palais-des-Papes.Bien vu. C'est donc là, à l'ombre de la cour d'honneur, à l'ombre du lieu symbolique du In, que le Off va annoncer son ouverture... Un coup payant.Les rendez-vous d'avignonLe Off : du 10 juillet au 2 août. www.avignonleoff.comGrande parade d'ouverture le 9 juillet.818 compagnies de France et 78 étrangères.Carte d'abonnement à 13 € (11 € pour les résidents Grand Avignon).Des rencontres à l'hôtel des Monnaies : " Un temps sur l'histoireet l'identité du Off " (11-12 juillet), " Un temps autour de l'esprit critique " (15-16-17 juillet), " Discussion publique pour une chartedu Off " (du 28 au 31 juillet).Le In : Du 4 au 26 juillet (Tél. : 04.90.14.14.14).

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