Le vrai défi énergétique de la nouvelle décennie

 |   |  812  mots
oint de vue Jean-Marie Chevalier et Michel derdevet (*) L'énergie sera à l'évidence le chantier politique et économique majeur de la décennie qui s'ouvre. Dans ce cadre, la problématique des infrastructures sera vitale, à la fois pour accompagner la transition énergétique vers des énergies « décarbonnées » et pour favoriser l'émergence de consommateurs-citoyens dont les décisions contribueront grandement à rendre le système électrique plus efficace.Du début de l'électricité industrielle à nos jours, les modèles énergétiques ont été pensés et articulés autour de la production et de réseaux centralisés, acheminant des énergies programmables et pilotables (hydraulique, thermique, nucléaire?) vers des consommateurs « passifs ». Le modèle économique associé était simple : fournir de l'énergie au plus grand nombre, aux prix les plus compétitifs possibles, dans un cadre national ou régional bien défini. Toute cette « chaîne de valeur » a déjà été passablement bouleversée depuis plus de vingt ans par l'ouverture progressive des marchés. Mais ce qui s'annonce demain est d'une autre nature. Pour prolonger la célèbre formule de Manuel Castells, il s'agit ni plus ni moins de passer à une autre ère, celle de l'intelligence en réseaux.Cette révolution-là consistera à injecter encore plus d'intelligence, c'est-à-dire une plus grande capacité d'adaptation et de souplesse à tous les niveaux des systèmes énergétiques, de l'amont à l'aval du cycle de production-consommation. En amont, côté offre, un nouveau modèle de production, plus complexe et varié, verra le jour. Un « mix » diversifié, associant des énergies traditionnelles et renouvelables, se combinera et transitera sur les grands réseaux électriques transnationaux qui permettront, plus que jamais, de tirer parti des complémentarités entre les différents moyens de production. Ces réseaux énergétiques de demain permettront d'anticiper et d'accueillir les énergies intermittentes (éolien, solaire, géothermique?) et participeront ainsi activement à une économie « low-carbone ».La révolution énergétique à venir passera aussi par une meilleure anticipation de la demande. Le consommateur-citoyen deviendra, demain, cogestionnaire des réseaux énergétiques et, bien au-delà de la télé relève ou de l'effacement de puissance, participera activement à un réseau électrique 2.0 qui concentrera plus que jamais l'ensemble des nouvelles technologies de l'information et de la communication.Le passage des récentes pointes de consommation électrique, en Bretagne ou en Paca, montre à quel point cette mobilisation citoyenne ? via le Web ? est utile et participe d'une nouvelle économie de l'électricité où le consommateur devient acteur du système électrique qui l'environne.La décennie qui s'ouvre sera donc novatrice, à la fois parce que la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables supposeront plus que jamais des échanges solidaires et renforcés entre les différents types d'énergie et entre les différents pays européens, mais aussi parce qu'elle placera l'individu au carrefour de la prise de décision. Face à ces mutations, il faut profiter des avancées de plusieurs secteurs ? celui des capteurs, des télécommunications et des technologies de l'information ? pour fournir un système de gestion de l'électricité plus efficace et moins énergivore. Mais il convient aussi de penser, de manière globale, la « révolution énergétique » sous-jacente aux « smartgrids » et de structurer les initiatives qui foisonnent autour de ce concept.Depuis près d'un an, le gouvernement américain a saisi les opportunités se rattachant à cette mutation et a engagé une modernisation complète du réseau américain, en mobilisant autour de ces enjeux 4,5 milliards de dollars, permettant ainsi à une constellation de start-up innovantes de voir le jour. Les États-Unis se sont par ailleurs lancés dans la fixation de standards de marché pour garantir l'interopérabilité des réseaux et des contrats sécurisés pour 24 millions de compteurs d'ici à 2015. Selon une étude réalisée par le département de l'Énergie, si ces technologies rendaient le réseau plus efficace de 5 %, cela reviendrait à une économie d'émission de gaz à effet de serre équivalente à 53 millions de voitures. Et, plus encore, cette amélioration pourrait permettre des bénéfices estimés entre 46 et 117 milliards de dollars d'ici à 2023, sans mentionner les emplois verts, pérennes, ainsi créés.Au risque d'être devancés dans cette révolution technologique majeure, la France et l'Europe doivent aussi aller de l'avant. Il faut encourager les investissements, qu'ils soient publics ou privés, portant sur les réseaux énergétiques intelligents. À l'aube de cette nouvelle année, formons le v?u que les décideurs européens feront, demain, de ce chantier à la fois l'un des piliers de la nouvelle politique de R & D européenne et l'un des vecteurs de relance de l'économie du « Vieux Continent ».(*) Jean-Marie Chevalier est professeur à l'université Paris-Dauphine et Michel Derdevet est maître de conférences à l'IEP de Paris.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :