La folle année des banques centrales

olitique monétaireJamais dans l'histoire moderne, les banques centrales des grands pays ne seront sorties des sentiers battus avec autant d'audace. Dès le début 2009, la question taraude les économistes : la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre suivront-elles la voie de la « Zirp », la politique de taux zéro, ouverte fin 1999 par le Japon et ralliée en décembre 2008 par la Réserve fédérale américaine, qui a ramené le taux cible des fonds fédéraux dans une fourchette inédite de 0 % à 0,25 %. Dès le mois de mars, la Banque d'Angleterre abaisse son taux directeur de moitié, le faisant tomber à un plancher historique de 0,5 %. Et en quatre étapes, la BCE fera refluer son taux directeur de 2,5 % en début d'année à un point bas de tout temps de 1 % en mai, qu'elle se refusera à laisser filer davantage.ouverture des vannesPrivés de l'arme du loyer de l'argent, les instituts d'émission vont déployer une panoplie sans précédent de moyens non conventionnels pour tenter de sortir leurs économies de la pire crise économique et financière depuis les années 1930. Tout commence par des injections de liquidités illimitées de la part de la BCE, de la Fed. Elles avaient ouvert les vannes dès le déclenchement de la crise des subprimes à la mi-2007, mais vont renforcer leur dispositif. Parallèlement, les deux banques centrales anglo-saxonnes vont mettre en ?uvre des programmes massifs de rachats de titres adossés à des actifs immobiliers et de billets de trésorerie. C'est la Fed qui, la première, passera à l'étape qui porte le nom barbare d'assouplissement monétaire quantitatif. N'hésitant pas à monétiser la dette américaine, la banque centrale de Washington annonce à la mi-mars qu'elle va racheter 300 milliards de dollars de bons du Trésor à long terme, opération qui sera bouclée fin octobre. Londres suit avec un programme de 150 milliards de livres d'achats de titres de la dette publique, qui sera porté à 175 milliards en août, puis à 200 en novembre.La BCE ne s'engagera pas sur cette voie que lui interdit le traité européen et se contentera d'un modeste programme d'achats de 60 milliards d'euros d'obligations sécurisées. Il s'échelonnera de juillet 2009 à juin 2010. Mais, concentrant ses efforts sur la revivification du système bancaire, qui assure les trois quarts du financement des entreprises de la zone euro, elle créera en juin une facilité de financement illimitée sur douze mois. En trois adjudications, dont l'ultime a eu lieu le 16 décembre, elle proposera aux établissements financiers le montant pharaonique de 614 milliards d'euros.Toujours en alerte, les banques centrales n'en préparent pas moins leurs stratégies de sortie de crise. La BCE n'aura pas besoin d'une technique élaborée pour éponger les liquidités. Elle va éteindre ses programmes à trois et six mois d'ici au 31 mars et laisser faire le calendrier pour les autres opérations. La Fed et la Banque d'Angleterre devront, elles, remettre dans le circuit les titres de la dette publique qu'elles ont engrangés par des opérations de retrait de liquidités sous forme de « prises en pension inversées ». Ce n'est qu'une fois ces désengagements bien avancés que l'on commencera à évoquer une « normalisation » des taux, dont les premières hausses n'interviendront sans doute qu'au second semestre 2010. Car il faudra avancer avec prudence pour ne pas déstabiliser les marchés obligataires qui assurent la majeure partie du financement de leurs économies.

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