Les fonctionnaires, leur rémunération et la ministre

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Les fonctionnaires sont dans la rue ce jeudi, à l’appel de trois organisations syndicales, CGT, FSU et Solidaires. Une première depuis l’arrivée au pouvoir de la majorité socialiste. Motif principal de leur courroux (il y a aussi des revendication sur l’emploi) : le gel, pour la troisième année consécutive, du point d’indice, base de calcul de la rémunérations des 5,2 millions d’agents des trois fonctions publiques (Etat, collectivités locales et hospitalière). Pis, avec un gouvernement à la recherche de 60 milliards d’économies sur la durée du quinquennat, il n’est pas exclu que ce gel du point d’indice perdure pour les deux prochaines années à venir, si l’on décrypte bien les propos de la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu.Une hausse de 1% du point d\'indice augmente de 800 millions la masse salariale de l\'EtatEt pour cause, chaque hausse du point d’indice de 1% augmente de 800 millions d’euros la masse salariale des agents de l’Etat et de 1,8 milliard celle de l’ensemble des administrations publiques. Or, selon la Cour des comptes, cette masse salariale représente 13,6% du PIB et, à elle seule, la masse salariale des fonctionnaires de l’Etat atteint 80 milliards d’euros. Des données qui incitent Marylise Lebranchu à se montrer sévère, à une semaine (le 7 février) de sa rencontre avec les syndicats qui mettra fin à la négociation sur les rémunérations et les carrières des agents.Les syndicats évoquent une perte de pouvoir d\'achatCertes, mais les syndicats, eux, préfèrent mettre en avant les pertes de pouvoir d’achat qu’enregistrent les fonctionnaires depuis dix ans. Entre 2002 et 2012, alors que la valeur du point d’indice a progressé de 6,6%, l’inflation, elle, a crû de 19,8%. De surcroit, les syndicats sont inquiets de voir Marylise Lebranchu favorable à une remise en cause des «rémunérations au mérite», instituées par Nicolas Sarkozy. La ministre trouvant le dispositif très injuste et partial. S’agissant du gel point d’indice le ministère rétorque que ceci ne signifie pas gel des salaires puisque, chaque année, en raison, du fameux «glissement vieillesse technicité» (GVT), le salaire moyen des fonctionnaires augmente. Résultat, selon les dernières données de l’Insee, en 2010, le salaire net moyen des fonctionnaires de l’Etat, où l’on trouve beaucoup de cadres, atteignait 2.459 euros.Le salaire moyen des fonctionnaires en 2010: 2.459 eurosLe salaire médian (la moitié des fonctionnaires gagne plus et l’autre moitié moins) atteignait, lui, 2.254 euros nets par mois. Dans la fonction territoriale, ce salaire net moyen mensuel se limitait à 1.800 euros. Et dans la fonction hospitalière, il s’établissait à 2.205 euros. A titre de comparaison, cette même année, dans le privé, le salaire net moyen s’élevait à 2.082 euros et le salaire médian net à 1.675 euros. Mais attention aux comparaisons, car il y a davantage de cadres et de salariés âgés dans la fonction publique que dans le privé.Des grilles salariales obsolètesD’ailleurs, autre argument avancé par les syndicats de la fonction publique, sous l’effet du Smic, les grilles de salaires des fonctionnaires, terriblement obsolètes, se sont fortement tassées. Ce qui a eu pour effet de limiter l’importance des revalorisations automatiques. Ainsi, selon un calcul de la CGT, un cadre du public Bac+5 débutait sa carrière il y a 25 ans à un niveau de traitement supérieur à 75% de celui du Smic. Maintenant , son salaire est supérieur au Smic de… seulement 12,5%. Marylise Lebranchu est d’accord pour ouvrir le chantier des grilles, mais ceci va prendre du temps.Bref, on a l’impression d’être en présence d’un quasi dialogue de sourds entre l’Etat employeur et les syndicats… Ce qui n’est pas nouveau. Mais, cette année, l’impératif pesant sur la dépense publique laisse peu de marges de manœuvre à la ministre pour calmer les fonctionnaires, électorat traditionnel de la gauche. Peut-être, éventuellement, Marylise Lebranchu acceptera le 7 février de reconduire le mécanisme de la «garantie individuelle de pouvoir d’achat» (indemnité accordée au fonctionnaire si sa rémunération indiciaire augmente moins vite que l’inflation) qui devait prendre fin cette année.  

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