Ariane 6 pourrait placer la filière spatiale européenne sur l'orbite de la restructuration

 |   |  853  mots
Avec le futur lanceur low cost européen Ariane 6, dont le modèle est Falcon 9 développé par l\'américain SpaceX, le ton est donné. L\'Europe et la France ont décidé de réduire la voilure du point de vue financier -mais aussi, par voie de conséquence, aux niveaux technologique et industriel- par rapport à Ariane 5, qui est un bijou technologique aujourd\'hui bien maîtrisé, après un début d\'exploitation pour le moins compliqué. Le choix a été acté à la conférence ministérielle des Etats membres de l\'Agence spatiale européenne (ESA), les 20 et 21 novembre 2012 à Naples. Il devra être ensuite confirmé en 2014 lors de la prochaine conférence ministérielle de l\'ESA.\"Nous avons repris les fondamentaux de SpaceX, souligne-t-on au CNES, qui est le maître d\'oeuvre de la politique spatiale française. On va rationaliser la production qui sera concentrée sur quelques sites\". Cela doit entraîner une diminution drastique des coûts fixes du lanceur. Objectif, faire reculer les coûts opérationnels de 40% par rapport à Ariane 5, ce qui est \"ambitieux\", fait-on valoir. Le coût de développement du lanceur est quant à lui estimé à 4 milliards d\'euros, en incluant les coûts de management et 20% de marges liées aux éventuels aléas.Vers un vaste plan de restructuration de la filière lanceur en EuropeLe président d\'Astrium, François Auque, avait salué lundi lors de la présentation de ses voeux à la presse, comme \"une très bonne nouvelle\" le démarrage du programme Ariane 6 et la poursuite du développement de la modernisation d\'Ariane, avec le programme Ariane 5 ME: ainsi, \"la pérennité d\'Ariane est assurée à court et à long termes\". Pour autant, tout au long de l\'année 2012, il s\'était beaucoup battu pour que la poursuite du programme Ariane 5 ME soit prioritaire par rapport à Ariane 6. Et pour cause : la charge de travail à court terme pour ses bureaux d\'études est supérieure sur le programme de modernisation d\'Ariane 5. L\'Allemagne défendait aussi cette priorité. Berlin soutenait ainsi très opportunément le site allemand de Brême, où la filiale d\'EADS travaille sur l\'étage supérieur d\'Ariane 5... celui qui doit être modernisé dans le cadre d\'Ariane 5 ME. \"La modification de l\'étage supérieur est essentiellement réalisée en Allemagne\", a convenu François Auque.Si aujourd\'hui tout le monde semble satisfait, dès 2014 va resurgir la question du partage de la charge de travail entre les différents pays contributeurs au programme Ariane 6, notamment entre la France et l\'Allemagne. Plus rustique, Ariane 6 pourrait -à nombre de lancements égal- ne faire vivre que la moitié des 10.000 personnes qui travaillent dans la filière lanceur en Europe, estiment certains experts. A voir. Car il faut pondérer, selon le succès rencontré par Ariane 6 qui pourra éventuellement lancer deux fois plus d\'Ariane 5 (lancement double), a expliqué François Auque. Pour indication, Arianespace, qui opère 6 à 7 lancements d\'Ariane 5 par an, avait réussi avec Ariane 4 (lancement simple) à réaliser 10 lancements en 1996 et 1998, voire 11 (en 1995 et 1997). \"Tout le pari d\'Ariane 6 viendra de son succès\", a-t-il estimé. Qui dépend de sa compétitivité\", a-t-il rappelé.Astrium sera au centre de cette restructuration. En tant que maître d\'oeuvre d\'Ariane 5, il coordonne une chaîne industrielle regroupant plus de 550 entreprises, dont plus de 20% de PME, dans douze pays européens.L\'Allemagne s\'interrogeAu-delà du succès d\'Ariane 6, sa configuration déterminera l\'exacte réorganisation de la filière lanceur et son ampleur. \"Nous sommes en train de mettre en ordre de marche l\'industrie spatiale\", confirme-t-on au CNES. Interrogé lundi par la presse allemande sur la répartition de la charge de travail sur le programme Ariane 6, François Auque s\'est bien évidemment montré prudent, rappelant que \"rien n\'était figé dans le détail\". Mais il a toutefois glissé que l\'Allemagne n\'avait pas développé de compétences dans la filière poudre. A l\'inverse de la France et de l\'Italie. Et de rappeler : \"qui paye? Celui qui paye devra trouver X% de charges de travail sur son territoire\", à l\'aune de sa contribution.Justement: qui paie quoi? A la conférence ministérielle, la France a promis 300 millions d\'euros sur les deux programmes Ariane 5 ME et Ariane 6: 88 millions pour Ariane 5 ME, 115 millions pour Ariane 6 et 97 millions pour les développements communs aux deux lanceurs. En revanche, l\'Allemagne, pourtant premier contributeur au budget de l\'ESA, n\'a proposé que 195 millions: 10 millions seulement pour Ariane 6, 77 millions pour Ariane 5 ME et 108 millions pour les développements communs aux deux lanceurs. Enfin, l\'Italie a promis près de 26 millions, la Belgique 24 millions, la Suisse 22,4 millions, les Pays-Bas 16,3 millions et l\'Espagne 13 millions. Au total, les pays membres de l\'ESA ont promis de verser 618,8 millions d\'euros pour ces deux programmes pour un total demandé de 671,6 millions. Reste donc 52,8 millions d\'euros à trouver.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :