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L'accord de compétitivité qui a scellé le destin des 1173 salariés de Goodyear à Amiens Nord

La Tribune

Publié le 31 janvier 2013 à 22:03 - Mis à jour le 31 janvier 2013 à 22:03

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Le couperet est tombé pour l'usine de pneumatiques Goodyear d'Amiens Nord. Lors du Comité central d'entreprise (CCE) de Goodyear Dunlop Tires France, ce jeudi 31 janvier, la direction a annoncé la fermeture de toute l'usine (1175 salariés). Mais en fin de journée, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a déclaré souhaiter "ramener tout le monde à la table des négociations". Le ministre assure d'ailleurs avoir lui-même contacté le potentiel repreneur américain Titan. Certains espéraient en effet que seule la partie «pneus de tourisme» soit supprimée, et que l'activité «pneus agricoles» (500 salariés) soit reprise.En sous-régime (2.700 pneus tourisme et 270 pneus agricoles par jour pour une capacité de 23.000 pneus par jour), l'usine d'Amiens nord ne serait plus compétitive, selon la direction. Dans cette usine qui aurait enregistré une perte de 41 millions d'euros en 2011, la fabrication d'un pneu (tourisme) coûterait 71,80 euros pour un prix moyen de vente de 42,50 euros, soit une perte sèche de 29,30 euros par pneu. Interrogée sur son niveau de bénéfices, la direction répond: «les résultats sont bénéficiaires certaines années et déficitaires sur d'autres. Entre 2008 et 2011 les pertes nettes moyenne du groupe ont atteint 87 millions de dollars par an, bien que 2011 ait été une année bénéficiaire. Il n'y a pas eu de dividendes de versés aux actionnaires depuis 2003 au niveau du groupe.»Maurice Taylor, PDG de Titan, a visité plusieurs fois l'usine d'Amiens Au cours des cinq dernières années, la direction de Goodyear avait pris deux décisions stratégiques pour son usine d'Amiens nord. Dès 2008, elle s'est désengagée du pneu tourisme à faible ajoutée, en conservant une activité de pneus à plus forte valeur ajoutée sur son site d'Amiens «sud» (940 salariés) de l'autre côté de la rue. Goodyear a donc présenté aux salariés un premier PSE pour l'activité tourisme. Ce PSE sera suspendu en 2009 pour vice de procédure par le Tribunal de Grande instance de Nanterre, saisi par la CGT, syndicat majoritaire. L'autre choix stratégique était de se désengager du pneu agricole et de vendre cette activité. Le groupe américain Titan se déclare intéressé par la voix de son PDG Maurice Taylor qui visitera plusieurs fois l'usine picarde. Mais il pose une condition. Il veut que soit au préalable signé et engagé le PSE sur l'activité «tourisme». La direction de Goodyear remet alors le couvert avec un nouveau PSE qui intègre la reprise de l'activité agricole par Titan. En février 2011, le TGI de Nanterre saisi par la CGT, suspend ce PSE au motif que les informations fournies par Titan ne sont pas assez détaillées.Un plan de départs volontaires à la veille des élections législativesLa direction tente alors de jouer la carte du Plan de départs volontaires avec la CGT, qui y était jusqu'alors farouchement opposée. Quelques jours avant le premier tour des élections législatives, Mickael Wamen, le leader CGT qui est par ailleurs candidat aux législatives dans la Somme (sur une liste de communistes dissidents) crie victoire à la une du Courrier picard. «On a fait plier la direction. On a gagné une bataille. Goodyear enterre son PSE!» Après un bras de fer de 5 ans avec la CGT, la direction, de son côté, publie un communiqué confirmant son projet de plan de départs volontaires en précisant que les discussions se déroulent dans un «climat de sérénité». Bonne mère, elle va même aller jusqu'à fermer les yeux sur le fait que plusieurs délégués syndicaux CGT seront payés pour faire à temps plein, la campagne de Mickael Wamen, battu premier tour. La direction espère que la CGT signera l'accord sur le plan de départs volontaires qui prévoit des formations, des reclassements, des aides à la mobilité et des indemnités de départ allant de 100.000 euros pour les jeunes à 200.000 euros pour les plus âgés. Mais patatras! A quelques heures de la date butoir pour la signature -fin août 2012- la CGT refuse de signer l'accord au motif que Titan ne s'engage que sur deux ans. Titan proposait en effet de reprendre les 500 salariés correspondant à cette activité, de les maintenir dans leur poste pendant 2 ans; et d'investir plusieurs dizaines de millions d'euros pour faire du site d'Amiens sa plateforme européenne et son centre de R&D européen. La direction parle alors «d'irréalisme social et d'irresponsabilité de la part de la CGT».«Ils ont toujours voté CGT comme on prend une assurance» Les syndicats minoritaires (SUD et CFE-CGC) n'ont pas manqué de critiquer la ligne dure d'une CGT conseillée par Me Rilov. «Les salariés sont abasourdis aujourd'hui, mais ils ont toujours été tenus à l'écart. Ils ont toujours voté CGT comme on prend une assurance. Ils ont délégué leurs problèmes» explique Virgilio Mota Da Silva, délégué du syndicat Sud. Il est convaincu que «seule l'activité agricole était viable étant donné que la direction avait saboté l'activité tourisme pour la rendre inutilisable». Il en veut à la CGT de s'être opposée à une reprise partielle du site par Titan: «si l'on avait vraiment accepté de discuter avec Titan, on aurait pu obtenir un engagement de sa part sur 5 ans. Sauver une usine de 500 personnes, ce n'est pas rien et c'est mieux que de tout fermer». Son collègue Marc Jonet, le délégué CFE CGC, évoque, lui, un «blocus orchestré par le syndicat majoritaire» sur le projet de reprise par Titan. Il rappelle que ce dernier a déjà racheté les activités agricoles de Goodyear aux Etats-Unis et au Brésil. Hier encore, il croyait à un avenir possible d'Amiens Nord. «Lorsque M. Taylor est venu nous voir, il nous a dit que notre outil de travail était utilisable du jour au lendemain. C'est un site intéressant pour Titan car on peut y produire des pneus de grandes dimensions».Tout a commencé avec l'organisation en 4 X 8 Tout a commencé avec la décision du groupe Goodyear de faire signer aux salariés de ses deux usines -Amiens nord et Amiens sud- un accord relatif à une nouvelle organisation du travail, le 4 X 8. Cette organisation qu'il a mise en place dans tous ses sites industriels va dans le sens d'une plus grande flexibilité, supprime la coupure entre semaine et week-end et réduit la masse salariale. La signature de l'accord était assortie d'une promesse d'investissement sur chaque site. L'accord sera signé par les syndicats CGT, FO et CFTC du site Dunlop d'Amiens sud; sur ce site, le groupe a par la suite investi dans des équipements pour fabriquer des pneus à forte valeur ajoutée. Quant à la section CGT, elle a été reniée par la Confédération et son responsable a rejoint l'UNSA. A Amiens nord, les syndicats ont refusé de signer l'accord. Têtue, la direction organise en 2008 un référendum pour s'adresser directement aux salariés avec cette question: «pour la sauvegarde de votre emploi, acceptez-vous le changement d'organisation du temps de travail en 4 X 8 et ses contreparties? Oui ou non.» La réponse a été «oui» à 75,8 % avec un taux de participation de 54 %. Pourtant Goodyear n'a jamais pu mettre en place son organisation en 4 X 8 dans son usine d'Amiens nord, qui le paye aujourd'hui très cher. Comme le dit Virgilio Mota Da Silva du syndicat Sud, «quand une décision est prise à Akron -siège social de Goodyear dans l'Ohio- elle est toujours irréversible».

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