Laurent Fignon s'est échappé

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Avec ses petites lunettes rondes, ses mèches blondes et sa fine silhouette, il passait pour le gars à part du cyclisme des années 80. Un golden boy qui trimballait, baccalauréat en poche, sa gueule d'intello sur les routes de France et d'Italie. Deux pays, deux terrains de jeu qu'il aimait et qui le lui ont bien rendu : double vainqueur du Tour en 1983 et 1984, vainqueur du Giro en 1989 et un doublé sur la Classique Milan San Remo en 1998 et 1989.Sous le maillot Renault-Elf puis Système U, Fignon tutoyait Hinault et Lemond, mais il lui arrivait aussi de fréquenter les places d'honneur comme sur le Giro 84 abandonné à Moser où la Grande Boucle 89 qu'il laisse filer à Lemond pour... 8 secondes. « Un vol », concède aujourd'hui Hein Verbruggen l'ancien patron de l'UCI pour qui l'Américain avait adopté un guidon qui avait « faussé la course ».Parfois malchanceux, souvent au sommet, toujours respecté, le Français n'a pourtant jamais connu la popularité d'un Bernard Hinault ou d'un Richard Virenque. « L'intello du peloton » comme le décrit Eric Boyer, le boss de Cofidis qui a débuté chez les pros avec le Parisien, agaçait par son dépendance d'esprit. « Il était un peu à part, il était distant du peloton, se souvient Luc Leblanc. J'ai toujours eu un peu de mal au niveau des relations, mais j'ai toujours eu du respect pour lui. C'était un très, très grand coureur. »« jeunes et insouciants »Fin 1990, l'aventure aux côtés de Cyrille Guimard son patron de confiance chez Renault-Elf puis Système U prend fin. Les deux hommes ont trop de tempérament. Fignon rejoint les Italiens de Gatorade avec qui il raccroche en 1993. Sa reconversion est marquée par un essai sans lendemain dans l'organisation de Paris-Nice qu'il cède vite à Amaury Sport Organisation.À l'approche de la cinquantaine, l'ancien coureur revient au devant de la scène avec « Nous étions jeunes et insouciants ». Un livre dans lequel il annonce son cancer et où il avoue avoir couru sous amphétamines. « j'étais fait pour être cycliste, pas homme publique », confesse-t-il pour justifier ce respect sans amour qui l'entoure. Les deux dernières années sont consacrées à son combat contre le crabe jusqu'à son décès mardi 31 août sur un lit de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.Non sans panache, il assurera, diminué, les commentaires du Tour de France pour France Télévisions en 2009 et 2010. « Il avait un sacré caractère, il nous l'a montré encore hier et ce matin, lâche Vincent Barteau son ancien coéquipier qui est resté à son chevet ces dernières heures. Vous ne pouvez pas imaginer la force qu'il a eue pour résister à la maladie. Il n'avait pas envie de mourir. » « Un grand Monsieur », résume Eddy Merckx. Mais pas d'hommage particulier de prévu sur le prochain Tour... Le lot des grands emmerdeurs. nAvec sa gueule d'intello et son Baccalauréat en poche, Fignon passait pour le gars à part du cyclisme des années 80.

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