Aurélie Filippetti va se pencher sur le financement du cinéma

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Faut-il y voir la première balle perdue issue de la tribune sur le cinéma publiée par Vincent Maraval dans le Monde? La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a lancé dimanche une petite bombe. Invitée à s\'exprimer sur la situation du cinéma français, la ministre a d\'abord rappelé les vertus du système, le seul capable de résister à l\'hégémonie d\'Hollywood. «La fréquentation des salles augmente depuis plus de 10 ans. Les Français vont de plus en plus au cinéma. Ils vont surtout voir de plus en plus de films français. On est quasiment à 40% de spectateurs pour des films français. Ce qui est exceptionnel. Nulle part ailleurs dans le monde, si ce n\'est en Inde, vous ne trouverez un pays qui résiste à ce point au cinéma américain», a déclaré Aurélie Filippetti.Aurélie Filippetti ouvre la voie à une réformeMais, grande nouveauté, Aurélie Filippetti a également émis des réserves sur l\'exception culturelle française, ouvrant la porte à une éventuelle réforme. «Maintenant, évidemment il y a des améliorations à apporter. Et ce qu\'il [Vincent Maraval] dit sur la participation des chaînes de télé au financement cinéma, et bien à l\'heure où les chaînes ont des budgets qui diminuent des recettes moindres, c\'est une question que l\'on pourra se poser dans le cadre d\'une réflexion globale sur l\'amélioration des services rendus à nos concitoyens à travers la télévision notamment le financement de la création, le soutien et l\'accompagnement des films d\'auteur et des films de qualité». Selon nos informations, Aurélie Filippetti n\'a pas fait ces déclarations en l\'air et devrait donner plus de précisions ces prochaines semaines. La renégociation du contrat d\'objectif et de moyens (COM), qui fixe le budget et la stratégie de France Télévisions, devrait donner une occasion de faire avance le dossier d\'une éventuelle réforme. «D\'autres voies fortes vont s\'exprimer sur le sujet. C\'est le fonctionnement des chaînes en général qui sera évoqué», indique-t-on au sein du gouvernement. L\'on ne sait pas si cela concernera uniquement le cinéma, ou la création dans son ensemble. Pour mémoire, France Télévisions s\'est engagé sur un plancher de 420 millions d\'euros par an d\'investissements, sur lequel son président Rémy Pflimlin voudrait revenir. Le cercle vicieux de l\'audienceVincent Maraval, qui a fondé la société de coproduction et de distribution Wild Bunch («Astérix au service de sa Majesté» de Laurent Tirard, «The Artist» de Michel Hazanavicius, «La Part des Anges» de Ken Loach), a en effet remis en cause l\'un des principes de financement du cinéma français, qui repose sur les obligations faites aux chaînes de télévision co-produire des films français et de les diffuser. Ainsi, TF1 et M6 doivent-elles chaque année investir à hauteur de 3,2% de leurs chiffre d\'affaires dans des œuvres européennes (dont 2,5% dans des œuvres françaises). France Télévisions s\'est même engagé sur un seuil d\'investissement de 60 millions d\'euros par an, quel que soit son chiffre d\'affaires. Le financement des chaînes gratuites vient en complément de celui du groupe payant Canal Plus, tenu d\'investir 20% de son chiffre d\'affaires.Problème: l\'audience du cinéma à la télévision. Impossible de mobiliser des millions de téléspectateurs devant un film inédit sans un acteur connu. Les chaînes -en particulier les chaînes privées- se précipitent sur les projets grand public faisant jouer des têtes d\'affiche, provoquant elles-mêmes l\'inflation des salaires. De fait, seul un petit nombre de films répond à ce cahier des charges: sur plus de 200 films produits chaque année, TF1 en co-produit une quinzaine, M6 cinq ou 6 et France Télévisions encore moins.«Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d\'euros, alors que le coût moyen d\'un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d\'euros. Sans les obligations de notre système de financement, il y a bien longtemps que \"Les Experts\" et la \"Star Ac\" auraient réduit à néant les cases \"Cinéma\" des chaînes de télévision», s\'emporte celui qui distribue des films français aux gros cachets.

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