RENCONTRE. Gilles Leroy : « Je comprends d'où vient le blues »

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Il y a trois ans, il entonnait « Alabama Song » (Mercure de France) et trouvait à travers ce roman, très justement récompensé du prix Goncourt 2007, la voix de Zelda Fitzgerald. Gilles Leroy poursuit aujourd'hui son exploration du sud des États-Unis avec « Zola Jackson ». L'histoire d'une vieille institutrice afro-américaine à la retraite. Orpheline d'un fils adoré trop longtemps couvé, elle vit avec sa chienne et refuse de quitter sa maison, alors que montent les eaux poussées par le cyclone Katrina. Il y a quelque chose de fascinant dans l'écriture de Gilles Leroy. Une capacité rare à faire naître la voix intérieure de ses personnages. Ici celle d'une mère. D'une femme. D'une Afro-Américaine dans l'Amérique du IIIe millénaire. De quelle manière Zola Jackson est-elle venue à vous ?Voilà plus de vingt ans que je pensais mettre en scène une mère endeuillée, mais je ne trouvais pas le personnage. Et puis un jour, alors que je me replongeais dans des images de La Nouvelle-Orléans, j'ai vu celle d'une femme seule appelant au secours. C'est devenu Zola Jackson. Un peu comme une apparition.Comment avez-vous trouvé sa voix ?Dès que je me la suis représentée dans sa maison avec sa chienne et que je lui ai imaginé son passé, elle est devenue réelle. Je n'avais pas prémédité qu'elle soit Noire mais depuis « Alabama Song », j'ai beaucoup travaillé sur le « Deep South ». Là-bas, on est confronté à la question des races. Avant d'y aller, je pensais les relations plus harmonieuses entre les communautés et j'ai découvert un apartheid qui ne dit pas son nom.Quelle relation entretenez-vous avec cette région ?Elle ne me lâche pas. Il y a d'abord pour moi une fascination livresque. Les grands auteurs américains que j'admire comme Faulkner viennent de là-bas. Je m'étais toujours dit que j'irais un jour. Et j'ai franchi le pas pour « Alabama Song ». Là, j'ai fait attention aux choses sensuelles, à l'odorat, au toucher, aux couleurs. Puis il y a eu la découverte du Sud réel, cafardeux au possible. Je comprends d'où vient le blues. De ce ciel bleu qui se fait de plus en plus oppressant. En rentrant en France j'ai senti une espèce de latence. Je me disais que je n'aimais pas ce pays. Et je suis retombé avec Zola Jackson. Maintenant j'ai envie d'y retourner.Qu'est-ce que le Goncourt a changé dans votre vie ?Ça m'a permis de gagner beaucoup d'argent alors que jusque-là j'avais du mal à boucler les fins de mois. Les écrivains en parlent rarement mais c'est leur souci numéro un. Il y a eu ensuite la joie de courir le monde pour présenter mon livre. Mais ça n'a rien changé à ma façon d'écrire.Propos recueillis par Yasmine Youssi« Zola Jackson », Mercure de France, 144 pages, 14,80 euros.

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