Il est temps de contraindre les gouvernements

 |   |  736  mots
La crise financière qui frappe actuellement l'Europe est une occasion unique de remettre à l'ordre du jour la maxime de Lénine qui stipulait que rien ne pouvait déstabiliser plus un pays que la déroute de sa monnaie. Et aujourd'hui, rien ne déstabilise plus l'union monétaire européenne que l'envol de la dette publique de l'un de ses membres. Et le plan de sauvetage de 750 milliards d'euros n'aura apporté qu'un bref répit.Le renflouage n'est pas une solution aux problèmes fondamentaux de la zone euro. Il permet de gagner du temps mais il apporte également son propre lot de risques d'aléas moraux et de perte de crédibilité de la Banque centrale européenne (BCE). Grâce à l'euro, la Grèce a pu, certes, gonfler ses engagements budgétaires à moindre coût. Mais les déséquilibres ne se limitent pas à ce pays : la folie budgétaire est généralisée dans toute l'Europe et dans une grande partie du monde. Certains soutiennent que la seule façon de sauver l'euro serait de compléter l'union monétaire par une union budgétaire. Mais ce serait une grave erreur. Plutôt qu'une autorité budgétaire supranationale, il faut que chaque pays impose des contraintes sur sa politique budgétaire. Le problème des démocraties avancées est la hausse des dépenses publiques, des taxes, et de la dette publique, autant de facteurs qui nuisent à la croissance. L'expérience montre d'ailleurs qu'une hausse de la fiscalité n'entraîne qu'une hausse des dépenses publiques. En réponse, le Fonds monétaire international (FMI) plaide pour un retour aux niveaux d'endettement d'avant la crise. Ce qui suppose une décennie d'excédents budgétaires (hors paiement des intérêts de la dette) d'environ 4 % du PIB aux États-Unis, de 3 % pour la zone euro et 7 % pour le Japon.Un nouveau pacte de croissance et de stabilité, permettant aux membres de la zone euro d'évaluer la politique budgétaire de leurs pairs, résoudrait-il ces problèmes ? Les consultations et les évaluations du FMI n'ont eu qu'un impact limité en dehors des économies déjà lourdement dépendantes de programmes du FMI. Les citoyens et les responsables politiques locaux ne confieront pas leur budget à leurs voisins ou à des organisations internationales, à moins d'y être forcés par des clauses strictes.Il vaudrait donc mieux que chaque pays établisse de sérieuses contraintes légales sur l'autorité budgétaire de ses législateurs. Imposer des restrictions sur le déficit budgétaire serait un bon début, mais insuffisant. L'ampleur croissante de l'État providence et l'explosion des déficits et des dettes publiques sont les principales causes de risques économiques systémiques tant au niveau national qu'au niveau global. Des restrictions appliquées simultanément sur la fiscalité, les dépenses et la dette sont donc nécessaires pour éviter les crises économiques et financières futures.Dans les années 1980 et 1990, des mesures similaires sur le budget fédéral furent très utiles aux États-Unis, mais ont été abandonnées en 1998. Les législatures futures ne peuvent pas réellement être tenues à de telles règles si ces dernières ne sont pas inscrites dans les Constitutions. Dans de nombreux États américains, l'obligation constitutionnelle de respecter un équilibre budgétaire (pour opérer les budgets, avec possibilité d'emprunter pour les dépenses essentielles comme la construction d'écoles) a globalement plutôt bien fonctionné et l'Allemagne a récemment décidé d'oeuvrer dans ce sens. Ces règles prévoient des soupapes de sécurité temporaires adaptées en cas de récession, et certaines prévoient aussi un vote à la majorité absolue.Compte tenu de la crise globale durable des finances publiques, une réglementation judicieuse est la promesse de retours importants. Le problème n'est pas que les gouvernements manquent de ressources pour dépenser mais bien que la hausse des dépenses publiques, des impôts, et de la dette sont autant de freins à la croissance économique et aux niveaux de vie futurs. C'est ce à quoi doivent s'attendre l'Europe et le monde si les gouvernements ne contrôlent plus leurs dépenses. n(*) Membre de la Hoover Institution. Ex-président du Bureau des conseillers économiques du président George Bush de 1989 à 1993.Copyright Project SyndicatePoint de vue Michael Boskin (*) Professeur d'économie à l'université de Stanford

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :