Les rêves aborigènes d'Isabelle de Beaumont

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À l'heure de la photo, Isabelle de Beaumont hésite, avant de filer droit vers le bosquet de pins de Norfolk, planté au beau milieu de l'esplanade de Fremantle. « Devant les arbres », propose de sa voix douce la Française, qui vit aujourd'hui retirée dans les cinq hectares de forêt qu'elle possède sur les hauteurs de Perth. Après avoir voyagé aux quatre vents toute sa vie, Isabelle a elle-même pris racine en Australie depuis dix-sept ans, dans la métropole moderne la plus isolée de la planète. Un ailleurs qui lui ressemble. « J'adore être seule dans la nature », insiste Isabelle qui, pendant plus de dix ans, a sillonné le plus souvent en solitaire, l'immense plateau australien, sur la piste des Aborigènes.Elle a attendu 46 ans avant de venir s'établir dans une Australie qui s'était pourtant plusieurs fois manifestée dans sa vie. À 18 ans en Angleterre, une publicité promettant une vie meilleure aux femmes qui feraient le voyage aux antipodes, la convainc de tenter l'aventure. Avant d'abandonner l'idée et les 20 sterlings promis par le prospectus. Plus tard, durant un de ses nombreux tours du monde, elle posera le pied à Sydney, « sans trop m'en rendre compte », lors d'un séjour de huit semaines qu'elle oublie vite. À l'heure des choix, c'est pourtant « tout naturellement » sur cette terre lointaine, que cette fille de diplomate qui a vécu sur cinq continents, s'installe en 1993. Sans le sou et sans idéeEn débarquant à Sydney, cette diplômée de sociologie s'immerge « par hasard », dans les communautés du quartier chaud de Kings Cross. Sans le sou et sans idée précise en tête, Isabelle entame sa « propre exploration », en allant au sinistre pénitencier de Long Bay rendre visite à des prisonniers le plus souvent aborigènes, puis dans le bush pour établir le contact avec leurs familles. Trois ans entre Sydney qui la fatigue et l'Outback qui la fascine, à former « une tête de pont culturel » avec les Aborigènes, qui ne lui demandent rien et lui laissent tout voir. Elle découvre au fil de ses séjours, leur générosité, « au milieu d'une pauvreté extrême », apprend leurs codes et trouve peu à peu les clés de leur univers pictural. Au point de devenir en 1996, les yeux et les oreilles de Stéphane Jacob, aujourd'hui l'un des plus éminents spécialistes de l'art aborigène en France. Si leur « profonde amitié » dure toujours, leur fructueuse collaboration prend fin au bout d'une bonne dizaine d'années, lorsque après une dernière expérience en 2006, Isabelle comprend qu' « avec l'arrivée d'Internet », son rôle d'intermédiaire « n'a plus raison d'être ». Elle n'est depuis plus jamais retournée dans une communauté aborigène, le déplorant sans le regretter. Trois ans plus tard, Isabelle semble avoir tourné la page. Devenue artiste, l'ancienne acheteuse plonge désormais dans sa propre création. Lui reste les souvenirs et « l'éclat du ciel étoilé de l'Outback », qui semble encore parfois lui manquer.

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