5 L'explosion de l'euro : un scénario dévastateur pour les petits pays

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Quand on aura tout essayé à coups de prêts européens par centaines de milliards d'euros et que, malgré cela, les taux resteront si haut pour les États les plus nécessiteux qu'ils ne pourront plus se financer, il restera une option : l'éclatement de la zone euro par la sortie d'un ou plusieurs de ses membres.« Pour les petits pays de la zone, ce scénario serait le plus dévastateur », dit Bruno Cavalier, économiste en chef chez Oddo. Car s'ils devaient retrouver immédiatement l'autonomie de leur politique monétaire et regagner en compétitivité grâce à la dévaluation de leur monnaie nationale contre l'euro, leur sortie de la zone déclencherait des effets en chaîne : coupées des financements de la BCE, leurs banques tomberaient immédiatement en faillite sur une crise de liquidité, ce qui déclencherait un assèchement du crédit et une déflation. Quant à la dévaluation, elle renchérirait instantanément le coût des dettes libellées en euro des États comme des acteurs privés, qui ne pourraient plus les rembourser. La sortie de l'euro n'exclut donc pas les défauts de paiement pour les créanciers de la zone, en centaines de milliards si tous les Piigs sortaient. Les États seraient dès lors contraints de demander rapidement l'assistance financière du FMI, et d'engager des mesures drastiques de redressement de leurs finances publiques. La dévaluation par sortie de l'euro ne permet donc pas d'échapper à la rigueur. Conclusion de Bruno Cavalier : « Les petits États n'ont d'autre choix que de rester dans la zone, où ils bénéficient au moins de la solidarité de leurs voisins. »Ce qui fait dire à l'économiste Christian Saint-Étienne, que l'inévitable transformation de la zone euro due aux écarts de nature et de compétitivité entre ses économies, ne peut se faire que par la sortie des pays les plus solides. « Si le sauvetage de l'Irlande et du Portugal coûtera 20 milliards d'euros à l'Allemagne, celui de l'Espagne, de l'Italie et de la France lui coûterait 2.000 milliards, explique-t-il. Qui peut croire que les Allemands accepteront encore de payer ? Pour eux, mieux vaudrait sortir de la zone, car leur économie exportatrice, spécialisée sur des produits industriels à forte valeur ajoutée, pourrait absorber une réévaluation de leur monnaie de 15 %. » Pour lui, l'Allemagne sortirait avec les autres économies potentiellement excédentaires de la zone, à savoir les Pays-Bas, l'Autriche, la Belgique et la Finlande, pour faire un euro fort. Alors qu'il existe aujourd'hui 12 monnaies dans l'Union européenne, on passerait alors de 12 à 13 monnaies. Reste à savoir, dit l'économiste de Paris Dauphine, si les pays de l'euro faible, à laquelle la France appartiendrait, sauraient en tirer profit pour réduire leurs déficits. » Valérie Segond

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