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Murdoch omnipotent en Grande-Bretagne

La Tribune

Publié le 02 février 2011 à 22:34 - Mis à jour le 02 février 2011 à 22:34

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Rupert Murdoch n'était pas à Davos la semaine dernière. Le bientôt octogénaire magnat de la presse a dû tout annuler au dernier moment. À la place, le patron de News Corp. était occupé à faire un grand ménage à Londres. L'Américain d'origine australienne, qui possède en Grande-Bretagne le « Times » (450.000 exemplaires par jour), le « Sun » (2,7 millions d'exemplaires), Sky News (une chaîne d'information continue), avait deux dossiers brûlants sur les bras, qui illustrent son extraordinaire puissance outre-Manche.Le premier dossier concerne des écoutes téléphoniques illégales réalisées par « News of the World », un tabloïd britannique « trash » du dimanche, possédé par l'empire Murdoch. L'affaire remonte à 2005, quand le journaliste en charge des affaires royales avait été condamné par la justice pour avoir mis sur écoutes les messageries des téléphones portables des princes Harry et William. À l'époque, le rédacteur en chef, Andy Coulson, démentait toute implication, parlant de la mauvaise conduite d'un seul journaliste (même s'il avait démissionné parce que sa responsabilité suprême était en jeu).Sa défense ne tenait pas debout : comment croire qu'un rédacteur en chef ne soit pas au courant de la provenance des scoops de son journal ? D'autant plus qu'il fallait payer - en notes de frais - un détective privé pour effectuer les écoutes... Pourtant, malgré ces doutes, Andy Coulson avait été embauché par David Cameron pour être son chargé de communication, prouvant l'irrésistible attraction d'un homme qui a les clés des portes de l'empire Murdoch.Mais cette affaire n'était que la partie émergée de l'iceberg. Ces derniers mois, les révélations se sont multipliées : des dizaines, voire des centaines de personnes auraient été sur écoutes, dont l'actrice Sienna Miller, la mannequin Elle Macpherson, ou encore des hommes politiques comme l'ancien vice-Premier ministre John Prescott. Face au scandale, tout en continuant à démentir toute implication, Andy Coulson a dû démissionner mi-janvier de son poste de conseiller de David Cameron.L'affaire illustre l'emprise de l'empire Murdoch sur la Grande-Bretagne. D'abord sur le Premier ministre actuel, bien sûr, qui avait choisi un curieux conseiller. Ensuite sur les travaillistes : plusieurs de ses ténors politiques, qui soupçonnaient des écoutes illégales, ne s'étaient pas plaints publiquement tant que l'empire Murdoch les soutenait (le « Times » et le « Sun », qui soutenaient les travaillistes, ont changé de camp fin 2009)... Enfin, l'emprise de News Corp. touche aussi la police britannique : celle-ci a, semble-t-il, été particulièrement peu intéressée par les accusations d'écoutes illégales, jusqu'à présent. Plusieurs plaintes sont restées sans réponse. Le problème est que Scotland Yard utilisait « News of the World » pour faire « fuiter » de nombreuses informations, et qu'elle était très proche de ses journalistes.S'il fallait d'autres signes de l'influence de News Corp., un deuxième dossier est venu les apporter. Rupert Murdoch, qui possède actuellement 39 % de BSkyB, le bouquet satellite britannique au formidable succès financier, voudrait en acheter 100 %. Cela lui permettrait de mettre la main sur son juteux bénéfice. Problème, selon le régulateur des médias, l'Ofcom, cela irait contre la « pluralité » de la presse, puisque cela donnerait à Rupert Murdoch le contrôle de 24 % du paysage médiatique britannique.Le gouvernement britannique a-t-il donc transféré le dossier à la Commission sur la concurrence, comme le recommande l'Ofcom ? Pas du tout. Il a préféré donner une deuxième chance à Rupert Murdoch, proposant au magnat de suggérer lui-même une solution. Laquelle ? Plutôt qu'une vente pure et simple de Sky News, Rupert Murdoch envisagerait de créer un comité ad hoc chargé de garantir l'indépendance éditoriale de la chaîne. De quoi inquiéter, venant d'un homme qui affirmait en 2007 avoir « le contrôle éditorial des principaux sujets » publiés dans ses tabloïds.David Cameron, le Premier ministre britannique, savait que la décision de ne pas référer le dossier à la Commission sur la concurrence déclencherait une levée de boucliers. Mais il a préféré passer outre, plutôt que de s'attaquer de front à Rupert Murdoch.Nulle part ailleurs le magnat n'a autant d'influence qu'en Grande-Bretagne. Aux États-Unis, il possède bien Fox News et le « Wall Street Journal » (entre autres), mais la taille du pays fait que sa voix est plus diluée. Outre-Manche, il « tient » les pouvoirs en place, quelle que soit leur couleur politique. Les événements de ces dernières semaines montrent que son emprise est plus que jamais d'actualité.drL'analyse

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