Le drame grec entraîne une désaffection généralisée à l'égard de l'euro

Depuis son point haut récent face au dollar, qui remonte au 25 novembre, l'euro a cédé plus de 9 % de sa valeur. Cette correction, infligée par le billet vert à la monnaie unique des Seize, tient certes pour une bonne part à la dérive des finances publiques des « Pigs » (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne), Grèce en tête, et le répit observé depuis deux séances, où il se négocie au-dessus de 1,39 dollar, est suspendu au verdict que donnera aujourd'hui la Commission européenne au programme de réduction de son déficit budgétaire. Mais, outre le fait que le dollar a retrouvé des atouts intrinsèques, que lui confère la robustesse des dernières statistiques sur les États-Unis rapprochant l'échéancier d'une hausse des taux de la Réserve fédérale, l'euro pèche par manque de cohésion de la zone économique et politique qu'il représente et qu'il était censé accélérer.De Davos, la semaine dernière, le spéculateur américano-hongrois George Soros avait lancé : « Il n'y a pas d'alternative attractive au dollar. » Ce n'est en tout cas pas l'euro qui, après onze ans d'existence et alors qu'il représente un PIB et une population égale ou supérieure à celle des États-Unis, n'est parvenu à le concurrencer qu'en termes de monnaie d'emprunt. En tant que monnaie de réserve, de transactions et de facturation, il se maintient loin, très loin derrière la monnaie de référence mondiale. Pire, selon les derniers chiffres du Fonds monétaire international, après avoir acquis des tombereaux d'euros au deuxième trimestre de 2009, comme elles ne l'avaient encore jamais fait, les banques centrales ont commencé à se délester. D'avril à mai de l'an dernier, les instituts d'émission ? tout du moins ceux qui révèlent la composition de leurs avoirs ? avaient engrangé le record de 60 milliards d'euros, soit plus de la moitié de leurs réserves de devises nouvellement acquises. Au cours des trois mois suivants, la part de l'euro ne représentait plus que 15 % des nouvelles réserves, soit 17,8 milliards de dollars, celle du billet vert remontant en flèche de 36 % à 45 % des avoirs fraîchement acquis, soit 52 milliards de dollars.vers une croissance de 1,2 % Constat désabusé d'un stratège américain : « Les banques centrales recherchent des substituts à l'euro, qui a connu ses meilleures périodes lorsqu'il servait d'antidote au dollar ; il est en train de perdre ce statut. » C'est d'autant plus vrai que le contexte économique ne lui est pas favorable. Selon la moyenne des prévisions des économistes du panel de l'agence Bloomberg, la croissance de la zone euro se limiterait à 1,2 % cette année, contre 2,7 % aux États-Unis et même 1,35 % au Japon. Rien d'étonnant à ce que les investisseurs adoptent le même comportement que les banques centrales à l'égard de l'euro.Isabelle Croizard

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