L'Europe n'a rien prévu pour gérer ce type de crise

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Jean Pisani-Ferry, Directeur du centre de recherche économique Bruegel, à Bruxelles.Vous estimez que la Grèce devrait faire appel au Fonds monétaire international (FMI) pour sortir de l'ornière. Pourquoi pas une solution européenne ?Le premier constat à faire est que l'Europe n'a rien prévu pour cela. Tout son système repose sur l'idée que l'on va prévenir la crise et que l'on n'aura pas besoin de la gérer. Elle va même plus loin en disant qu'en préparant la crise, on créerait un aléa moral. Le FMI, de son côté, est une institution très spécifique qui s'est construite au fil des années pour faire ce métier d'assistance conditionnelle, qui est prête à mener des négociations dures avec les gouvernements, à affronter l'impopularité. Les institutions européennes ne sont pas faites pour cela : ce type d'intervention risquerait de créer des tensions au sein de l'Union si un gouvernement n'est pas d'accord avec les mesures que Bruxelles lui impose et doit faire face, chez lui, à un fort mécontentement social.Comment cela pourrait-il fonctionner ?Par un arrangement spécifique avec le Fonds, car les principes de conditionnalité de ses aides et les principes de gestion interne de l'euro dans le cadre du Pacte de stabilité ne sont pas les mêmes. On a, quoi qu'il en soit, besoin de trouver des combinaisons entre les systèmes multilatéraux et les arrangements régionaux. Après la crise de 1997, on a dit aux Asiatiques : « Ne créez pas votre fonds, faites confiance au FMI ! » Ce ne serait pas une mauvaise idée de créer un précédent.Pourquoi la stratégie de prévention n'a-t-elle pas marché ?La Grèce c'est une histoire de problèmes répétés, à commencer par les chiffres. En plus, les forces de rappel n'ont pas été là. Pendant longtemps, les marchés n'ont pas accordé de prime de risque au pays. Il n'a commencé à y avoir des signaux qu'en 2009. En fait, les marchés ont fait confiance au Pacte de stabilité et à l'idée que les Européens s'arrangeraient entre eux en cas de problèmes, alors que l'union monétaire ne fait pas disparaître le risque souverain. Elle transforme seulement le risque monétaire en risque de défaut. À cela s'ajoute évidemment l'ampleur du choc économique provoqué par la crise. Tout cela montre que l'Europe doit réfléchir à sa gestion de crise. On l'avait déjà vu une première fois avec la crise bancaire que l'on a gérée de façon ad hoc. C'est à nouveau le cas.Propos recueillis par Florence Autret L'union monétaire ne fait pas disparaître le risque souverain.

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