Le regard politique d'Hélène Fontanaud : la politique, c'est souvent l'art du recul

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Pendant sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy avait promis la rupture. Elle a eu lieu dans bien des domaines, à commencer par la gouvernance, désormais exercée presque exclusivement à l'Élysée. Pour les réformes, c'est plus compliqué. Les universités sont certes plus autonomes, la carte judiciaire est redessinée, l'école primaire est remaniée, les institutions sont chamboulées. Mais en presque trois ans, le chef de l'État a dû notamment reculer sur la réforme du lycée, sur le travail du dimanche et, maintenant, sur la taxe carbone. Bouclier fiscal brandiAprès la cinglante défaite des régionales, la majorité en voulait davantage. D'Alain Juppé à Dominique de Villepin, en passant par treize députés UMP, et même leur chef de file Jean-François Copé, la droite a demandé la suspension, voire la suppression du bouclier fiscal version loi Tepa 2007, qui limite à 50 % des revenus le montant maximum de l'impôt payé par les Français. " N'y touchez pas ", leur a répondu Nicolas Sarkozy, tout en reconnaissant qu'un " petit effort " serait demandé lors de la réforme des retraites, chantier majeur de la fin du quinquennat. Le chef de l'État est donc prêt à reculer sur l'emblème de sa politique économique, mais seulement s'il peut avancer sur la retraite. Droits dans leurs bottesLa stratégie de Nicolas Sarkozy n'étonne pas ceux qui, à droite, savent que le chef de l'État est plus un pragmatique qu'un idéologue, même si le cap qu'il tente de tenir répond à sa doctrine dite de " la droite décomplexée ". Et l'histoire politique récente regorge d'exemples de reculs en bon ordre face à la fronde de l'opinion publique ou à la colère de la rue. Et ceux qui aujourd'hui donnent des conseils de sagesse et de mesure au chef de l'État n'étaient souvent pas les plus modérés. À commencer par Dominique de Villepin, dont les rêves présidentiels se sont effondrés en mars 2006 avec le retrait du contrat première embauche. En poursuivant avec Alain Juppé, " droit dans ses bottes ", mais contraint à l'abandon de son " plan de sauvegarde de la Sécurité sociale" en décembre 1995 après la plus grave crise sociale que la France ait connue depuis 1968. En 1994, lors de la bataille sur le "smic jeunes" d'Edouard Balladur, le ministre du Travail de l'époque, Michel Giraud, avait lancé : "C'est comme à Verdun, on ne passe pas !" Quelques jours plus tard, le CIP était abandonné sous la pression des manifestations. Pour filer la métaphore militaire, on sait bien qu'en France les lignes Maginot ne sont jamais étanches.

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