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Jeroen Dijsselbloem, victime expiatoire du couple franco-allemand

La Tribune

Publié le 02 juin 2013 à 21:04 - Mis à jour le 02 juin 2013 à 21:04

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les terrains d\'entente de François Hollande et d\'Angela Merkel sont rares. Il y a la lutte contre le chômage (du moins dans son principe) et... le peu d\'estime qu\'ils portent au président de l\'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. Rien d\'étonnant que, jeudi à Paris, dans leur démonstration d\'unité, les dirigeants français et allemands soient convenus de se réconcilier aux dépens du ministre des Finances néerlandais. Comment répondre à François Hollande ?François Hollande, on s\'en souvient, avait proposé lors de sa conférence de presse du 16 mai dernier un « gouvernement économique » de la zone euro doté d\'un président. La proposition n\'emballe guère la chancelière qui considère que les réformes de la zone euro engagées depuis 2011 constitue déjà un « gouvernement économique. » Une nouvelle institution serait superflue et même contre-productive. Le compromis franco-allemand a donc pris la forme d\'un président permanent et dédié de l\'Eurogroupe. Cette institution, qui regroupe les ministres des Finances des pays de la zone euro, a en effet pris de plus en plus d\'importance dans la crise. Aujourd\'hui, c\'est elle qui décide des grandes orientations de politiques économiques et des mesures d\'aides à apporter aux pays en difficulté.Vers un « ministre des Finances » de la zone euro ?Un tel président serait alors une sorte de « ministre des Finances de la zone euro » comme l\'avait jadis proposé Jean-Claude Trichet. Il pourrait contribuer à une meilleure coordination des politiques économiques des 17 pays de l\'UEM. Berlin n\'y voit pas d\'objections : l\'Eurogroupe a toujours été un fidèle allié de sa politique européenne et le nouveau président sera le garant que la politique de « rééquilibrage » définie par la Commission sera mise en œuvre. Il n\'y a pas de modification majeure de l\'architecture institutionnelle européenne. Paris, de son côté, peut se vanter d\'avoir son fameux « président. » Comme souvent, l\'Allemagne gagne sur le fond, la France sur la forme. Mais chacun peut se réjouir.L\'amertume du NéerlandaisIl en est pourtant un qui fait grise mine : Jeroen Dijsselbloem. Six mois après sa nomination, le Néerlandais est implicitement sommé de choisir entre son poste à l\'Eurogroupe et son rôle dans le gouvernement néerlandais. Et évidemment, Paris et Berlin espèrent bien qu\'il choisira de rester à La Haye. Vendredi soir, Jeroen Dijsselbloem a indiqué qu\'il ne se soumettrait pas au « diktat » franco-allemand et qu\'il entendait rester en poste jusqu\'à la fin théorique de son mandat en 2014. Mais il n\'a pas caché non plus son amertume en affirmant qu\'il n\'était pas favorable à la proposition franco-allemande. Il n\'est pourtant pas certain qu\'il puisse tenir si Paris et Berlin insiste. D\'autant qu\'il n\'est guère en position de forceLa bourde chyprioteCertes, depuis son entrée en fonction comme successeur de Jean-Claude Juncker, le Néerlandais n\'a pas convaincu. Bien loin de là. Sa « bourde » après le sauvetage de Chypre l\'a entièrement discrédité. A peine le pénible accord pour le sauvetage de la république insulaire trouvée, le chef de l\'Eurogroupe avait indiqué que la participation des déposants au sauvetage des banques chypriotes était un « modèle » (« template ») pour les sauvetages à venir. Des propos qui avaient fortement inquiété, parce qu\'ils signifiaient que les dépôts en zone euro étaient désormais menacés. C\'était ouvrir la voie à la contagion de la crise chypriote à l\'Espagne ou à l\'Italie. Jeroen Dijsselbloem avait vite affirmé qu\'on l\'avait mal compris. Mais ce qui lui restait de crédibilité était déjà morte. Le ministre néerlandais devient la risée de la communauté financière. Le choix de BerlinIl y a pourtant un peu d\'injustice dans le destin de ce spécialiste de l\'agriculture, petit apparatchik du parti travailliste néerlandais qui a été soudainement propulsé à la tête de l\'une des institutions les plus puissantes d\'Europe, au cœur de la crise européenne. Sa nomination a été le fruit d\'un autre compromis franco-allemand, cette fois fortement inspiré par Berlin. La succession de Jean-Claude Juncker a empoisonné les relations franco-allemandes à partir de la fin de 2011. Paris voulait le poste, Berlin aussi. En juillet 2012, on demande au premier ministre luxembourgeois de prolonger son mandat. Il accepte, mais prévient qu\'il n\'ira pas au-delà de février 2013. On envisage de partager la fonction entre Pierre Moscovici et Wolfgang Schäuble, mais l\'affaire est trop complexe. Finalement le gouvernement français propose une candidature espagnole. Ce serait justice : le quatrième pays de la zone euro vient de perdre, à la demande de Berlin, sa place au directoire de la BCE au profit d\'un Luxembourgeois « faucon », malgré le vote négatif du parlement européen. Pour Angela Merkel qui, à l\'époque veut absolument contrôler ce levier de direction, nommer un Espagnol est inenvisageable. Ce serait donner du pouvoir à un pays qui « lorgne sur l\'argent des contribuables allemands. » Berlin impose donc « son » candidat : Jeroen Dijsselbloem.Trop fidèle serviteur d\'Angela MerkelLes Pays-Bas sont des alliés sûrs de Berlin en Europe, malgré leurs difficultés budgétaires. La France fait grise mine, mais, comme toujours, fini par accepter ce choix allemand. Jeroen Dijsselbloem est nommé sur une seule qualité : sa nationalité. Il est la créature d\'Angela Merkel et il va s\'efforcer de jouer au mieux son rôle. C\'est dans cet esprit qu\'il fait sa déclaration sur le « modèle chypriote », car il sait que l\'Allemagne, qui a poussé pour cette solution, veut réduire son risque en mettant en place un tel modèle. Mais cet excès de zèle lui coûtera cher. D\'autant que lui-même vient de sauver une banque néerlandaise, SNS Reaal, avec de l\'argent public et avec le soutien de la BCE. Un soutien qui a été refusé aux banques chypriotes. Là encore, sa crédibilité en prend un coup.Inutile et inutilisableBerlin n\'a plus réellement d\'intérêt dès lors à soutenir le Néerlandais qui, par ailleurs, fait peu de zèle en matière budgétaire : son pays a dû réclamer un an de délai à Bruxelles pour remplir ses objectifs. De plus, l\'Allemagne commence à comprendre qu\'elle doit adoucir son discours, sinon sa politique, sur l\'austérité. Progressivement, Jeroen Dijsselbloem devient donc un outil inutile et inutilisable pour Angela Merkel. Et lorsqu\'il lui a fallu trouver un levier pour se réconcilier avec François Hollande, se débarrasser de cet encombrant Néerlandais s\'est imposé comme une solution logique. Triste fin de carrière européenne pour celui qui n\'aura jamais été qu\'un instrument de la politique européenne de Berlin.

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