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En Egypte, la vraie bombe à retardement c'est l'économie

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Publié le 02 juillet 2013 à 21:02 - Mis à jour le 02 juillet 2013 à 21:02

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Tahrir a repris de la voix. Mais le pouvoir égyptien ne tient pas à l'entendre. En dépit des millions de manifestants, des affrontements, malgré les appels de l'armée, ceux des puissances étrangères - Barack Obama en tête - et faisant fi des démissions... Mohammed Morsi n'en démord pas. Le président élu un an plus tôt a rejetté l'ultimatum de l'opposition lui enjoignant de démissionner. Or, à cette crise politique, s'ajoute une crise économique que la violence des affrontements - qui ont déjà causé la mort de huit personnes - a évidemment fait oublier. Pourtant, l'urgence est bien là.1. Des réserves qui fondentLa banque centrale égyptienne a déjà sonné l'alerte: si ses réserves de change ont légèrement remonté dernièrement, elles restent sous le seuil des 15 milliards de dollars, ce qui représente l'équivalent de trois mois d'importations de biens et services. Avant le "Printemps" de 2011, ces réservent étaient trois fois plus importantes... Par ailleurs, l'agence de notation Standard & Poor's a même placé la note souveraine du pays en catégorie spéculative début juin, signalant ses fortes craintes d'un défaut du pays.2. Une monnaie qui se déprécie à toute allurePendant ce temps, la monnaie se déprécie à une allure vertigineuse. Le taux de change avec le dollar a chuté de plus de 12% depuis décembre 2011, un dollar valant désormais 6,99 livres et un euro s'échange contre 9,12 livres égyptiennes alors qu'il en valait 9,04 en avril. Ce mouvement s'était déclenché auparavant et la banque centrale a d'ailleurs aggravé la situation par sa politique monétaire. "Jusqu'au début de l'année 2012, les autorités égyptiennes ont utilisé les réserves de change pour lutter contre la dépréciation de la monnaie", explique ainsi Jésus Castillo, analyste spécialiste du bassin méditerranéen chez Natixis.3. Des prix qui grimpentOr, le pays importe beaucoup, notamment des céréales dont il est le premier consommateur mondial, mais aussi de l'énergie. D'où une forte inflation, qui atteindrait au total 9% cette année, notamment des denrées alimentaires. Celle-ci couplée à des coupures de courant fréquentes suscitent d'autant plus l'indignation de la population. "Ces révoltes revêtent encore plus qu'en 2011 un caractère socio-économique. Les femmes qui manifestent aujourd'hui se révoltent sans doute moins contre les religieux qui veulent leur imposer la charia que contre la hausse des prix car avant tout ce sont elles qui font les courses", commente Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et directrice de la société Méroé, qui conseille des entreprises.4. Une croissance ralentie, un endettement en hausseGlobalement, depuis le renversement d'Hosni Moubarak, dont les bons résultats macroéconomiques masquaient de fortes inégalités, la situation s'est fortement dégradée. La croissance a ainsi ralenti, passant d'environ 5,1% à 2,5% selon les dernières prévisions du FMI. Au cours de la même période, le déficit s'est accentué, passant de 9,8% du PIB en 2010-2011 à 10,8% en 2011-2012, alors que le budget prévoyait un déficit inférieur à ce pourcentage de plus de 2 points, selon une note de Bercy datant du mois de juin. (voir graphique ci-dessous) Chez Natixis, Jésus Castillo tempère cependant: "Je ne pense pas que le pays va faire défaut aujourd'hui." "Sur l'année fiscale 2011-2012, la dette à court terme, donc payable rapidement, représentait 8% de la dette totale et 18% des réserves de change, soit 2,9 milliards de dollars environ, ce qui n'est pas complètement ingérable", explique-t-il.5. Le tourisme en dangerLes leviers de croissance, qui permettraient au pays d'accumuler des réserves, reposent essentiellement sur le tourisme, qui représente 45% des exportations de service (contre 24% pour le Canal de Suez, dont l'activité est stable). Et celui-ci pâtit évidement des conséquences de l'instabilité politique, malgré une évolution de ce secteur amorcée avant la révolution. "Une reconfiguration du secteur touristique s'est enclenchée avec l'arrivée d'un tourisme plus balnéaire auprès notamment de clients russes. Il a le mérite de concerner des régions plus sécurisées que le tourisme culturel", explique Sophie Pommier, qui conseille des entreprises installées dans le pays.>> Les tour-opérateurs n'en finissent plus de payer la note du Printemps arabe6. Les conditions du FMIDans ce contexte, l'aide internationale que le gouvernement tente de négocier depuis plus de deux ans paraît d'autant plus cruciale. Christine Lagarde, la directrice du FMI, a récemment fait remarquer que la somme promise de 4,8 milliards de dollars, dont le déblocage pourrait entraîner d'autres partenaires comme l'Union européenne à ouvrir leur portefeuille, ne serait elle-même pas suffisante. Pour l'instant, les négociations avec le FMI sont au point mort, après de nombreuses tergiversations de la part du gouvernement dominé jusqu'aux dernières vagues de démissions par les Frères Musulmans.Problème: le Fonds monétaire exige des conditions draconniennes pour verser l'aide. Parmi elles : la suppression des subventions sur les prix des carburants et des hausses de taxes. Des mesures hautement impopulaires. Et ce, d'autant plus qu'elles "sont assimlées à l'Occident en général et aux Etats-Unis en particulier, comme une forme d'impérialisme économique accompagnant l'impérialisme politique", détaille Sophie Pommier, auteure de "L'Egypte, l'envers du décor".7. Une très chère perfusion qatarie...Pour l'instant, le Caire bénéficie de l'aide financière de ses partenaires du Golfe, non sans contreparties. "L'aide du Qatar consiste pour partie en dépôts que l'émirat peut retirer à sa convenance disposant ainsi de moyens d'ingérence, ce qui est très mal perçu dans la population (...) Sous pression du Qatar et de l'Arabie Saoudite, Mohammed Morsi a ainsi adopté récemment une position plus dure vis-à-vis du régime de Bachar el-Assad, alors que l'Egypte cherchait jusqu'à présent à jouer les médiateurs", explique Sophie Pommier.8. Et toujours le blocage politique Enfin, l'issue politique, paraît bien plus lointaine encore tant les divergences entre les différents mouvements politiques semblent importants. "Je redoute un scénario dans lequel, pour arriver à un compromis, il faut d'abord épuiser l'idée d'imposer son point de vue aux autres, d'être la communauté dominante, ce qui peut passer par une phase très violente. Au Liban, elle a duré quinze ans, en Algérie dix ans...", fait remarquer Sophie Pommier.

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