"L'ère Berlusconi est terminée"

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Silvio Berlusconi se retourne. Le paysage politique italien aussi. Soucieux d\'éviter la prison dans le cas où le Sénat voterait la levée de son immunité, l\'ancien président du Conseil italien a brusquement décidé de changer son fusil d\'épaule et appelé son camp à accorder sa confiance au gouvernement d\'Enrico Letta après la démission de cinq ministres de son parti le Peuple de la Liberté (PDL) qui avait eux-mêmes pris leurs distances avec le Cavaliere.Pour Sergio Fabbrini, professeur de sciences politiques à l\'université des sciences sociale Guido Carli de Rome et directeur de la School of Governement, avant même l\'issue du vote l\'instant était historique et correspondait à la fin d\'une ère. >> Italie: Quelle \"combinazione\" pour sortir de la nouvelle crise politique? Comment analysez-vous le retournement opéré par Silvio Berlusconi?Il a simplement essayé de gagner du temps. Que peut-il advenir de Silvio Berlusconi après cette crise?Je ne vois pas comment il pourrait retrouver une place prépondérante. L\'ère Berlusconi est terminée. Il n\'y a aucune chance pour qu\'il joue à nouveau un rôle politique majeur en Italie. Il peut toujours essayer de créer le chaos et la confusion mais il ne risque pas de pouvoir revenir sur le devant de la scène.Ses enfants, sa famille pourraient-ils reprendre le flambeau, notamment sa fille Marina qui dirige le groupe Mediaset ?Un parti familial peut s\'organiser autour de Berlusconi pour la défense de ses intérêts économiques et financiers. II est entré en politique pour deux raisons. Officiellement pour transformer le système en une organisation plus libérale et plus ouverte. Officieusement pour protéger ses intérêts. Or, ceux-ci sont déjà compromis par les condamnations. D\'autant plus que de nouveaux procès vont se tenir qui en menaceront encore davantage.  Sa famille va sans doute organiser un parti qui pourra s\'appeler Forza Italia ou autre. Mais ce n\'est pas le parti de centre-droit dont l\'Italie a besoin. Et il ne représentera pas plus de 10% de l\'électorat. Les sept mois qui se sont écoulés depuis les dernières élections ont en tous cas démontré que Silvio Berlusconi cherchait d\'abord à défendre ses intérêts personnels.Qu\'a vraiment accompli le gouvernement Letta depuis la formation de la coalition en avril ?Il n\'a mis en place aucune réforme structurelle, sur l\'organisation du marché, la compétitivité de l\'industrie, l\'administration... Silvio Berlusconi écarté, Enrico Letta aura-t-il davantage les coudées franches pour agir ?Tout dépendra de la coalition qui l\'emportera. S\'il doit composer avec le mouvement Cinq-étoiles de Beppe Grillo et les dissidents du parti de Berlusconi, les mêmes problèmes resurgiront très vite. La seule possibilité qu\'à Letta d\'avoir suffisamment de pouvoir, c\'est d\'obtenir une approbation sur un programme clair.Ou bien, il pourrait laisser sa place de chef du gouvernement à d\'autres personnalités comme Fabrizio Saccomanni le ministre de l\'Economie, ou Giuliano Amato [qui a été nommé à la tête du conseil constitutionnel italien en septembre] qui prendraient alors la tête d\'une gouvernement technocratique soutenu par une majorité parlementaire ad hoc pour un temps et un objectif déterminés.D\'ici décembre prochain une nouvelle loi constitutionnelle devrait avoir été votée et de nouvelles élections organisée en février ou mars. C\'est la seule alternative pour que nous sortions de ce cauchemar avant que l\'Italie ne prenne la présidence tournante de l\'Union européenne le 1e juillet 2014. Sinon, d\'autres élections pourront être organisées en 2015 et l\'Italie serait dirigée entre-temps par une équipe de techniciens similaire au gouvernement Monti en 2012.En février, Beppe Grillo avait gagné des voix notamment grâce à un discours anti-austérité. Qu\'en est-il de l\'opinion publique aujourd\'hui ? La base électorale italienne continue d\'être scindée en trois avec d\'une part le centre-gauche démocrate, le centre-droit (PDL) et le camp de Beppe Grillo. Le problème de la loi électorale c\'est qu\'elle rend possible une situation où la majorité n\'est pas la même à la Chambre des députés et au Sénat. Or, le gouvernement devrait pouvoir avoir la confiance des deux. Sinon, il y a de fortes chances qu\'aux prochaines élections nous nous retrouvions dans la même situation que lors des précédentes [quand la formation d\'un gouvernement avait été bloquée pendant des semaines faute de majorité claire].L\'Italie va-t-elle s\'inspirer d\'un modèle constitutionnel à la française ? Je suis favorable à ce que nous allions dans cette direction. Avant 1958, l\'organisation de la IVe République était très semblable à ce que connaît l\'Italie aujourd\'hui. Mais à l\'époque, Charles de Gaulle est arrivé à Paris après la tentative de coup d\'Etat en Algérie et a posé ses conditions pour la nouvelle constitution.Ici, la situation n\'est pas du tout la même et nous n\'avons pas de personnalité très forte susceptible d\'imposer ainsi ses vues. Le président Giorgio Napolitano n\'est pas en mesure de changer la constitution comme l\'avait fait de Gaulle. Même si de facto, le système tend vers un régime semi-présidentiel.Georgio Napolitano apparaît comme une figure de la stabilité. Il n\'est plus seulement un chef d\'Etat au pouvoir symbolique mais tient de plus en plus un rôle politique. Il est devenu un interlocuteur pour Angela Merkel et François Hollande qui ont besoin d\'un leader politique pour comprendre ce qui est en train de se passer. 

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