La recette de Mario Draghi pour faire aimer l'euro

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On le sait, l\'euro est sauvé. Mais il est mal aimé. Les deux scrutins qui se sont tenus au cours du mois de septembre en Allemagne et en Autriche l\'ont prouvé. Outre-Rhin, Alternative für Deutschland (AfD), qui a fait uniquement campagne sur son opposition à la monnaie unique, a obtenu 4,7 % des suffrages exprimés, tout proche des 5 % nécessaires à l\'entrée au Bundestag. Dans la première économie européenne, support principal de l\'euro, ceci fait évidemment désordre.Une semaine plus tard, en Autriche, l\'ensemble des forces anti-euro ont dépassé les 30 %. Et l\'on ne parle évidemment pas des scores du mouvement de Beppe Grillo, des partis grecs anti-austérité ou de la montée du Front National en France…Les trois éléments de la recette du docteur DraghiMercredi à Paris, une journaliste italienne a jugé bon d\'interroger le « sauveur de l\'euro », Mario Draghi, sur cette inquiétante vague hostile à la monnaie dont il a la garde. Que compte-t-il faire pour réconcilier le citoyen européen avec l\'euro ? Le président de la BCE a sa recette en trois points.D\'abord, il faut « renforcer les économies nationales. » Certes, mais comment ? C\'est bien simple, en réalisant les fameuses « réformes structurelles » et en « poursuivant l\'effort de consolidation budgétaire. » Autrement dit, en continuant de presser les demandes intérieures.Ensuite, Mario Draghi pense que, pour faire aimer l\'euro, il convient que la BCE assure son objectif de maintenir les anticipations d\'inflation « proche, mais en-dessous de 2 %. » Certes, le risque inflationniste a été agité par AfD en Allemagne. Mais on ne peut analyser le vote de ses électeurs par ce seul effet, alors que l\'inflation reste très faible outre-Rhin (1,4 % en septembre sur un an). Et l\'on n\'entend guère le Syriza grec ou Beppe Grillo en Italie réclamer un meilleur ancrage des anticipations d\'inflation…Dernier point de la recette Draghi pour faire aimer l\'euro : poursuivre le développement des instruments de gouvernance de la zone euro : two pack, six pack et pacte budgétaire. Là encore, le doute est permis, car cette gouvernance, qui est quasiment univoque et centrée sur la question de la consolidation budgétaire, est souvent utilisé par les mouvements hostiles à l\'euro comme preuve que cette dernière réduit la souveraineté nationale et créé de la pauvreté.L\'autocritique n\'est pas permiseA écouter la réponse de Mario Draghi, on avait le sentiment que, face à la montée des partis anti-euro, il ne fallait rien faire d\'autre que de continuer sur la voie actuelle. Mais c\'est précisément cette voie qui, depuis trois ans, fait le terreau de ces partis. on pourrait y voir un aveuglement, on se tromperait.Tout ceci est cependant logique : la valeur la plus haute pour la BCE, c\'est son indépendance non pas tant vis-à-vis du politique que vis-à-vis des populations. Si la BCE est indépendante, c\'est justement parce qu\'elle doit former un rempart contre ceux qui pourraient être gouvernés par leurs passions. Et donc tentés d\'utiliser leur pouvoir politique pour influer sur la politique monétaire. L\'autocritique n\'est donc pas permise pour l\'ancien président de Goldman Sachs Europe. Reste à savoir si l\'euro en sera plus aimé à l\'avenir…

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