« J'ai voulu comprendre l'influence du politique sur l'individu »

Un knock-out pour commencer l'année ! En guise de bons voeux, Géraldine Beigbeder (la cousine de Frédéric) nous adresse un roman puissant, au titre impossible à retenir : « Larguée en périphérie de la zone politique et autres petits désordres organiques » (Albin Michel). Reste que la musique, les pulsations, le rythme soutenu de son écriture, urbaine, contemporaine, à la fois orale et littéraire, continuent de nous hanter longtemps après avoir terminé le livre. Car derrière les aventures de Léa, quittée par Justin au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, se cache le portrait de cette génération désenchantée de quadras qui ne se reconnaît plus dans la société actuelle. L'auteur nous en dit plus. Comment êtes-vous venue à l'écriture ?J'ai commencé à écrire des scénarios pour la télé ou le cinéma dès l'âge de 20 ans. J'ai notamment travaillé comme script doctor sur « Jet Set » de Fabien Onteniente, ou sur les clips de Mylène Farmer. En 2007, j'ai sauté le pas et publié mon premier roman, « Sponsors » (Ramsay).Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture de ce dernier roman ?J'ai voulu comprendre l'influence du politique sur l'individu. Tout est parti d'un dîner, au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, où des gens de droite et de gauche se sont terriblement disputés. Jamais je n'avais vu un tel clivage. J'ai aussi été anéantie par l'épisode des vacances sur le yacht de Bolloréeacute;. Non pas à cause d'une débauche d'argent, mais on était déjà en état de crise. Or Sarkozy m'a donné l'impression de nier cela, comme s'il ne se rendait compte de rien. Si nous avons tous été fascinés par son énergie, son élection n'en symbolise pas moins une page qui se tourne. La valeur de l'argent a pris le dessus sur la solidarité et l'humanité.« Je suis nostalgique de ce que je pourrai regretter sans l'avoir vraiment connu », faites-vous dire à votre personnage. N'est-ce pas le propre des quadras ?Si. Une génération désenchantée, perdue. Larguée. Tout le monde cherche d'autres alternatives sans en trouver vraiment. Les gens voudraient faire une coupure radicale avec le système économique, une sorte de révolution culturelle de l'esprit, plus que de passer par des valeurs idéologiques totalement éculées. En 2007, nous avons voté pour des personnalités plus que pour des idées. Et cette « pipolisation » du politique a abouti à une société du vide, politiquement inexistante.Que partagez-vous avec votre héroïne ?Le harcèlement au travail. J'ai vécu ce que je décris. J'ai aussi le sentiment que plus on avance, moins on gagne bien sa vie.Vous qui êtes scénariste, à quel réalisateur aimeriez-vous confier cette histoire ?À Gaspar Noé, peut-être. Ou Guillaume Canet. Il a très bien su capter l'air du temps et sa génération.Propos recueillis par Yasmine Youssi« Larguée en périphérie de la zone politique et autres petits désordres organiques », Albin Michel, 242 pages, 16,50 euros.

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