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Fabrice Rémon, associé chez Deminor : « 2 % à 3 % du flottant d'Hermès pourraient être détenus par des amis de LVMH»

La Tribune

Publié le 03 janvier 2011 à 22:23 - Mis à jour le 03 janvier 2011 à 22:23

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STRONG>Comment réagissez-vous à la nouvelle montée de LVMH au capital d'Hermès le 17 décembre, qui est passé de 17,1?% à 20,2?% ?Cette avancée a été rendue possible par la sortie des fonds indiciels, obligés de se retirer à la suite du manque de flottant provoqué par la première arrivée du groupe de Bernard Arnault dans Hermès. Mais je ne serais pas étonné que sur les 7 % de flottant restant désormais, 2 % à 3 % soit encore dans des mains amies de LVMH, telles que celles d'Albert Frère, souvent présent dans les coups précédents. Cela voudrait dire que les liquidités restantes seraient quasiment inexistantes. Et ce d'autant plus que, lors de sa dernière déclaration de franchissement de seuil à l'Autorité des marchés financiers, (AMF) le 21 décembre, LVMH a rappelé détenir encore 204.056 actions Hermès Internationalational, soit environ 0,2 % du capital, avec échéance le 4 avril 2014, mais qu'il peut débloquer à tout moment.Vous avez demandé des comptes à LVMH le 8 décembre dernier par courrier. Pourquoi si tard, plus d'un mois après son entrée, et avec quel mandat ?Chez Deminor nous aimons prendre position sur un dossier quand nous sommes à l'aise avec la problématique et l'éthique. Et ce, même si les deux protagonistes nous ont approchés dès le début. Pour la petite histoire, j'ai croisé le vice-président de LVMH, Pierre Godé, à la Foire internationale d'art contemporain le dimanche 24 octobre, jour de l'annonce de l'opération à la presse. Je l'ai félicité pensant que l'entrée était amicale. Ce n'est que le lendemain en lisant la presse, que je me suis rendu compte de mon erreur. Quand Hermès m'a approché quelques semaines plus tard, j'ai donc choisi ce camp, ce qui a surpris Monsieur Godé. Colette Neuville (présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires), qui a choisi le camp d'en face, m'a elle aussi expliqué qu'on ne résiste pas longtemps à Pierre Godé. Pourtant, je suis le seul à ne pas cacher être rémunéré pour ma prise de position.Que reprochez-vous concrètement à Bernard Arnault ?Tout d'abord, je souhaite comprendre par quel tour de passe-passe Bernard Arnault a pu être actionnaire d'Hermès dans les années 1980 sans que la société elle-même ne s'en rende compte. Ses actions représentaient-elles 10 % ou 15 % du capital ? Et pourquoi n'y a-t-il aucune trace dans le registre des actionnaires de l'époque ? Tout cela ressemble fort à une première tentative d'arrivée masquée.Pour l'opération actuelle, la question est de savoir quel jour a été prise la décision d'une transformation des titres en action. Les 39 millions de titres échangés pour 3,6 milliards d'euros entre le 1er et le 24 octobre ne l'auraient sans doute pas été de même façon si les actionnaires avaient été informés de la plus-value potentielle de 2 milliards d'euros détenue par LVMH. On pense bien que la décision ne s'est pas prise le samedi 23. Une étrangeté de plus...C'est-à-dire ?Comme vous le savez, j'ai envoyé ma lettre à LVMH et à la presse le mercredi 8 décembre. Mais je l'avais écrite le lundi 6 et mise sur le réseau intranet de mes quatre proches collaborateurs chez Deminor. Or, la lettre de réponse de Pierre Godé envoyée par coursier le 8 est datée du 6. Une grossière boulette ! Maintenant, mes collaborateurs ont compris la leçon, verrouillent leurs ordinateurs et ne les mettent plus en réseau.Avez-vous finalement demandé à l'Autorité de contrôle prudentiel d'examiner le rôle joué par les banques de LVMH dans le montage financier ?J'ai écrit au Crédit Agricolegricole, à la Société Généralecute; Générale et à Natixis, en mettant en copie Christian Noyer, président de l'Autorité de contrôle prudentiel, pour leur demander comment ils ont fait pour ne pas déclarer les franchissements de 0,5 % et participer à ce qui pourrait être une fausse information. Seul le Crédit Agricolegricole m'a répondu mais s'est retranché derrière le secret professionnel. LVMH, lui, n'a procédé qu'à travers des véhicules financiers, dont un au nom prédestiné : Hannibal ! Rappelons que celui-ci a minutieusement préparé son attaque de Rome en empruntant notamment un chemin secret à travers les Alpes. Mais l'histoire se termine mal car, ayant échoué, il s'est pendu ! D'ailleurs Hannibal a disparu de la liste des véhicules financiers de LVMH entre les deux déclarations AMF du 27 octobre et du 21 décembre.Ne vaudrait-il pas mieux être indépendant pour défendre les petits actionnaires ?Je suis tout à fait à l'aise avec le fait d'être mandaté par Hermès car mon rôle est simplement de soulever des questions. Contrairement à d'autres, je ne cherche pas à faire pression sur l'AMF, ni sur les conditions de l'entrée surprise de LVMH dans Hermès ni sur le projet de holding non coté de son actionnariat familial. Sur cette décision, qui doit intervenir dans les quinze jours, nous ne savons rien si ce n'est qu'il existe une vingtaine de cas d'exemption d'OPA par an dans des dossiers similaires. Si Hermès obtient l'exemption demandée, elle créera son holding très vite car les recours ne sont pas suspensifs. La famille aura alors un droit de préférence qui lui permettra de racheter les titres des membres qui voudraient vendre. Si elle ne l'obtient pas, LVMH pourra plus facilement effriter le bloc familial, même s'il se heurtera au statut de commandite. Dans les deux cas, on est parti pour un bail !Un holding non coté n'est-il pas préjudiciable aux petits actionnaires ?Non, car ceux-ci peuvent vendre à LVMH ou aux membres du holding au prix du cours de Bourse. C'est aussi un moyen de sauvegarder l'ensemble des parties prenantes d'Hermès, non seulement les actionnaires, mais aussi les fournisseurs ou les salariés, en garantissant une atmosphère de stabilité.Depuis que les trois branches de la famille Hermès ont annoncé, début décembre, leur volonté de constituer un holding non coté rassemblant plus de 50 % du capital du groupe, les défenseurs des petits actionnaires sont entrés dans la bataille médiatique opposant LVMH et Hermès. Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), affirme que ce holding équivaudrait à une action de concert et veut contraindre les familles à lancer une OPA sur le groupe pour permettre aux actionnaires minoritaires de sortir. Fabrice Rémon, associé chez Deminor, l'autre défenseur des petits actionnaires, s'est rangé du côté d'Hermès et a demandé début décembre à LVMH de faire la transparence sur son entrée au capital d'Hermès dans les années 1980 et depuis octobre 2010. Il réitère aujourd'hui ses questions tout en dénonçant certaines méthodes du groupe de Bernard Arnault. Selon lui, LVMH veut continuer ses emplettes et bénéficierait pour cela du soutien de «groupes amis», comme Albert Frère.

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