« Nos élites sont fascinées par la discipline allemande »

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STRONG>Jean-Pierre Chevènement Ancien ministre, sénateur du Territoire de Belfort (*)Le Sommet européen des chefs d'État va discuter d'une modification du mécanisme d'aide. Êtes-vous favorable à son renforcement ?Concernant le fonds de stabilisation, il est manifestement sous-dimensionné. Car chaque pays emprunte encore aux taux du marché. Seuls la France, l'Allemagne et les Pays-Bas peuvent réellement y participer, ce qui représente quelque 225 milliards d'euros, pas plus. Il faudrait donc considérablement l'augmenter, mais les Allemands ne le veulent pas, puisqu'ils défendent un principe de responsabilité, le « no-bail out », qu'ils avaient tenu à inscrire dans les traités. Ne serait-il pas plus simple de laisser la Banque centrale européenne (BCE) acheter massivement des titres de dettes publiques ? On a déjà contourné les règles qui interdisent à la BCE de faire des avances aux États, alors autant les changer purement et simplement en lui donnant la possibilité d'intervenir directement sur les marchés de la dette et de casser ainsi les reins à la spéculation. Que pensez-vous de l'idée d'inscrire dans la Constitution en France une limite au déficit public ? Je raconte dans mon livre que lorsque j'ai demandé, en mai 2010, au président de la commission des Finances du Bundesrat pourquoi les Allemands n'avaient pas discuté de ce point avec nous avant de réformer la constitution fédérale, il m'a rétorqué qu'une telle discussion n'avait pas lieu d'être car cette inscription relevait du bon sens. C'était un simple mécanisme de désendettement. Cela ne se discutait pas. En France, on ne pourra inscrire cette disposition dans la Constitution, d'abord parce que c'est un mécanisme beaucoup trop rigide et ensuite parce qu'il n'y aura jamais de majorité dans un Parlement réuni en congrès à Versailles pour y procéder. Seul un gouvernement de gauche complètement inféodé à l'establishment financier pourrait le faire ! Après tout, le PS n'a-t-il pas par le passé fait voter l'Acte unique ou le traité de Maastricht avec le soutien de la droite ?Une partie de nos élites plébiscite aujourd'hui le modèle allemand. Pourquoi ?C'est une nouvelle illustration de leur fascination pour la discipline allemande. Elles comptent sur l'Allemagne pour faire supporter au peuple français une rigueur dont elles s'exemptent elles-mêmes. C'était d'ailleurs le dessein de Jacques Delors lorsqu'il était président de la Commission : faire accepter aux Français, par le biais de l'Europe, une discipline, notamment salariale, qu'ils auraient refusé autrement. Un de ses livres s'intitule « la France par l'Europe ». Pour ma part, je préférerais insister sur l'esprit républicain, c'est-à-dire l'esprit de responsabilité, pour que la France trouve par elle même des voies et moyens adaptés au tempérament national afin de stopper la désindustrialisation, le fait majeur de ces trois dernières décennies en France. Aujourd'hui, l'industrie en Allemagne pèse 30 % du PIB et seulement 13 % chez nous. Propos recueillis par Robert Jules(*) Vient de publier « La France est-elle finie ? », éditions Fayard.

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