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« En France, nous manquons d'un rêve partagé »

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Publié le 04 décembre 2009 à 00:44 - Mis à jour le 04 décembre 2009 à 00:44

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Des propos racistes ou xénophobes sur le site Internet du Grand Débat sur l'identité nationale lancé par le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Une juxtaposition de termes qualifiée de « honte » par Martine Aubry, premier secrétaire du PS. Un FN qui se frotte les mains. La polémique ouverte par le lancement par Éric Besson d'un débat sur l'identité nationale n'est pas près de s'éteindre à l'approche de la campagne pour les élections régionales. Fallait-il ou non poser cette question dans une France en crise?? L'Institut Montaigne estime que l'interrogation est « nécessaire » et même « indispensable ». Après avoir largement développé sa vision, le 12 novembre à La Chapelle-en-Vercors, Nicolas Sarkozy, qui devait initialement prononcer le discours de clôture du colloque en fin de matinée, a finalement laissé sa place à François Fillon. Une manière de calmer le jeu.La proximité entre le colloque initié par Montaigne et le débat sur l'identité nationale lancé par Éric Besson est troublante. Que répondez-vous à ceux qui y voient plus qu'une coïncidence??Cela fait sept ans que l'Institut Montaigne travaille sur la cohésion de la société française et qu'il publie, régulièrement, des études sur ce sujet. Cette réflexion a été lancée il y a deux ans par Claude Bébéar. C'est en 2007 que des personnalités d'origines diverses ont été sollicitées pour rédiger une contribution à un livre sur le sujet (*). La réunion finale des manuscrits date de début janvier 2009. Nous avons alors décidé d'organiser un événement pour accompagner la sortie de l'ouvrage, une matinée de réflexion. L'Institut Montaigne n'a donc pas attendu l'automne 2009 pour lancer publiquement le débat?!Pourquoi un débat sur l'identité française vous a-t-il paru nécessaire??L'Institut Montaigne n'a pas utilisé l'expression « identité nationale ». Il a posé une question avec le souci de faire répondre nos concitoyens, quelles que soient leurs origines, la couleur de leur peau ou leurs croyances. Il est possible que le débat sémantique soit aujourd'hui dépassé, il n'est cependant pas secondaire. L'identité de la France est un grand sujet, parce que c'est un pays qui a connu de profonds brassages de populations. Se demander ce que signifie être français me paraît non seulement nécessaire, mais tout à fait indispensable. Cette question a été totalement négligée depuis vingt-cinq ans. S'il est complexe à dresser, le portrait-robot du Français aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a quarante ans. La France, comme le reste du monde, a changé en profondeur. Il est légitime de s'interroger sur ce que nous sommes. Il est sans doute plus pertinent de s'interroger sur l'identité de la France. C'est une question qui traverse notre histoire politique, depuis la Révolution jusqu'à de Gaulle, en passant par Ernest Renan, Jaurès ou Mendès France. Elle reste d'actualité. La France est un creuset qui accueille, depuis toujours, une grande diversité de peuples. Il faut donc préférer la logique d'ouverture ? qui renvoie aux origines, aux appartenances, aux perceptions ? à une logique de conformité, qui risque de laisser croire qu'il n'y aurait qu'une seule manière d'être français. La difficulté, dans un univers à la fois ouvert et multiple, est précisément de faire émerger ce qui est commun entre des apports différents et nombreux. À l'évidence, le sentiment d'appartenance est de moins en moins immédiat. D'ailleurs, le fait que la proposition d'Éric Besson ait suscité une telle réaction dans tous les milieux politiques et intellectuels est bien le signe que c'est une question qui fait débat, dont il faut apprécier toute la dimension avant même d'essayer d'y répondre.En quels termes se pose-t-elle?? L'interrogation qui traverse la société tout entière me paraît être celle-ci?: comment faire vivre ensemble ces Français dont les origines, les histoires, les croyances et les aspirations peuvent être différentes?? C'est cette extraordinaire diversité qui a engendré, en France, le besoin d'un État fort, mais aussi l'importance de la loi, symbole de permanence, peut-être pour compenser une certaine versatilité des Français, que Césarute;sar observait déjà chez les Gaulois. Ces traits, d'une certaine manière, caractérisent l'identité de la France. Pour faire tenir ensemble des populations disparates, ne fallait-il pas inventer une solution qui réprime tout excès et organise le mélange?? Comment créer de la stabilité, quand les forces centrifuges des revendications identitaires régionales se manifestent dès que le pouvoir central s'affaiblit?? C'est bien cette aspiration constante à l'équilibre qui aboutit à adopter des règles communes, telles que la laïcité, l'égalité entre homme et femme, la liberté d'opinions et de croyances, le refus de la polygamie, etc. L'adhésion à ces règles est essentielle pour préserver l'égalité des chances entre tous les citoyens, quelles que soient leurs origines, et redonner tout son sens à la devise de la République française, Liberté, Egalité, Fraternité. Il y va de la cohésion sociale de notre pays. Cela dit, je ne suis pas certain que l'organisation d'un débat dans des préfectures soit la meilleure manière d'approfondir la question.Au-delà des clivages politiques, est-ce que l'on naît français, en étant porteur d'un héritage géographique, historique et culturel, ou est-ce qu'on le devient, en adhérant à un projet commun?? Les deux, bien sûr?! D'abord parce que lorsqu'on oublie son histoire, on ne peut pas se construire un avenir. Quand je connais l'histoire de mon pays, de ses hommes et de ses femmes, de ses réalisations, de son génie artistique, en un mot de ce qu'on appelle sa culture, j'accrois mon degré de liberté, je me donne la possibilité d'apporter quelque chose de nouveau, d'inédit. Je suis tout à la fois partie prenante et partie « apportante », si vous me permettez ce néologisme. Il est illusoire de penser que l'on peut s'abstraire d'une histoire, faire table rase d'un passé au nom d'un projet commun. Il faudrait plutôt se dire?: sur quelle histoire puis-je m'appuyer pour construire le futur auquel j'aspire??Avec un modèle d'intégration des immigrés qui suppose l'assimilation, c'est-à-dire l'abandon de leur langue et coutumes nationales, la France semble avoir le plus grand mal à respecter cette diversité. Vous, fils d'immigré russe, quel regard portez-vous sur cela?? Mon père est arrivé en France dans les bras de sa mère en 1906. Naturalisé en 1938, il a prouvé combien il était français par ses hauts faits de Résistance pendant les années noires. Il chérissait la France parce qu'elle l'avait accueilli, qu'elle était devenue sa patrie, qu'il lui devait sa liberté d'homme. Ça ne l'empêchait pas d'affirmer ses appartenances, d'aimer l'âme russe, de croire à l'Europe dès le début. Il s'était assimilé sans renoncer à sa richesse intérieure. Aujourd'hui, avec la mondialisation, la France se trouve, comme d'autres pays, confrontée à des juxtapositions de communautés. Ce phénomène met à mal sa tradition assimilatrice. En outre, il est difficile de se sentir spontanément français dans des territoires relégués. Dès lors, les « minorités visibles », selon l'expression consacrée, sont parfois perçues comme une menace lorsqu'elles n'adhèrent pas spontanément aux règles et aux valeurs communes qui constituent le ciment de la société. Il y a chez les Français comme une crainte de voir l'identité de la France se brouiller, alors que la diversité reste le facteur historique de cette identité. Rappeler cette force relève, me semble-t-il d'un débat qu'aucun parti politique ne devrait aujourd'hui refuser. D'autant qu'il intéresse une grande majorité de Français.Comment faire revivre dans cette population multiple le sentiment d'appartenance à la France??La symbolique républicaine ne suffira pas seule à reconstruire un ciment, une volonté de vivre ensemble, même si elle peut naturellement y contribuer. L'école élémentaire doit être l'école de l'égalité des chances, en particulier pour tous les enfants d'étrangers qui s'installent sur le territoire. C'est bien à l'école que se construit le socle de l'adhésion aux valeurs communes. Quand 140.000 à 150.000 enfants quittent chaque année le système scolaire sans avoir acquis les fondamentaux, peut-on encore parler d'égalité des chances?? En outre, pour que chacun en France, quelle que soit son origine, se sente à nouveau français, il faudrait qu'il puisse penser?: « Ici, l'avenir est ouvert. » En d'autres termes, pour susciter le mouvement d'adhésion qui fonde une forte appartenance, il faut pouvoir dessiner un avenir commun. Manifestement, cela non plus ne fonctionne plus très bien en France. Nous manquons d'un rêve partagé, quelque chose qui porte chaque citoyen vers un avenir pensé en commun. n(*) « Qu'est-ce qu'être français?? », ouvrage collectif dirigé par l'Institut Montaigne, Éditions Hermann, 166 pages, 18,50 euros.Il faut préférer la logique d'ouverture à une logique de conformité, qui risque de laisser croire qu'il n'y aurait qu'une seule manière d'être français. sur l'identité de la franceLa France se trouve, comme d'autres pays, confrontée à des juxtapositions de communautés. Ce phénomène met à mal sa tradition assimilatrice. sur l'intégration des immigrésLa symbolique républicaine ne suffira pas seule à reconstruire un ciment, une volonté de vivre ensemble, même si elle peut naturellement y contribuer.sur le sentiment d'appartenance

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