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Capital-investissement: pourquoi tant de haine?

La Tribune

Publié le 03 décembre 2012 à 22:05 - Mis à jour le 03 décembre 2012 à 22:05

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«On ne nous aime pas, on ne nous comprend pas.» Cette plainte n\'émane pas d\'un groupe d\'adolescents boudeurs, mais de gérants de fonds de capital-investissement français. «La France est l\'un des pays où le private equity est le plus détesté. L\'Etat ne comprend rien à notre métier», a sifflé Gilles Mougenot, directeur général de la société de capital-investissement Argos Soditic et ancien président de l\'Afic (association des investisseurs pour la croissance), lors d\'une conférence de presse, le 20 novembre.Une détestation qui, selon les acteurs du secteur, trouve sa plus récente expression dans le projet de Budget 2013, lequel prévoit un alourdissement de la taxation des plus-values de cession et du «carried interest» (intéressement des gestionnaires de fonds aux résultats obtenus). Mais l\'incompréhension entre le capital-investissement et les pouvoirs publics ne date pas d\'aujourd\'hui : «Nicolas Sarkozy nous détestait», affirme Gilles Mougenot.Le temps de l\'ignorancePourquoi tant de haine à l\'égard des fonds de capital-investissement, alors que ces derniers, aime à répéter l\'Afic, ont encore injecté l\'an dernier près de 10 milliards d\'euros dans quelque 1.700 PME françaises? «Je ne vous avais jamais montré mon schéma? Vous allez comprendre», assure Gilles Mougenot. En trois coups de crayon, le patron d\'Argos Soditic brosse l\'évolution de «la perception du capital-investissement, en France», passée de la phase «d\'ignorance», de 1984 au milieu des années 1990, à celle de la «reconnaissance» (1995/2003), puis de «l\'arrogance» (2003/2008) et, enfin, de la «détestation» (de 2008 à aujourd\'hui).De fait, dans les années 1980, le mot «capital-investissement» n\'évoque pas grand chose en France. Alors que ce métier - qui consiste à prendre des participations dans des sociétés non cotées pour le compte d\'investisseurs institutionnels - existe aux Etats-Unis depuis 1946, il commence alors tout juste à se développer dans l\'Hexagone, avec la création des fonds communs de placement à risque (FCPR), en 1983, puis la promulgation, en 1984, de la loi autorisant le rachat des entreprises par leurs salariées, ce qui va ouvrir la voie aux LBOs (Leverage Buy-Outs : acquisitions par endettement).Le plébiscite du capital-investissementMais c\'est la bulle Internet, à la fin des années 1990, avec sa kyrielle de start-up en quête de financements et d\'introductions en Bourse à des prix stratosphériques, qui va véritablement faire décoller l\'activité du capital-investissement français et, plus précisément, du capital-risque. Les investisseurs institutionnels (banques, assureurs, etc.) s\'enflamment pour les taux de retour sur investissement du «venture capital», de l\'ordre de 20%, et lui font donc la part belle dans leurs allocations d\'actifs. Le capital-investissement français n\'est plus ignoré, il est même reconnu.Au début des années 2000, la bulle Internet éclate, mais le segment des LBO prend le relais de celui du capital-risque. Le marché des fusions et acquisitions se porte à merveille, le crédit coule à flots et les taux d\'intérêt sont très bas : tous les ingrédients sont réunis pour faire des acquisitions jouant sur l\'effet de levier de la dette des opérations extrêmement rentables. Résultat, les «zinzins» (investisseurs institutionnels) continuent de se montrer prodigues envers le private equity français. Celui-ci lèvera ainsi le montant record de 12,7 milliards d\'euros, en 2008.Converteam, un dossier polémiqueC\'est le temps de l\'arrogance, d\'après le schéma de Gilles Mougenot. «Les fonds de private equity levaient de plus en plus d\'argent, cela a fait peur aux patrons du CAC 40», relate le directeur général d\'Argos Soditic. Qui reconnaît qu\'il y a eu «des pompiers pyromanes», parmi les gérants de fonds de capital-investissement. Ainsi, en 2008, l\'arrogance vire à la polémique, quand le fonds Barclays Private Equity et une poignée de hauts dirigeants de Converteam s\'apprêtent à empocher la très coquette somme de 900 millions d\'euros, dans le cadre de la revente de l\'ex-Alstom Power Conversion à LBO France. Des cas similaires se produisent chez Cegelec et Editis, avec, respectivement 300 millions et 37 millions d\'euros de plus-values potentielles à la clé pour un petit nombre de managers et de dirigeants. Afin de tenter d\'apaiser la colère des salariés des entreprises sous LBO, l\'Afic ira jusqu\'à rédiger en urgence une charte de bonne conduite, intitulée «La valeur créée, nous entendons la partager».Le capital-investissement assimilé aux fonds spéculatifsTrop tard. Les excès commis par un petit nombre de capital-investisseurs rejaillissent sur l\'ensemble de la profession. L\'heure de la détestation est venue. Aujourd\'hui encore, «notre métier est assimilé à tort à celui des hedge funds (fonds spéculatifs), alors que le fonctionnement du capital investissement n\'est pas du tout le même en France et aux États-Unis, où l\'on rachète souvent des entreprises dans le but de réduire les coûts, notamment au prix de licenciements», regrettait Louis Godron, dans La Tribune Hebdo du 29 juin, quelques jours après son élection à la présidence de l\'Afic. «L\'une de mes priorités consistera à mieux faire comprendre aux pouvoirs publics, aux syndicats, aux leaders d\'opinion, que notre rôle n\'est pas de dépecer les entreprises», ajoutait-il. A quand l\'étape de la réconciliation?

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