La City horripilée par Nicolas Sarkozy

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C'était sans doute la petite phrase de trop. En parlant de la « victoire du modèle européen », le président français a fait sortir la City de ses gonds. « Cette déclaration de Nicolas Sarkozy rend la position de Michel Barnier très difficile, menace dans une interview à ?La Tribune? Stuart Fraser, le directeur des politiques de la City. Désormais, tout le monde va regarder de très près ce que le nouveau commissaire en charge de la finance va faire. Il est censé travailler pour toute l'Europe, pas que pour son pays, mais nous allons surveiller qu'il ne soit pas le pantin du gouvernement français. »Même réaction outrée de l'Association des banquiers britanniques (BBA). « Monsieur Sarkozy [en français dans le texte, Ndlr] doit certainement se rendre compte qu'il affaiblit l'Union européenne avec ses déclarations. Si quiconque dans le projet européen pense une seule minute qu'il est capable de renverser les années d'efforts qu'il a fallu pour faire du Royaume-Uni le centre financier du monde, il se trompe profondément. »Pourtant, derrière l'écume de ces deux lobbyistes, les désaccords sont moins profonds qu'il n'y paraît. D'abord, l'explication de la passe d'armes est en partie politique. À six mois des élections, les conservateurs ont pris un malin plaisir à amplifier le risque venant de la France, s'érigeant en rempart du capitalisme anglo-saxon. Ils attaquent la décision de Gordon Brown d'avoir poussé pour obtenir le poste de haut représentant aux affaires étrangères (désormais détenue par Catherine Ashton), laissant ainsi s'échapper un portefeuille économique à la commission.« ligne rouge »Par ailleurs, l'échange de noms d'oiseaux n'a pas empêché les ministres de l'Économie de l'Union européenne de tranquillement se mettre d'accord mercredi soir. Certes, la « ligne rouge » demandée par Londres a été renforcée : cela signifie que les futurs régulateurs financiers européens ne pourront pas prendre de décision qui impose de conséquences financières aux États membres. Concrètement, en cas de faillite d'une banque, le régulateur européen ne pourra pas ordonner à un gouvernement de mettre la main à la poche. Cette clause, si elle a été demandée par Londres, s'applique également à Paris.L'anicroche apparente de ces derniers jours agace donc largement John Kay, un influent économiste britannique. « Le débat européen est pathétique. La rhétorique vient de gens qui ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, le vrai débat. Chaque pays cherche à utiliser le marché européen à son avantage, et c'est déprimant. » Éric Albert, à Londre

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