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L'impasse italienne est aussi une impasse européenne

La Tribune

Publié le 04 mars 2013 à 22:03 - Mis à jour le 04 mars 2013 à 22:03

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Une semaine après, le résultat des élections italiennes donne toujours des sueurs froides au personnel politique de la péninsule. Mais on tremble aussi à Bruxelles, à Berlin et dans nombres d\' institutions internationales. Quant aux marchés financiers... Car non seulement dégager une coalition permettant de former un gouvernement stable semble extrêmement difficile, mais la montée en puissance dans l\'opinion italienne d\'un rejet du programme d\'austérité de Mario Monti et de la politique décidée à Bruxelles a de quoi inquiéter.Le MES ne suffira pas si l\'Italie appelle à l\'aideSi l\'on cumule les scores réalisés par Silvio Berlusconi et Beppe Grillo, qui ont ouvertement fait campagne contre cette politique là, il apparait que presque deux tiers des Italiens n\'en veulent plus. La Grèce avait connu l\'année dernière une sitation similaire, mais Athènes n\'avait pas réellement de choix car le pays dépend vitalement de l\'aide européenne et du FMI. Le cas de l\'Italie, troisième économie de la zone euro, est d\'une tout autre nature. D\'abord il reste libre de ses choix, certes limités par les marchés, mais surtout il faut savoir que le montant du Mécanisme européen de stabilité (MES) serait largement insuffisant pour secourir le pays si besoin. Et on voit mal les Allemands mettre la main à la poche pour financer un tel sauvetage.\"J\'espère que nous n\'allons pas céder à la tentation du populisme à cause des résultats d\'un Etat membre particulier\", s\'inquiétait au lendemain du scrutin italien José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Barroso n\'étant pas élu au suffrage populaire, son opinion ne reflète certes que l\'option défendue par la techno-structure de la Commission européenne. Il est dans son rôle, c\'est-à-dire très loin des préoccupations des gouvernements qui savent que même si les idées sont bonnes sur le papier, les appliquer nécessite une tout autre dialectique.Un dilemme pour la classe politique européenneEn revanche, la classe politique européenne va, elle, être de plus en plus confrontée à ce dilemme à chaque élection. La campagne menée par Pier Luigi Bersani, le leader du Parti Démocratique, n\'aura pas réussi à convaincre suffisamment ses compatriotes de la possibilité de poursuivre peu ou prou le travail amorcé par Mario Monti tout en tenant compte de ce mécontentement. Quant au président du conseil sortant, qui était descendu dans l\'arène politique, il n\'aura obtenu que quelque 10% des suffrages exprimés.Car si le débat sur l\'austérité, ou plus exactement sur sa critique, n\'est pas nouveau, il restait surtout académique et médiatique. Le prix Nobel d\'économie et éditorialiste du New York Times, Paul Krugman, n\'a pas cessé de fustiger depuis deux ans l\'application d\'une austérité devenue le vade mecum d\'une partie des leaders politiques européen, la chancelière Angela Merkel en tête, pour sortir de la crise. Krugman met en garde depuis longtemps contre le fait qu\'en pratiquant au même moment dans plusieurs pays l\'austérité, la conséquence logique en est la destruction des leviers de la reprise. Les faits semblent lui donner raison: la zone euro sera en récession pour la deuxième année consécutive.L\'austérité, le vade mecum des occidentaux depuis 2010De son côté, le très écouté Martin Wolf rappelait la semaine dans un éditorial du Financial Times, que c\'est depuis le sommet du G20 à Toronto, en juin 2010, que la politique d\'austérité est devenue l\'alpha et l\'omega de nombreux pays. C\'est cette année-là que la Grande-Bretagne sous la houlette de David Cameron a adopté une politique qui avait l\'ambition de redessiner la société britannique en redonnant du pouvoir aux citoyens aux dépens de fonctions exercées par l\'Etat, par exemple en matière scolaire.Le pari était que les emplois publics supprimés seraient remplacés par des emplois créés par le secteur privé. Même s\'il est toujours difficile de déterminer ce qui relève directement du « laboratoire Cameron », les résultats ne sont pas au rendez-vous : le PIB a reculé de 0,1% en 2012 et le taux de chômage s\'affiche à 7,8%.La montée de l\'euroscepticisme au Royaume UniPour expliquer cela, le Premier ministre britannique a fustigé la zone euro et son incapacité à sortir de la crise. L\'Europe est devenue un bouc-émissaire si commode que David Cameron a décidé de tenir un référendum sur le maintien du Royaume-Uni en 2017 s\'il était réélu. En attendant, l\'euroscepticisme est en train de grandir outre-Manche.2010, ce fut aussi l\'année de la première aide à la Grèce. A l\'époque, l\'imposition d\'une politique d\'austérité n\'avait pas été contestée par la population. Comme le gouvernement précédent avait volontairement truqué les comptes, les Grecs estimaient qu\'ils devaient se plier aux exigences des bailleurs internationaux qui aidaient leur pays qui ne pouvait plus se financer sur les marchés internationaux. C\'était un mauvais moment à passer avant de retrouver la vie normale. Mais il n\'en a rien été, puisque le pays malgré un effacement d\'une partie de la dette et une rigueur qu\'aucun pays moderne n\'a subi en un laps de temps aussi bref reste englué dans la récession et le chômage de masse.Incompréhension des populationsQue ce soit en Grèce, en Italie, en Espagne ou encore au Portugal, peut-être demain en France, le mécontentement populaire se fait de plus en plus pressant. Le rejet des politiques de rigueur est avant tout l\'expression d\'une incompréhension d\'un programme qui pour le moment se traduit par la montée du chômage, le ralentissement de la croissance économique voire la récession, et pour ceux qui bénéficient de revenus d\'un alourdissement de la fiscalité qui commence à atteindre un point critique.Autre illusion de la politique d\'austérité que relève Martin Wolf, reprenant un argument de Paul de Grawe, professeur à la London School of Economics, c\'est la grave erreur d\'appréciation qu\'a faite la Banque centrale européenne (BCE) (à l\'époque le français Jean-Claude Trichet en était le gouverneneur) en refusant clairement qu\'elle serait prête, en dernier ressort, à racheter les obligations des pays en difficulté, qui souffraient davantage d\'un problème de liquidité que de solvabilité.Le bon Mario se trouve à FrancfortLes investisseurs sur le marché obligataire en ont donc conclu qu\'il fallait se débarrasser de titres qui seraient difficiles de revendre, à cause d\'un marché qui deviendrait beaucoup moins liquide. Conséquence, cela a poussé les taux des pays qui étaient déjà en difficulté à des sommets.De fait, quand le successeur de Jean-Claude Trichet, Mario Draghi, s\'est dit prêt, fin 2012, à défendre l\'euro coûte que coûte en rachetant autant qu\'il faudrait les dettes des pays en difficulté, à travers le programme de rachat dit OMT (Outright Monetary Transactions), les taux de pays comme l\'Italie et l\'Espagne ont immédiatement baissé.Comme cette opération a coïncidé avec le programme de réformes que menait Mario Monti en Italie, la baisse des taux au-delà des Alpes a été attribuée à la rigueur et à la réforme. En réalité, c\'est à l\'autre Mario, celui de Francfort, que l\'on doit le retour de la confiance chez les investisseurs.Un lien incertain entre taux et conjoncture économiquePar ailleurs, depuis 2010, tous les pays de la zone euro ont vu le ratio de la dette rapporté au PIB grandir, alors que les taux se détendaient, ce qui rend beaucoup moins évident le lien direct entre évolution du taux et situation économique.Au contraire, on a vu des capacités industrielles se réduire - pensons à la fermeture de nombreux sites industriels en France, mais aussi l\'étranglement des PME en Espagne, en Italie, en Grèce qui ne peuvent plus trouver du crédit -, sans compter la baisse de la consommation des ménages. Bref, une dépression collective pour une zone qui concentre majoritairement les échanges intra-communautaires.L\'aléa moral, philosophie de l\'austéritéPour autant, faut-il remettre en cause la volonté politique de réduire le déficit public ? Non, car c\'est précisément cette dérive de la dépense publique alimentée par un crédit à bon compte qui a mené à la situation actuelle, notamment avec une mauvaise allocation des ressources.Une responsabilité dont les gouvernements passés ne peuvent s\'exonérer. La crise financière qui a nécessité des mesures contra-cycliques pour amortir ses effets a aussi montré que nombre de secteurs étaient fragiles, en particulier le secteur bancaire notamment en raison de son implication dans l\'immobilier, comme on l\'a vu en Espagne et en Irlande.Quant à la philosophie de l\'austérité, elle est liée à l\'aléa moral. L\'Allemagne et les autres pays du nord ne croient plus aux promesses des gouvernements (du sud) qui s\'engagent sur des réductions des déficits, mais dès que la pression se relâche retrouvent leurs vieux démons, à savoir régler les problèmes nationaux du moment par une dépense, choisissant ainsi la facilité d\'une politique du court-termisme.L\'Etat de bien-être s\'est fait à créditLes gouvernements de ces pays évitent ainsi de s\'aliéner un électorat plus sensible aux avantages d\'un Etat de bien-être - difficile de le leur reprocher - qu\'à l\'effort passager de la rigueur. Le problème est que le fonctionnement de cet Etat de bien-être s\'est fait ces dernières années de plus en plus à crédit.En résumé, le premier pacte de stabilité n\'ayant pas été respecté sur une base d\'un engagement volontaire, le deuxième le sera sur la base d\'une obligation. Surveiller étroitement l\'application des plans de rigueur, c\'est le travail trimestriel de la troika des bailleurs internationaux; contrôler les budgets nationaux avant qu\'ils ne soient présentés devant les parlements, et punir si besoin, c\'est le travail de la Commission. La vertu budgétaire pour Berlin comme pour Bruxelles passe par la contrainte pour ne pas revivre une nouvelle crise.Aujourd\'hui, avec les résultats électoraux en Italie, une Grèce qui traverse une grave dépression sociale, une France qui ratera son objectif de réduction du déficit, 3,7% contre 3%, une Espagne qui chaque année échoue pareillement, les leaders européens doivent trouver ce subtil équilibre : convaincre qu\'il n\'y aura pas d\'aléa moral et faire accepter que l\'assainissement des finances publiques se fasse à un rythme plus mesuré. Ne serait-ce que pour obtenir une réduction du déficit public qui ne passe pas par une pression fiscale qui pèse sur les investissements privés et sur la consommation, les seuls leviers pour maintenir une demande.Un Beppe Grillo allemand ?Surtout, cela permettrait de redonner un sens au projet européen pour qu\'il ne soit plus perçu uniquement  comme une vigie qui transforme une nécessité économique en punition collective. Pour cela, les leaders européens, Angela Merkel en tête, qui sera cette année en campagne électorale pour un nouveau mandat, doivent se montrer à la hauteur de la situation.Le récent débat lors du conseil européen sur le budget propre de l\'UE a montré que la chancelière penchait davantage vers l\'intérêt national que vers l\'intérêt européen. Elle ne veut pas insulter l\'avenir et colle au sentiment de son opinion. Mais elle s\'expose si la conjoncture se dégrade à voir émerger d\'autres Beppe Grillo. Et ils ne feront rire personne.

La Tribune

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