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David Cameron, ou les hésitations d'un conservatisme moderne

La Tribune

Publié le 04 mai 2010 à 21:20 - Mis à jour le 04 mai 2010 à 21:20

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David Cameron et Nike, même combat ? Le lancement du programme conservateur, révélé mi-avril, était présenté dans un décorum calculé au millimètre. Une immense tente avait été installée à l'intérieur de l'ancienne usine électrique, au bord de la Tamise. La vue impressionnante sur les énormes pylônes de béton délabrés et les murs de briques crevés contrastaient avec les petits fours. Le symbole est clair?: « Voilà un endroit qui a besoin d'une sacrée rénovation, comme notre pays », lance David Cameron. C'est exactement au même endroit que la marque de vêtements de sport avait lancé sa nouvelle chaussure de football un mois auparavant. L'usine électrique avait paru suffisamment branchée pour y faire venir le footballeur Cristiano Ronaldo.Pour les détracteurs de David Cameron, l'anecdote en dit long. Le leader des conservateurs, depuis fin 2005, favori - de justesse - pour remporter les élections ce jeudi, est régulièrement accusé d'être un homme d'image plus que de substance. Il serait obsédé par le marketing, et n'aurait pas vraiment modernisé les conservateurs, qui resteraient bloqués à l'époque thatchérienne. « David Cameron conserve une image un peu trop lisse et brillante », estime Tony Travers, politologue à la London School of Economics. Après presque cinq ans sous les feux de la rampe, il reste difficile de savoir exactement à quoi croit David Cameron. Lui-même refuse les grandes déclarations?: « Je ne suis pas un idéologue. J'ai quelques principes simples?: une défense forte, la loi et l'ordre et une économie saine (« sound money ») sont les fondations d'un bon gouvernement. Mais je suis aussi un enfant de mon temps?: je veux un environnement propre (...), la qualité de la vie est aussi importante que la quantité d'argent. »Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de courtiers, élevé dans la campagne cossue près d'Oxford dans une magnifique villa, David Cameron, 43 ans, est conservateur d'instinct, de par son clan. Enfant, une « nanny » à domicile s'occupait de lui, tandis qu'un terrain de tennis l'attendait dans le jardin familial. Comme chez la plupart des bonnes familles britanniques, le jeune David a été envoyé au pensionnat dès l'âge de sept ans, avant d'entrer à Eton, le collège le plus huppé du pays d'où sont issus dix-huit Premiers ministres britanniques. Oxford était l'étape suivante logique. Puis, directement, David Cameron est entré au centre de recherche des conservateurs, alors que Margaret Thatcher était encore Premier ministre.Il impressionne très rapidement par sa capacité à maîtriser la communication et les médias. Peu après 1992, devenu conseiller spécial auprès du chancelier de l'Échiquier, il se fait remarquer par Michael Portillo, alors ministre du Budget?: « Il avait cette appréciation extraordinaire de la politique, et cette capacité à trouver la phrase juste. » Pensait-il alors que la politique de Margaret Thatcher était trop idéologique?? Rien ne l'indique. Au contraire, même après être devenu député en 2001, il n'avait pas encore été converti au « conservatisme moderne ». « Ses amis disent qu'il est tory de culture, et qu'il n'aimait pas qu'on lui dise que c'était des gens comme ses parents, ses amis, et d'une certaine manière, comme lui-même, qui repoussaient les électeurs », soulignent Francis Elliott et James Hanning dans leur livre, « The Rise of New Conservative » (éditions Harper Perennial, 2009).Mais David Cameron apprend vite. Fin 2005, alors que les conservateurs viennent d'essuyer une troisième défaite humiliante face aux travaillistes, il se présente pour prendre la direction du parti. Relativement inconnu, il remporte l'adhésion grâce à un discours splendide, sans notes, arpentant l'estrade face aux militants tories. « Des conservateurs modernes et compatissants (sont) ce qu'il faut pour notre temps, pour notre parti et pour notre pays », lance-t-il. L'ovation dure sept minutes. Sa transformation est aussi due à un drame personnel. Son premier enfant, Ivan, né en 2002, est très sévèrement handicapé?: infirmité motrice cérébrale. Il ne peut ni parler, ni marcher, et souffre de très sévères crises d'épilepsie. Ivan est décédé en février 2009. Si David Cameron a toujours évité d'utiliser le drame à des fins politiques, cela lui donne cependant une vraie crédibilité quand il affirme que le NHS (service de santé) est « un fait de la vie britannique précieux et fantastique ».Les trois premières années, le nouveau leader conservateur les aura passées à désintoxiquer la marque de son parti. Il met l'accent sur l'environnement et l'ouverture envers les droits des homosexuels et des minorités ethniques. Surtout, l'éducation et la santé deviennent ses priorités, pour tuer toute idée que les conservateurs veulent « privatiser » ces secteurs. Cette politique tout sourire déraille avec la crise. Alors que celle-ci aurait dû profiter au parti de l'opposition, c'est au contraire Gordon Brown qui rebondit. Quand le Premier ministre lance un plan de relance d'urgence fin 2008, David Cameron s'y oppose, craignant que les déficits ne filent trop vite. L'instinct conservateur a refait surface. C'est une erreur stratégique, qui permet aujourd'hui à Gordon Brown d'affirmer que les conservateurs seraient dangereux pour l'économie.En octobre dernier, ces derniers décident cependant de continuer sur la même ligne, promettant de faire de la réduction du déficit une priorité. Ils vont jusqu'à décrire certaines des mesures nécessaires?: gel des salaires des fonctionnaires (sauf les plus bas), allongement de l'âge de la retraite, réduction des allocations familiales pour les familles aisées... Si la réaction des Britanniques est initialement positive, elle coûte rapidement des points dans les sondages aux conservateurs. Promettre du sang et des larmes a rarement fait gagner des voix.Dans l'ancienne usine électrique de Battersea, pour enrober ces contradictions, David Cameron a tenté d'introduire un nouveau concept?: la « grande sociét頻. Reconnaissant qu'il faudra réduire les dépenses de l'État, mais refusant une société du chacun pour soi, il « invite » les Britanniques à « faire partie du gouvernement »?: les parents pourront créer leur propre école, les fonctionnaires être plus autonomes, les électeurs pourront mettre à la porte leur député... Le concept a fait un flop complet et presque personne n'en parle.Certes, David Cameron a de grandes chances de devenir Premier ministre. Mais la surprise est que ce ne soit pas une certitude?: les travaillistes sont au pouvoir depuis treize ans, leur leader Gordon Brown est profondément impopulaire et le pays traverse sa plus grave crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Malgré ces conditions politiques idéales, David Cameron peine à convaincre. Les Britanniques ne savent toujours pas s'il est un vieux conservateur ou le leader porteur d'un vrai changement. S'ils l'élisent, ils auront bientôt la réponse.Éric Albert, à Londres Demain : Gordon Brown, un travailliste à la mode européenne.

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