L'imprimerie, une nouvelle page dans la diffusion du savoir

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Il est des époques propices au développement de nouvelles technologies. La fin du XVe et le début du XVIe siècle voient l'arrivée du texte imprimé alors même que l'Église catholique traverse une profonde crise qui va mener à la naissance du protestantisme. Pour de nombreux historiens, ces deux événements sont indissociables?: sans l'imprimerie, les idées de Luther n'auraient pas connu une large diffusion et inversement, sans la crise morale du catholicisme, cette invention n'aurait pas connu un succès si rapide. Qui dit imprimerie, dit Gutenberg... Pourtant l'orfèvre de Mayence n'est pas l'inventeur de l'impression. En effet, on peut retrouver des traces de textes imprimés dans la Chine du VIe siècle. À l'époque de Gutenberg, on imprimait déjà des cartes à jouer. Des artisans utilisaient la gravure sur bois, la xylographie, pour reproduire des images. Au lieu de copier des pages, Gutenberg eut l'idée géniale d'isoler chacune des lettres qui constituent le texte. Pour ce faire, il délaisse le bois au profit du métal, un matériau que l'Allemand connaît bien pour l'avoir manié toute sa vie...Né vers 1400 à Mayence, Johannes Gutenberg suit les traces de son père, un riche orfèvre qui exerce la fonction de maître des monnaies auprès de l'archevêque. Après un exil de plusieurs années à Strasbourg où il a développé son sens de l'innovation pour se démarquer des autres orfèvres, Gutenberg décide d'utiliser ses talents dans le maniement du métal pour la reproduction des textes. Le marché potentiel pour un livre fabriqué à de nombreux exemplaires existe dans les pays rhénans où les artisans sont très alphabétisés. Or le manuscrit reste cher?: si l'adoption du papier a permis de substantielles économies par rapport au parchemin, la copie manuscrite entraîne des coûts très importants.L'imprimerie est dérivée de la gravure sur cuivre ou sur bois, une technique connue depuis longtemps mais seulement utilisée pour reproduire des images?: on grave l'image sur une surface en cuivre ou en bois?; on enduit d'encre la partie en relief, on presse une feuille de papier de façon à fixer l'image sur celle-ci. Gutenberg a l'idée d'appliquer le procédé à des caractères mobiles en plomb. Chacun représente une lettre de l'alphabet en relief. L'assemblage ligne à ligne de différents caractères permet de composer une page d'écriture. On peut ensuite imprimer à l'identique autant d'exemplaires que l'on veut de la page, avec un faible coût (seule coûte la composition initiale). Quand on a imprimé une première page en un assez grand nombre d'exemplaires, on démonte le support et l'on compose une nouvelle page avec les caractères mobiles. La composition de texte lettre par lettre grâce à des caractères mobiles métalliques s'accompagne du développement d'une encre nouvelle, plus proche des pigments utilisés par les peintres, et de la mise au point de la presse à bras. Avec son associé Johann Fust, Gutenberg fonde à Mayence un atelier de typographie. En 1455, il achève la Bible « à quarante-deux lignes », dite « Bible de Gutenberg ». Ce premier livre imprimé à quelques dizaines d'exemplaires recueille un succès immédiat. Il est suivi de beaucoup d'autres ouvrages.De fait, Gutenberg a eu la bonne idée de naître au bon endroit et à la bonne époque. La Renaissance apporte un vent nouveau sur le monde de la connaissance?: la société réclame la diffusion de textes à grande échelle. Or cette demande était nouvelle. La multiplication des universités médiévales à travers tout le territoire européen avait exigé une augmentation du rythme de reproduction des livres. Si le monde du XVIe siècle n'avait pas connu une telle effervescence culturelle, la diffusion de l'imprimerie aurait sans doute été plus limitée. Entre 1455 et 1500, plus de 1.000 imprimeries ont été créées dans toute l'Europe. Alors que la production se monte à quelques milliers d'ouvrages durant le Moyen Âge, on en imprime alors quelque 20 millions de 1450 à 1500 et 200 durant le XVIe siècle... Quand, au tournant du siècle, les pouvoirs publics tentèrent de s'assurer le contrôle de ces imprimeries, il était trop tard... La Réforme protestante lancée à partir de 1521 va utiliser cette innovation. En 1534, Luther traduit la Bible du latin en allemand?: l'imprimerie joue un rôle de premier plan car elle met à la disposition des milliers de familles allemandes des exemplaires de la nouvelle Bible. Au siècle des Lumières, le même phénomène va se reproduire pour la diffusion des nouvelles idées scientifiques et philosophiques. Si, en France, le pouvoir royal parvient à contrôler les imprimeurs parisiens, les pays de culture protestante offrent une plus grande liberté. Nombre de libelles et d'essais philosophiques du XVIIIe siècle seront imprimés à Amsterdam pour être ensuite diffusés dans les foyers français. Durant des siècles, l'imprimerie demeura un artisanat laissant peu de place à l'innovation. Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que l'atelier du typographe change radicalement d'aspect. Le développement de la culture de masse, via la presse et l'édition, associé à la révolution industrielle vont bouleverser ce métier. Une des inventions les plus intéressantes de cette époque est la linotype, en 1884. Cette énorme machine, digne du concours Lépine, accélérait la composition des textes en substituant à la mise en place manuelle des caractères mobiles une saisie au clavier - plus rapide et plus sûre - de chaque ligne. Elle se traduit par la composition mécanique d'une matrice, qui sert ensuite de moule pour une coulée d'un alliage étain-plomb, formant une ligne d'un seul tenant encrée ensuite pour l'impression proprement dite. Pour les livres et la presse, la composition des textes par machines linotypes régna sans partage jusqu'au début des années 1970 et l'arrivée de la photocomposition basée sur des outils informatiques.Au XIXe siècle apparaît aussi la rotative. La partie plane, qui dans une presse traditionnelle exerçait la pression nécessaire pour imprimer le papier, est remplacée par un cylindre offrant une pression bien plus importante. L'utilisation d'un cylindre, qui effectue une rotation constante, permet d'imprimer une bande de papier continue à partir d'une bobine, au lieu d'une alimentation feuille par feuille. Sur ces cylindres, les caractères en relief cèdent la place à un procédé chimique, l'impression offset. Sur une plaque souple, les parties à ne pas imprimer reçoivent l'eau et les parties à reproduire de l'encre. Cette technique a permis d'introduire l'impression en quadrichromie, les couleurs étant reproduites à partir de trois teintes primaires (le cyan, le magenta et le jaune) auxquelles on a ajouté le noir afin de renforcer les teintes et donner un meilleur contraste aux tirages en couleurs. Laurent Pericone

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