« Une taxe carbone pour investir dans le développement durable »

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JEAN-FRANçOIS COPé, président du groupe UMP à l'AssembléeLe désaveu de François Fillon par Nicolas Sarkozy sur la taxe carbone ne pose-t-il pas le problème du rôle du Premier ministre ? Pour moi il n'y a ni désaveu ni crise, il y a débat au sein de la majorité sur les modalités de mise en ?uvre de la taxe carbone. Au final, c'est au Parlement que cela sera tranché puisque ce sont les parlementaires qui votent le budget.Deux tiers des Français sont opposés à la taxe carbone. Sous quelle forme faut-il prévoir cette taxe, s'il faut toujours la mettre en ?uvre ?Il ne faut pas que la taxe carbone soit perçue comme un impôt supplémentaire ou pire comme une sanction appliquée sans discernement à toute personne qui va acheter son litre d'essence, sans à aucun moment tenir compte des disparités géographiques. En clair, le citadin a de multiples voies alternatives de transport. Ce n'est pas le cas de celui qui habite en zone rurale et qui n'a d'autre choix que de prendre sa voiture.Comment faire ?L'heure est venue d'en débattre et de le faire sans tabou et j'apprécie beaucoup que le président de la République n'ait pas sur ce point à ce stade de position fermée. Non pas sur le principe de la taxe, qui est acquis, mais sur ses modalités. Mon point de vue est le suivant : d'abord, le produit de cette taxe ne doit pas venir boucher les trous du budget de l'État et encore moins celui de la Sécurité sociale. Le produit de la taxe doit être identifié et fléché vers des investissements en faveur du développement durable. Et en particulier des modes alternatifs de transport. Voilà une formule logique, lisible et parfaitement acceptable par les Français.Donc vous ne le redonnez pas en compensation aux ménages ?Faire en sorte que cela vienne en faveur d'investissements pour des modes alternatifs de transport, donc en zones rurales principalement, est la meilleure manière de répondre. Imaginons que le produit de la taxe soit de l'ordre de 4 à 5 milliards. Vous imaginez ce qu'on peut réaliser en trois ou quatre ans dans un certain nombre de régions ? Concernant les ménages, il faut trouver le moyen de ne pas pénaliser ceux qui sont dans des zones dépourvues de transports en commun.Êtes-vous favorable à un « chèque vert » pour les entreprises ?Il faut surtout regarder l'impact d'une taxe carbone pour les entreprises. Contrairement aux ménages, les entreprises peuvent avoir des modes de transport alternatifs pour certaines d'entre elles donc la compensation se justifie moins.La semaine dernière, le Parti socialiste a lancé son processus de rénovation. Que doit faire l'UMP à son tour en cette rentrée ?Premier point, j'ai vu durant les quinze derniers jours une gauche toujours aussi cacophonique mais, petit changement, qui essaie de s'organiser. Elle nous a donné un spectacle assez baroque en constituant, à coups de photos et d'images télé, un bon vieux cartel des gauches allant de Robert Hue à Marielle de Sarnez, en passant par Cohn-Bendit et autre Montebourg? Face à cette situation, nous avons de vraies raisons objectives de passer à la vitesse supérieure. C'est pourquoi je me rends au campus de l'UMP pour y délivrer un message simple : les Français attendent qu'on soit en initiative, qu'on poursuive les réformes, en un mot qu'on soit courageux, audacieux. Et j'ajoute que, pour y parvenir, il faut qu'on soit rassemblés.Ce que Nicolas Sarkozy a fait avec l'union des partenaires de l'UMP?J'ai trouvé très bonne l'idée du président de raccrocher aux wagons de la majorité Philippe de Villiers ou Frédéric Nihous parce que c'est la responsabilité d'un chef d'État que de porter en permanence un message de rassemblement autour d'une majorité de projet et d'idées.Mais avez-vous des inquiétudes sur la rentrée parlementaire, par exemple sur Hadopi?Hadopi, le débat est clos. Il reste de manière un peu formelle le vote solennel. L'autre point important, c'est d'entrer maintenant dans les réformes de l'automne, qui sont au nombre de trois : les dépenses d'avenir, la décentralisation et la taxe carbone. Ce sont les trois rendez-vous.Justement à propos des dépenses d'avenir, du grand emprunt?Nous avons lancé depuis le 1er septembre des réunions pour débattre avec les Français. Quelles sont pour eux les grandes priorités des vingt années qui viennent ? Dans les années 1960 et 1970, de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing avaient vu juste en investissant massivement dans le nucléaire, le spatial, l'aéronautique, le TGV, etc. Nous devons faire ce travail et nous ne devons pas nous tromper sur les domaines d'excellence française des années 2010-2020.En avez-vous identifié ?Il y a évidemment le développement durable sous toutes ses formes. Il y aura la sécurité alimentaire, la question de la santé, vue sous l'angle de la recherche médicale et scientifique, les nanotechnologies.Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin veulent un étalement de cet emprunt. Êtes-vous d'accord ?Oui. En tout cas, à ce stade, aucune piste ne doit être écartée. Mais il ne faut pas inverser les facteurs. Commençons par voir ce qu'on veut dépenser avant de savoir combien. L'idée de l'étalement a du sens mais plaide pour un appel aux marchés. On ne va pas lancer un grand emprunt tous les ans.Second thème, la réforme des collectivités territoriales?Le thème de la décentralisation est un thème majeur, sur lequel je préconise d'aller plus loin. Il faut enclencher un processus progressif mais réel de fusion à terme des conseils régionaux et généraux. Je connais les obstacles politiques et techniques mais c'est une conviction que je porte depuis longtemps. L'organisation optimale de notre pays en ce XXIe siècle, c'est celle qui comprend un État, de grandes régions et de grandes agglomérations. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de financer des structures coexistantes département et région. Cela signifie toujours plus de dépenses locales, toujours plus d'administrations locales et donc toujours plus d'impôts locaux?La préparation du budget entre dans sa dernière ligne droite. Qu'allez-vous défendre ?Ce que nous avons énoncé lors des états généraux de la dépense publique, en particulier la fiscalisation des indemnités journalières d'accidents du travail et l'augmentation du taux de cotisation chômage des fonctionnaires au titre de la solidarité.Éric Woerth souhaite raboter quelques niches? Partagez-vous sa préoccupation ?De manière générale je me demande si c'est le moment pour augmenter les impôts. Or la suppression des niches fiscales, c'est une augmentation des impôts, qu'on le veuille ou non. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Cela fait juste plaisir à quelques aficionados. Je préfère qu'on récupère de l'argent sur les baisses de dépenses.Êtes-vous satisfait de la réforme de la taxe professionnelle telle qu'elle se dessine ?Je ne sais pas. Sur ce sujet que je connais bien ? je suis l'auteur d'une réforme qui a quand même réglé beaucoup de problèmes ? on veut aller au-delà, très bien, allons-y. Mais les conséquences sur l'organisation générale de la fiscalité nationale et locale sont telles que je suis sceptique? Et puis on a une réforme de la décentralisation à faire.

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