Compétitivité et protectionnisme, l'industrie de la défense au pied du mur

« Il faudra que l'industrie française soit plus compétitive, moins frileuse et qu'elle se montre plus audacieuse hors des frontières », affirme ce week-end dans « Le Monde » le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon. Cela tombe au coin du bon sens. Pour autant, les habitudes des industriels, petits et grands, que souhaite changer le ministère de la Défense, vont être difficiles à faire évoluer. Car ce secteur a une particularité : il touche à la souveraineté nationale et fait donc l'objet d'une attention et d'une protection particulière de l'État. Nourris par la commande publique, certains industriels se montrent mauvais à l'exportation alors que, jouissant d'un matelas de commandes verrouillées, ils auraient pu faire preuve de plus de dynamisme pour gagner des marchés à l'étranger. Marges de négociationÀ l'exception de quelques matériels non disponibles dans le catalogue de nos industriels (comme l'Awacs) ou achetés en urgence pour les forces présentes sur les théâtres d'opérations (premier lot de missiles Javelin), on voit mal l'armée de l'air française acheter des avions américains, la marine sélectionner des frégates allemandes ou l'armée de terre acquérir des chars italiens. D'où le choix récent du ministère de la Défense de privilégier la proposition de MBDA (voir ci-contre) de développer un nouveau programme de missile terrestre plutôt que d'acheter sur étagère un produit américain (Javelin) ou israélien (Spike). Du coup, les industriels français gardent sous la main un marché protégé - même s'il se réduit -, et des marges de négociations souvent beaucoup plus intéressantes qu'à l'exportation. Ce constat n'est pas une spécificité française et ce qui est vrai pour la France l'est aussi pour la plupart des pays disposant d'une industrie de défense performante, à commencer par les États-Unis. Mais la problématique protectionnisme/compétitivité de l'industrie de défense française sera le sujet majeur de ces prochains mois. Car une fois l'élection présidentielle passée, les coupes budgétaires seront très sévères et tous les industriels du secteur s'attendent à voir le budget de la Défense redevenir une variable d'ajustement. Il leur faudra vite apprendre à vivre avec une commande publique restreinte. M. C.

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