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Les fondamentalistes sont en passe de mettre la main sur la droite américaine

La Tribune

Publié le 04 décembre 2012 à 22:02 - Mis à jour le 04 décembre 2012 à 22:02

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18 juillet 2026

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La droite française fait face actuellement à des problèmes d\'identité, coincée entre son aile dure et son aile centriste. Ce mouvement de \"fondamentalisation\" de la droite a cours dans tous les pays européens. Pour avoir une idée du malaise qui traverse les droites, il peut être utile pour les citoyens européens de poser un œil sur ce qui se joue actuellement aux Etats-Unis. Ils verront que le problème ne leur est pas propre.La pauvreté du langage empêche d\'y voir clairPremier problème: Aux Etats-Unis, les expressions pour décrire le spectre politique tels qu\'extrême gauche, extrême droite, droite libérale, de gauche ou conservateur - même républicain et démocrate - ont des sens très imprécis. Et la presse n\'aide pas pour cela.On peut prendre pour exemple ce titre du Washington Post du 20 novembre dernier : \"Les républicains conservateurs contre-attaquent...\" Ou cet autre: \"Les dirigeants évangéliques et les activistes conservateurs adressent un message simple pour les républicains de l\'establishment...\". Derrière ce mélange de mots, involontairement trompeur, ce sont les extrémistes, les fondamentalistes qui sont évoqués. Ces républicains viscéralement attachés au Tea Party tel qu\'il était bien avant d\'être absorbé par le parti républicain.Dans l\'International Herald Tribune, Paul Krugman parle de \"l\'état d\'esprit antirationnel qui a mis la main sur le parti (républicain, Ndlr)\". Cynthia Tucker va quant à elle jusqu\'à faire référence, en parlant de l\'aile droite du parti républicain, \"à des manivelles congénitales destinées à demeurer insatisfaites\" dans le National Memo.Mais ce faisant, une seule face du problème est mise à jour. Les manivelles sont certes bruyantes et perturbent l\'attention, mais elles sont rarement dangereuses. Alors que les extrémismes peuvent l\'être (dans le cas de Hitler ou Staline, ils ont même été mortels).Les américains ne semblent pas conscients du fait que notre langue se détériore à cause de termes trop vagues. Nous nous sommes habitués à l\'usage d\'un jargon impressionniste au quotidien. Et nous nous enfermons dans la facilité en ne demandant pas plus de précision, que nous ayons devant nos yeux un candidat à une élection ou une publicité pour une nouvelle voiture.Personne ne semble comprendre que ce manque de précision empêche de comprendre ce qu\'il y a derrière le discours et les spots publicitaires des politiques qui jouent sur nos bas instincts et notre avidité. Dans ce schéma, nous sommes les perdants.Républicain : un terme unique qui masque deux réalitésPour illustrer ce vers quoi tend le parti républicain, Paul Krugman prend l\'exemple du sénateur de la Floride, Marco Rubio. Marco Rubio est contre l\'enseignement des sciences, particulièrement celui de la théorie de l\'évolution, car cela pourrait ébranler la foi des enfants en ce en quoi leurs parents leur ont dit de croire. Au niveau du parti, le problème est le même. Ainsi, comme le relève Paul Krugman, sur la question du changement climatique, le parti s\'est enterré dans le déni et l\'assertion selon laquelle tout ceci n\'est qu\'un canular concocté par une vaste conspiration de scientifiques. C\'est là en effet une face du parti républicain.Mais il faut nuancer. Les républicains sont divisés en deux camps. D\'un côté, ceux qui sont irrémédiablement accrochés à leur vision fondamentaliste et de l\'autre ceux qui pensent que le parti doit se \"centriser\". Ou du moins en donner l\'impression. Afin de s\'attirer le vote des femmes et des hispaniques notamment. David Brooks les désigne sous le nom de \"républicains modérés\". Mais pour la plupart de ceux dont les premières observations remontent à plus d\'un demi siècle en arrière, les républicains modérés, comme pouvait l\'être le gouverneur Nelson Rockfeller, ne sont plus une espèce en danger... c\'est une espèce éteinte.Brooks tente d\'attirer l\'attention sur ces groupes de jeunes penseurs et stratèges des think tanks de Washington associés aux républicains. Leurs commentaires sont intéressants, visent souvent juste, et pourraient permettre au parti républicain de se réformer d\'après des lignes centristes. Mais pourront-ils vraiment imposer leur ligne aux extrémistes, dont la principale préoccupation est de consolider leur position au pouvoir?Le bien contre le malLe terme \"fondamentaliste\" peut ne pas être perçu comme une menace par des gens qui considèrent la loi et l\'ordre comme nécessaires dans une société qui semble s\'effondrer. Mais le désir d\'ordre des fondamentalistes signifie, dans une vision simpliste, diviser la vie en deux camps, celui du bien et celui du mal. Le dictionnaire définit le fondamentalisme comme un ensemble de \"croyances traditionnelles orthodoxes tels que l\'inerrance des Écritures et l\'acceptation littérale des fondamentaux du christianisme protestant\". J\'y ajouterais pour ma part les droitiers de confession catholique.Le fondamentalisme laisse toutefois une place à l\'interprétation, et on peut voir de profondes divisions au sein des rangs qui le composent. A la fois religieuses et politiques. Ces divisions vont peser sur les épaules des républicains dans leurs efforts pour se remettre de la défaite de Mitt Romney et leur recherche d\'un coupable. Ils vont se demander si c\'est le mouvement vers des positions centristes sur certains sujets et un mauvais calcul électoral qui les y a mené.L\'équilibre démocratique menacéCette lutte pour le leadership au sein du parti républicain au cours de l\'année qui vient devrait bien illustrer la place du fondamentalisme dans le paysage politique américain. Si c\'est l\'aile fondamentaliste qui l\'emporte, ce que je pense qu\'il arrivera, cela aura pour effet de changer tout le processus démocratique des Etats-Unis. Les républicains ne seront plus la force d\'opposition traditionnelle des démocrates, cette formation essentielle au débat politique et à notre système législatif dont le processus repose sur deux partis qui dominent le Congrès pendant que le président est issu de l\'un d\'entre eux.Pour avoir une idée du changement fondamental que cela provoquera dans le paysage politique américain, il suffit de jeter un œil aux racines du fondamentalisme. L\'ouvrage de Richard Hofstader, \"Le rôle de la paranoïa dans la politique américaine\", rédigé après les années du maccarthysme, en offre un bon aperçu.Les républicains aiment dire qu\'ils sont le parti du président Ronald Reagan. Cela a toujours été une vague référence, mais cela est en passe de changer. Ils seront bientôt le parti héritier de l\'ancien président Herbert Hoover pour qui \"la seule fonction du gouvernement est de mettre en place les conditions favorables au développement et au bénéfice de l\'entreprise privée\". Il était le président du début de la Grande Dépression. Pour Hoover, l\'entreprise privée était une valeur sacro-sainte, l\'intervention de l\'État un blasphème.Quand l\'aile droite du parti républicain aura pris le contrôle, l\'organisation deviendra idéologique, orthodoxe, et ce sans concession. Il sera devenu pleinement fondamentaliste.*Curtis Roosevelt est le petit fils de l\'illustre Franklin D. Roosevelt, 32ème président des États-Unis. Diplômé de la School of Government and Public Law de l\'Université de Columbia, il vit désormais dans le sud de la France après une longue carrière aux Nations-Unies. Il est notamment l\'auteur de \"Trop près du soleil\", qui retrace ses douze premières années à la Maison-Blanche, dans le sillage de son grand-père, dont il a partagé les dernières années.

La Tribune

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