« Il n'y a pas aujourd'hui de menace sur l'approvisionnement »

dominique maillard, président de RTE (gestionnaire du réseau de transport d'électricité)La vague de froid qui sévit actuellement sur toute l'Europe risque-t-elle de nous empêcher d'importer de l'électricité des pays limitrophes ?Non. Le fort taux d'équipement de la France en chauffage électrique fait de notre pays un cas particulier en Europe et rend sa consommation électrique particulièrement sensible à la température. Une baisse de 1 oC nécessite la mobilisation de 2.100 MW supplémentaires, soit le double de la consommation d'une ville comme Marseille. Ce n'est pas le cas de nos voisins allemands, belges ou britanniques, qui utilisent très peu le chauffage électrique, mais sont dépendants du gaz. En revanche, il y a une limite physique à nos capacités d'importation qui se situe à 9.000 MW. Hier matin, nous importions, pour mémoire, environ 5.000 MW.La France continue donc à voir diminuer sa capacité d'exportation d'électricité ?La France reste le premier exportateur européen d'électricité, même si, en effet, les exportations se sont encore réduites en 2009. Notre pays aura vendu à l'étranger entre 25 et 30 térawattheures (tWh) l'an dernier contre 45 tWh en 2008. C'est principalement le résultat d'une diminution de l'écart entre la production et la consommation française d'électricité.De quoi souffrent spécifiquement la Bretagne et la région Paca ?Ces deux régions sont des « péninsules électriques ». Disposant de très peu de moyens de production sur leur territoire ? la Bretagne ne produit que 8 % de sa consommation ?, elles ne peuvent en outre être alimentées que par des corridors. À la différence de l'Île-de-France, par exemple, qui est également structurellement importatrice, mais qui peut être approvisionnée par des lignes venant de toutes les directions. Cette situation rend ces deux régions particulièrement vulnérables à tout aléa qui peut venir affecter les lignes ou les rares centrales qui les alimentent. Le réseau français est construit pour pouvoir faire face à la perte d'une grande ligne ou d'un poste de transformation sans que les consommateurs en soient affectés. Sauf ces deux régions.Les mêmes problèmes se répètent chaque hiver. Pourquoi ne pas avoir renforcé les liaisons électriques de ces deux régions ?Nous nous heurtons à des problèmes d'acceptabilité par la population. En Paca, nous avons travaillé pendant vingt ans à un projet de ligne à haute tension qui aurait permis de doubler la seule liaison de 400.000 volts qui passe par la côte. Les autorisations ont été annulées à l'été 2006. Nous avons lancé un projet alternatif, moins satisfaisant techniquement, permettant de mieux mailler le réseau actuel (225.000 volts). J'ai décidé d'affecter d'urgence 85 millions d'euros à la première tranche de ces travaux à la fin 2009. Représentant un investissement de 200 millions d'euros, ils doivent être terminés d'ici à 2015. En Bretagne, une seule ligne haute tension court au nord. Nous construisons depuis l'automne dernier un nouveau poste dans le Morbihan qui permettra d'injecter du courant à la fin 2010 vers le centre de la région. Mais une nouvelle centrale dans les Côtes-d'Armor, ne serait-ce que de 200 MW, serait la bienvenue pour libérer de la capacité de transport. Propos recueillis par Marie-Caroline Lopez

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