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L'occasion manquée des Européens face à la crise

La Tribune

Publié le 05 mars 2013 à 22:03 - Mis à jour le 05 mars 2013 à 22:03

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18 juillet 2026

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Lundi, le quotidien néerlandais De Volkskrant titrait avec beaucoup d’optimisme : « le chef de l’eurogroupe Dijsselbloem va-t-il annoncer le tournant ? » Ce « tournant », c’eut été la prise en compte effective du caractère de plus en plus contesté de la politique menée jusqu’ici par Bruxelles, sous l’influence décisive de la BCE et de Berlin : la priorité absolue donnée à la réduction des déficits publics. Car depuis dix jours, les preuves que cette politique pose problème s’accumulent.« Changer le ton et le contenu de l’évangile »La gifle immense reçue par cette politique d’austérité lors des élections italiennes des 24 et 25 février et les désastreuses prévisions de croissance de la commission européenne ont dessillé les paupières des plus rétifs. Il n’est du reste pas anodin que ce soit un quotidien néerlandais qui propose ce « tournant » à son ministre des finances, alors même que ce pays a été l’allié le plus sûr de l’Allemagne durant les derniers mois. « C’est non seulement le ton de l’évangile économique qui doit changer, mais aussi son contenu », affirmait ainsi De Volkskrant. L’Eurogroupe de lundi était donc crucial pour affirmer cette prise de conscience et annoncer ce changement de cap. Mais comme toujours depuis le début de la crise, il a été décevant.Principe de réalitéCertes, le principe de réalité a contraint les membres de l’Eurogroupe a mettre de l’eau dans leur vin. Fini les propos triomphalement optimistes sur la fin de la crise et le retour de la croissance que servaient les dirigeants européens au monde entier à l’automne dernier. L’Irlande et le Portugal devraient bénéficier en avril de conditions assouplies pour le remboursement des prêts accordés par les Européens en 2010. L’allongement des délais pour le retour dans les clous de Maastricht des pays en déficits excessifs a également été confirmé. Ce ne sont certes pas des détails, mais Olli Rehn, le très orthodoxe vice-président de la commission, n’y voit pas une remise en cause fondamentale de la politique menée jusqu’ici. Aussi a-t-il prévenu : Dublin et Lisbonne ne doivent pas pour autant lever le pied sur les « réformes » : « il est essentiel que les deux pays demeurent engagées dans la réalisation d’un programme rigoureux », a-t-il martelé. Même sanction pour les pays en déficits excessifs : l’assouplissement des délais sera soumis à « la mise en place de l’effort recommandé de consolidation en termes structurelles. »Pas de tournantBref, le « tournant » souhaité par DeVolkskrant n’a pas eu lieu. Olli Rehn veut bien admettre que « le processus de rééquilibrage nécessaire (…) va continuer à peser sur la croissance pendant quelques temps », mais, précisément, il continue à y voir une nécessité provoquant des dégâts collatéraux « temporaires. » L’idéologie de l’ajustement nécessaire reste donc en place. On veut bien accorder quelques concessions, mais il est difficile d’y voir une modification substantielle de la politique suivie. L’Eurogroupe s’est « félicité » de l’évolution de la Grèce où le PIB a encore reculé de 6 % au dernier trimestre de 2012…Pression sur la demandeLe problème de la zone euro est qu’elle est entrée dans une spirale infernale : en réduisant à marche forcée les déficits, on a brisé la conjoncture, ce qui force à accélérer le pas encore sur les déficits et donc à ralentir encore l\'activité. Ce type de cercle vicieux peut durer fort longtemps et avoir des conséquences politiques majeures si l’on y prend garde. Mais alors, donner deux ans de plus à la France pour atteindre l’objectif de 3 % du PIB de déficit public peut-il briser le cercle ? Pas vraiment. Pour au moins deux raisons. D’abord, parce que cet objectif de 3 % n’était pas tenable et que, néanmoins, la consolidation budgétaire française a déjà eu un impact conjoncturel. Ensuite, parce que les facteurs de réduction de la demande intérieure vont rester à l’œuvre pour réduire le déficit structurel et atteindre l’objectif dans un ou deux ans. Rappelons que les Français devront l’an prochain subir une augmentation substantielle de la TVA et que le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, tout en continuant à assurer qu’on ne peut « ajouter l’austérité à la récession », a annoncé lundi vouloir abaisser la dépense publique de 4 points de PIB. Autrement dit, la pression continuera sur la demande intérieure et le cercle vicieux décrit plus haut restera intact.L’Allemagne méprise pour ne pas agirLe quotidien néerlandais a raison : la zone euro aurait besoin d’un vrai tournant. Mais l’équilibre des forces politiques au sein de l’Union économique et monétaire est tel que ce tournant est impossible à prendre. Berlin ne veut rien entendre puisque mener une politique de croissance en Europe signifierait réduire l’avantage compétitif allemand en relançant sa demande intérieure. Ce serait le seul « rééquilibrage » viable pour le moment au sein de la zone euro. Or, en Allemagne, nul ne veut entendre parler d’une telle politique qui est perçue outre-Rhin comme la « punition d’un bon élève. » Les politiciens allemands, de tout bord, préfèrent donc fustiger les électeurs italiens qui votent pour des « clowns » selon le candidat SPD à la chancellerie, Peer Steinbrück ou qui n’ont qu’à « reprendre leur lire », comme le suggère le député CDU, Klaus-Peter Willsch.Un risque majeurIl n’y a donc pas de véritable prise de conscience de la situation. L’idéologie de la dévaluation interne continue de dominer la politique européenne. Pour les dirigeants européens, il faut simplement faire avaler la pilule et procéder à un ajustement de la communication. En donnant « un peu d’air » sur les déficits et les remboursements, on pourra tenter d’amadouer les électeurs italiens lors du prochain scrutin en leur montrant qu’ils ont été entendus. Ex post, on pourra aussi affirmer que la consolidation n’était pas le problème puisque la récession se poursuit malgré son assouplissement. C’est le principe même de toute idéologie : la réalité peut être toujours détournée pour la justifier. Sauf que l’élection italienne vient précisément de prouver que les électeurs acceptent de moins en moins ces discours « d’experts » justifiant des « ajustements nécessaires. » Pour le moment, à Bruxelles comme à Berlin, on refuse toujours d’écouter ce message. Mais l’enjeu est immense : c’est celui du degré d’acceptation de l’euro par les peuples. Beppe Grillo a fait florès sur cette équation : « euro = austérité. » Lui donner raison, ce serait condamner inévitablement la monnaie unique. Plus que jamais, l’inertie de Bruxelles, sa politique des demi-mesures et des changements de stratégies de communication, apparaît pour le moins déconcertant.

La Tribune

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