Les chèques-resto ne doivent pas devenir des tickets d'alimentation

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La polémique n'a cessé de monter, ces derniers jours, autour de l'utilisation des titres restaurant, qu'ils s'appellent Ticket-Restaurant ou Chèque-Déjeuner. Face à l'ampleur des dérives, les pouvoirs publics ont décidé de rappeler à l'ordre la distribution alimentaire, qui a tendance à transformer ces chèques en aide à l'achat de produits alimentaires. Mais, dans le même temps, la loi vient d'ouvrir leur utilisation à d'autres spécialistes, en commençant par les marchands de fruits et légumes. De quoi accentuer la confusion qui règne déjà. Des souplesses qui sont autant d'infractions à la loiEn effet, malgré une utilisation parfaitement encadrée par la loi, les bénéficiaires de titres restaurant sont largement habitués à payer avec plusieurs titres à la fois, à les utiliser le soir ou le dimanche, à attendre la monnaie, à les donner à un membre de leur entourage, etc. Ce qui constitue autant d'infractions à la réglementation. Ce sont ces souplesses, toutefois, qui expliquent l'attachement des salariés à ces titres de paiement, abondés à hauteur de 50 % à 60 % par les entreprises qui, de leur côté, bénéficient d'une exonération de charges. Ces « petits arrangements » avec la réglementation constituent un frein à la dématérialisation des titres restaurant en France, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays du monde, notamment en Amérique latine, où ces avantages sont gérés avec des cartes de paiement rechargeables.Avec la crise, le système a fortement déviéLes grandes et moyennes surfaces ont introduit encore un peu plus de confusion en acceptant le titre restaurant pour le paiement des courses. Initialement, ces magasins, qui ont développé une offre de sandwichs, de salades et de plats à consommer, ne devaient accepter ce moyen de paiement que pour les rayons proposant des produits immédiatement consommables, à raison d'un titre de paiement par passage en caisse. Dans un contexte de crise, le système a rapidement dévié, pour la plus grande satisfaction des clients et des distributeurs. Le titre restaurant devient ainsi de plus en plus un ticket alimentation. Au grand dam des restaurateurs, qui voient ainsi une part croissante des 4 milliards d'euros émis en titres restaurant leur échapper indûment. Personne n'évalue les sommes en jeu. Mais elles sont suffisamment importantes pour que les distributeurs soient rappelés à l'ordre. La Commission nationale des titres restaurant (CNTR) vient d'élaborer une charte d'utilisation, en concertation avec la Fédération des entreprises de commerce et de distribution (FCD). De plus, deux enseignes, Intermarché et Leclerc, se sont engagées à améliorer les conditions d'utilisation des titres restaurant dans leurs magasins. Les autres enseignes, et notamment les supérettes urbaines, pourtant très offensives sur l'offre déjeuner, restent plus discrètes. Le recadrage autorise l'achat de fruits et légumesParallèlement à ce recadrage, les revendeurs de fruits et légumes viennent d'être autorisés à accepter les titres restaurant. Ils devraient toutefois constituer, pour les restaurateurs, une concurrence moins redoutable que la grande distribution. Il est peu probable en effet que les primeurs soient nombreux à demander l'agrément. Car, en échange, ils devront accepter d'acquitter une commission comprise entre 2 % et 3 % sur le chiffre d'affaires ainsi généré, et attendre plusieurs semaines pour être crédités de ces sommes. Il n'est pas évident que les volumes espérés compensent ces inconvénients. Sans attendre le résultat de cet élargissement des catégories de professionnels pouvant recevoir des titres restaurant, les pouvoirs publics étudient la possibilité d'étendre à d'autres catégories de produits alimentaires le paiement en titres restaurant, et notamment aux produits laitiers.

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