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Un été allemand

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Publié le 18 septembre 2010 à 08:45 - Mis à jour le 18 septembre 2010 à 08:45

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Bluffant ! Je ne vois pas d'autre mot pour qualifier la façon dont l'Allemagne pilote la crise et s'achemine, à son rythme, vers un retour à une croissance pérenne. Le déluge d'indicateurs économiques de l'été a montré clairement qu'un seul pays maîtrisait son économie et ses finances. Face à la gesticulation de certains leaders (je ne vise personne...) et l'absence totale de leadership économique d'autres (je vise Obama), le pilotage allemand nous rappelle les grandes années de Michael Schumacher. En juillet, un taux de chômage de 7,6 %, le niveau de l'avant-crise, un indice IFO du climat des affaires qui flambe en août, une hausse de 8,2 % des exportations au deuxième trimestre, une progression de l'investissement de 4,7 %, un secteur des services qui prend le relais avec la progression la plus forte depuis 3 ans le mois dernier... Je continue ?... Tout cela débouchant sur une croissance au deuxième trimestre de 3,7 %, taux de croissance digne d'un pays émergent. Et on ne pourra pas reprocher cette fois à l'Allemagne de faire trop bien en sacrifiant sa consommation. Les ménages, confortés par ce rebond, consomment (+ 0,8 % au mois d'août). Angela Merkel enfonce le clou. Elle demande aux entreprises de payer en retour les salariés, qui ont accepté la rigueur, en augmentant substantiellement les salaires. À l'heure où les syndicats français appellent à mener un combat d'arrière-garde sur la retraite à 60 ans, les syndicats allemands, réalistes mais pourtant combatifs, peuvent aujourd'hui réclamer une meilleure répartition de la richesse après avoir attendu patiemment que la croissance reparte. On ne peut pas distribuer ce qu'on n'a pas... Tempérons cet enthousiasme débordant. Personne, même en Allemagne, ne dit que la croissance continuera à ce rythme et que l'Allemagne est définitivement sortie de la crise. Après ce rebond spectaculaire, un essoufflement est possible. Mais tout de même ! Une performance d'autant plus spectaculaire qu'elle contraste avec des Etats-Unis qui se cherchent et des Américains qui doutent, et qui permet à toute l'Europe, même à la France, de voir l'horizon s'éclaircir un peu. Grisé par la croissance allemande, Jean Claude Trichet, d'habitude si pessimiste, s'est même laissé aller à affirmer cette semaine que le « double dip » ne passerait pas par l'Europe. La reprise de l'Allemagne n'est pas le fruit de mesures conjoncturelles, elle n'est pas le produit d'un package de relance qui fait pschittt comme le package américain, elle n'est pas la conséquence d'une série de mesurettes cosmétiques. C'est la conséquence de choix structurels : 1) Le maintien d'une industrie forte. L'Allemagne a, souvent au niveau des régions, favorisé les PME et les entrepreneurs. Même ses grands groupes n'ont pas opté pour la désindustrialisation à outrance que les autres pays paient cher aujourd'hui. Malgré les déclarations de Nicolas Sarkozy, on ne peut pas décréter qu'on va réindustrialiser la France. Quant aux Etats-Unis, ils se rendent compte un peu tard, qu'ils ont transféré une grande partie de leur industrie en Chine et qu'ils en ont perdu la propriété et même l'usufruit. 2) Un consensus social et le respect d'une logique budgétaire élémentaire. « L'austérité est la voie de la prospérité » a répété constamment Angela Merkel. Et l'été lui donne raison. Cela devrait logiquement faire taire ceux qui pensent encore qu'une relance à crédit de la consommation est la solution à tous les maux. Mais ce n'est pas le cas.Les Allemands ont finalement un point commun avec les Français : l'ingratitude. Paradoxe des paradoxes, alors que l'été a été économiquement presque caniculaire en Allemagne, la cote de popularité de la chancelière n'en finit pas de baisser. Il est vrai que parler et appliquer l'austérité est moins facile que de promettre de ne pas monter les impôts alors qu'on ajoute des taxes tous les jours et qu'on supprime des niches fiscales.

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