La Fondation Mapfre, un travail citoyen pour l'Espagne

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Hier, les oeuvres des plus grands impressionnistes du musée d'Orsay, ou du photographe Walker Evans, rayonnaient au sein de cette institution madrilène. Aujourd'hui, Mark Rothko ou Edward Hopper y tiennent le haut de l'affiche. Le Prado ? La Reina Sofia ? Non.Il revient à la fondation d'entreprise Mapfre, la plus grande compagnie d'assurances espagnole, d'avoir exposé ces trésors. Et de s'être affirmée au cours des vingt dernières années comme un des plus grands mécènes culturels d'Espagne. L'un des plus dynamiques aussi. La preuve, cet hiver encore, avec les deux expositions présentées en ses murs que nous avons été invités à découvrir.La première emprunte à la célèbre Phillips Collection de Washington une centaine de tableaux réalisés entre la fin du XIXe et les « fifties » par des peintres américains. La seconde révèle le travail de John Gutmann, un photographe d'origine allemande, émigré aux États-Unis en 1934. « En Europe, la culture est liée à l'identité nationale. Ce sont donc souvent les États qui s'en occupent », explique Pablo Jiménez Burillo, directeur général de l'Institut de la Culture de la Fondation Mapfre. « En Espagne, du fait du franquisme, les choses sont un peu différentes. Il revient à la fondation privée Juan March d'avoir exposé pour la première fois dans notre pays les avant-gardes en 1975, puis Picasso. » C'est dans les années 1930 que la compagnie d'assurances Mapfre a vu le jour. L'idée d'une fondation commence à germer dans les « seventies », mais il faut attendre 1975 pour qu'elle ouvre ses portes. « Il est apparu important à la compagnie de lancer des projets au bénéfice de la société espagnole », poursuit Pablo Jiménez Burillo. Tous sont canalisés par des instituts spécialisés. « Le but de l'Institut de la Culture, c'est de compléter les efforts des musées. C'est pour cela que nous avons choisi de travailler sur une période qui n'est pas couverte par ces derniers et qui va de 1875 à la guerre civile espagnole. »La Fondation a donc commencé par écrire l'histoire de l'art espagnol de ces années-là à travers des expositions et des catalogues consacrés à des artistes oubliés comme Isidre Nonell (1872-1911). « Une fois ce discours construit, nous avons décidé de mettre les Espagnols en relation avec les grands artistes internationaux », rappelle Burillo. Pour ce faire, l'Institut de la Culture bénéficie de 15 millions d'euros annuels, et fonctionne comme un musée privé. Au fil des années, le budget a été si bien géré qu'il restait de l'argent à la fin de chaque exercice. Il a été immédiatement réinvesti dans une collection de photos et de dessins (dotée d'un budget d'acquisition de 1 million d'euros par an, sachant que certaines des plus grandes institutions publiques françaises ne bénéficient pas de beaucoup plus pour l'ensemble de leurs collections).« Il n'existe pas de tradition du dessin en Espagne. Le Prado n'a pas de cabinet d'estampes par exemple », confie Burillo. C'est ainsi qu'une bourse de 65.000 euros a été créée pour aider un collectionneur de dessins à réaliser un catalogue de ses feuilles. « Nous espérons que cela va inspirer le public, susciter des vocations de collectionneurs qui finiront par donner leurs oeuvres à des musées. Au final, ça devrait profiter au plus grand nombre. »C'est un travail exemplaire qu'a donc accompli la Fondation Mapfre. Un travail citoyen qui a accompagné la démocratisation et le développement de l'Espagne. « On avait tout à découvrir », confie Pablo Jiménez Burillo.Yasmine Youssi, à Madrid Expositions présentées à la Fundación Mapfre, 23, paseo de Recoletos, à Madrid, jusqu'au 16 janvier. www.mapfre.com

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