L'après-Moubarak commence, sous le regard de Washington

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«dégage ! » Le mot d'ordre, pour les manifestants massés sur la place Al-Tahrir, au Caire, n'a pas changé depuis deux semaines. « Nous, nous restons, c'est toi qui dois partir », persistent-ils à crier à l'endroit du président Hosni Moubarak. Si la journée de vendredi avait été décrétée par la rue comme celle du départ du raïs, il n'en a rien été. Pourtant, le peuple égyptien a engrangé quelques victoires au cours du week-end. D'une part, Moubarak a annoncé qu'il quittait la tête de son parti, le Parti national démocratique, tandis que l'ensemble des dirigeants démissionnait et que son fils, Gamal, se disqualifiait lui aussi pour la succession paternelle, prévue à l'occasion d'élections en septembre. D'autre part, une amorce de « dialogue national » entre pouvoir et opposition, mené par le vice-président Omar Souleimane et incluant pour la première fois depuis un demi-siècle des représentants des Frères musulmans, première force d'opposition du pays, a vu le jour ce dimanche. Si toutes les parties se sont accordées sur la mise en place d'un comité de réformes constitutionnelles d'ici mars, dans le but de créer les conditions de l'avènement d'un nouveau régime, certains, dont les Frères musulmans, estiment que les mesures proposées sont insuffisantes et réitèrent leur préalable : un abandon clair et net du pouvoir par celui qui est le zaïm - le chef incontesté - depuis trente ans.Mais alors que l'après-Moubarak a déjà commencé, difficile de savoir quels seront les contours du régime de demain. L'Égypte optera-t-elle pour une démocratie à l'occidentale ? Se transformera-t-elle en une société laïque, avec une composante islamique forte, à l'image de la République turque d'aujourd'hui ? Sera-t-elle emportée par un vent d'islamisme, façon iranienne ? Ou inventera-t-elle un nouveau modèle - permettant d'offrir démocratie et vitalité économique à son peuple ? Impossible de le dire actuellement. D'autant que, fidèle à sa tradition de défier les empires - britannique, ottoman - l'Égypte, toujours rétive et nationaliste, refuse, comme l'a affirmé dimanche l'actuel ministre des Affaires étrangères, les « diktats » de l'étranger. Nombreuses sont en effet les capitales, Washington en tête, qui enjoignent Le Caire de passer à une phase de « transition », rapide mais ordonnée.Un prérequis vital, en raison de la position, centrale, qu'occupe l'Égypte dans la région - grâce à ses 80 millions d'habitants, faisant d'elle la plus grande nation arabe du monde et à sa position stratégique sur la route du pétrole et du commerce international. Les tankers ne représentent plus que 15 à 20 % du trafic total dans le canal de Suez, le reste étant assuré par les porte-conteneurs faisant la navette entre l'Europe et l'Asie, sans oublier les navires de guerre américains : une douzaine de bâtiments de l'US Navy passent en effet à Suez tous les mois, pour rejoindre différents théâtres militaires dans le monde. Enfin, l'Égypte est incontournable pour le leadership qu'elle entend assumer au nom des peuples frères, dans la région comme aux yeux du monde. L'Amérique, qui semble avoir révisé sa tactique, pour donner un peu plus de temps à la transition, sait qu'elle a besoin de l'Égypte pour tout ce qu'elle représente, et cherche à garder cet allié, pour mener à bien son dessein de forger un une pax americana durable dans une zone où se trouvent non seulement une partie de l'or noir dont elle a besoin pour sa prospérité, mais aussi le pays qu'elle soutient depuis sa naissance, Israël. L'Amérique dispose d'un atout dans ce nouveau « grand jeu » : l'armée égyptienne, sur laquelle elle compte s'appuyer. Une façon de rentabiliser les 1,3 milliard de dollars qu'elle lui offre chaque année.

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