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10 questions (et réponses) sur l'héritage économique et social de Chavez

La Tribune

Publié le 06 mars 2013 à 22:03 - Mis à jour le 06 mars 2013 à 22:03

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Le décès d’Hugo Chavez, mardi 5 mars, signe peut-être la fin d’une époque pour le Venezuela, et plus largement, l\'Amérique du Sud. Celle d\'un régime mené par une personnalité charismatique qui a su jouer des mythes qui l\'entourent. De nouvelles élections doivent avoir lieu dans un mois, comme le prévoit la constitution du pays. Retour en 10 questions-clés sur les grandes idées et les décisions économiques d’un président adepte du \"socialisme bolivarien\", doctrine se réclamant du héros national, Simon Bolivar. La politique d’Hugo Chavez a-t-il rendu le Venezuela dépendant se sa manne pétrolière? Il l’était déjà avant. “Le Venezuela était dépendant du pétrole avant Chavez, il l’était sous Chavez et il l’est encore aujourd’hui“, pointe à cet égard Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de l’Amérique latine. Ce dernier estime que, “là où il a su tirer son épingle du jeu, s’est qu’il est parvenu à se bagarrer auprès de l’Opep pour faire baisser la production des pays membres et faire grimper le prix du baril“.Pire,la dépendance du pays à l\'égard du pétrole aurait même été accrue sous le règne d\'Hugo Chavez. C\'est du moins ce qu\'estime Juan-Carlos Rodado, analyste chez Natixis qui note que \"la part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale a reculé depuis 2005\". \"Il y a une démystification à faire sur le plan de la situation économique du pays : elle était déjà mauvaise avant Chavez\", ajoute l\'analyste. Le secteur représente encore 94% de ses exportations en 2012 et plus de la moitié du budget de l’Etat, selon l’Opep. Selon cette même organisation, le pays dispose des plus grandes réserves mondiales connues d’or noir soit 296,50 milliards de barils exploitables (en 2011) devant l\'Arabie saoudite, étant précisé qu\'il s\'agit pour une partie d\'un pétrole lourd, de moins bonne qualité et plus difficile à raffiner. Une grande partie de cette manne se trouve dans le bassin de l’Orénoque au nord du pays. Hugo Chavez a-t-il \"nationalisé\" le pétrole?Non. PDVSA (Petroleos de Venezuela), la compagnie pétrolière publique avait été nationalisée avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez, élu pour la première fois en 1998. En revanche, dans la Constitution de 1999, ce dernier à inscrit le principe de l’interdiction d’une privatisation de la compagnie. Surtout, en 2002, il a étendu le pouvoir de l’Etat sur l’entreprise pétrolière nationale. Cette décision a même débouché sur une grève de deux mois. Et le licenciement de plus de 18.000 cadres et employés qui protestaient également pour des raisons politiques. Quel est l\'impact des nationalisations entreprises sous son mandat?  Ces nationalisations, qui aurait été chiffrées à un millier selon l\'analyste de Natixis ont surtout visé des intérêts étrangers. En 2010, par exemple, Hugo Chavez a nationalisé la chaîne d\'hypermarchés Exito, détenue par le groupe français Casino qu\'il accusait d\'augmentations de prix à des fins spéculatives. Les secteur bancaire et pétrolier ont cependant été les premiers concernées par cette vague d\'expropriations. \"La plupart des entreprises nationalisées ont été des échecs\", note Juan-Carlos Rodado, chez Natixis. Ce dernier confirme par ailleurs la faiblesse des investissements directs étrangers dans le pays. Ceux-ci \"étaient négatifs en 2010 et 2011et ils ont atteint 1,6% du PIB en 2012 mais c\'est le double en moyenne dans le reste de l’Amérique latine\", détaille l\'analyste. Et d\'expliquer: \"Cela tient principalement à ce qui relève des entités institutionnelles : un manque d’infrastructures, de la corruption, un faible climat des affaires et le taux de change surévalué\"  Pourquoi la monnaie du pays a-t-elle souffert?L’importance du pétrole dans les ressources du pays contribue à créer une “ monnaie nationale surévaluée par rapport aux monnaies extérieures, ce qui détruit la possibilité d’un secteur économique diversifié“, explique Jean-Jacques Kourliandsky. Le bolivar a même dû être dévaluée à plusieurs reprises. Ce fut le cas par exemple en 2010 quand un double taux a été instauré. Un dollar s\'échangeait 2,60 bolivars dans les secteurs jugés prioritaires, et 4,30 pour les autres transactions. Plus récemment, en février 2013, alors qu\'Hugo Chavez était déjà dans l\'incapacité d\'exercer le pouvoir, une autre dévaluation a été décidée. Le taux principal passait ainsi de 4,30 à 6,30 bolivars pour un dollar américain. La politique sociale a-t-elle porté ses fruits?Le régime de chaviste met régulièrement en avant sa politique sociale. De fait, l’argent du pétrole lui a permis de financer divers programmes sociaux. Le plus fréquemment cité concerne la santé avec des milliers de médecins cubains invités à s’installer dans les grandes villes. Il a également mis en place des programmes d’alphabétisation, de construction de logements, et d’accès aux denrées alimentaires de premières nécessité. De quoi réduire les prix sur ces denrées de 20 à 30%. En outre, des chiffres de la Banque mondiale indiquent que le nombre de personnes en situation de pauvreté y est tombé sous les 40% en 2006, atteignant 31,9% en 2011. Mais dans les faits, l\'impact de la politique économique de Chavez est difficile à mesurer compte tenu de ses réticences à fournir des données aux organismes internationaux. Il refuse l\'accès de ses comptes au Fonds monétaire international depuis 7 ans, comme l\'indiquait ce dernier dans un communiqué publié à la veille de la mort du président vénézuélien. Le FMI a cependant pu réaliser une estimation de la hausse du PIB vénézuéliens pour 2012 : 3,3% (après une croissance estimée à 5,7% en 2012).Surtout, la très forte inflation dont souffre le pays limite dans les faits l’impact de la redistribution de la richesse pétrolière. La hausse des prix est l’une des plus fortes au monde. Elle était évaluée à 21% l\'an dernier et devrait atteindre 30,2% en 2013, comme le rappelle la fiche des \"risques-pays\" établie par la Coface. Mais,en raison du manque de transparence dont ferait montre le gouvernement vénézuelien, ces chiffres seraient  en fait sous-évalués. \"L’inflation est probablement minimisée, comme en Argentine\", estime ainsi l\'anlyste de Natixis. \"Elle se chiffrait à 22,2% au mois de janvier\", ajoute-t-il avant de préciser qu\'il s\'agit d\'un \"problème structurel né avant Chavez\".En outre, le pays est en proie à une très forte délinquance. Des chiffres officiels publiés le 1er mars faisaient état d’un taux de 55,2 homicides pour 100.000 habitants ce qui placerait le pays au 3e rang mondial des pays les plus meurtiers au monde. Mais des ONG contestent ces chiffres. Selon l’Observatoire vénézuélien de la violence, le nombre de meurtres en 2012 s’élèverait en fait à 21.692, soit un taux de 73 homicides pour 100.000 habitants. Les Etats-Unis ont-ils vraiment perdu leur mainmise sur le pays? Pas vraiment... S’il a fréquemment défié l’ “impérialisme Yankee“, Hugo Chavez n’a jamais coupé les ponts avec son partenaires économique. “Il faut remettre ces discours radicaux dans le contexte“, prévient Jean-Jacques Kourliandsky, “ Les Etats-Unis restent le premier partenaire économique et commercial du Venezuela. Et PDVSA possède 3 raffineries sur le territoire américain et des réseaux de station-service“. Dans quelle mesure le “socialisme bolivarien“ de Chavez était-il anti-capitaliste? Il l\'était du point de vue idéologique, mais certains faits laissent penser le contraire. “Hugo Chavez était très attaché à la relation avec Cuba car c’est un symbole de la résistance latino-américaine aux Etats-Unis. Mais il n’a pas mis en place de fiscalité confiscatoire“, argue le spécialiste de l’Amérique latine à l’Iris, Jean-Jacques Kourliandsky. Ce dernier apparente davantage son régime à une \"social-démocratie à la sud-américaine’ comme en Equateur“. La disparition d’Hugo Chavez mettra-t-il  fin au “chavisme“?Probablement pas. Le parti d’Hugo Chavez aurait de fortes chances de remporter les élections, qui, selon la Constitution, doivent être organisées d’ici trente jours.Des  élections régionales organisées en décembre alors que le président décédé était déjà hospitalisé ont été gagnées par son camp. Et Henrique Capriles, leader de l\'opposition lors du srutin présidentiel d\'octobre, devra affronter une base électorale solide. \"On voit mal les gens qui ont bénéficié de la politique de Chavez abandonner ses partisans\", commente Jean-Jacques Kourliandsky.Mais la situation pourrait s\'avérer explosive. C\'est ce que craint Natixis qui redoute une récession ainsi qu\'un \"climat social tendu dans un pays polarisé entre deux entre ceux qui soutiennent Chavez et ceux qui s’y opposent  (...) Il y a un nouveau risque de dévaluation de la monnaie car les gens voudront de plus en plus de dollars. Et ils pourraient se ruer sur les produits de base à cause des incertitudes politiques\", explique à cet égard Juan-Carlos Rodado.Mais aussi...   Qui a tenté de renverser son pouvoir? Vrai. Les 13 et 14 avril 2002, l\'Etat major de l\'armée exige la démission d\'Hugo Chavez, qui la signe. Pendant 48H00, un entrepreneur du pays et \"patron des patrons\", Pedro Carmona prend sa succession. Un soulèvement populaire bénficie à Hugo Chavez qui retrouve le chemin de Miraflores, le palais présidentiel.  Comment s\'appelait l\'émission de télévision d\'Hugo Chavez? Alo presidente! Sachant manier un charisme reconnu même pas ses détracteurs, le président vénézuélien s\'exprimait tous les dimanches dans ce programme télévisé intitulé. Il y discourait pendant plusieurs heures de sujets divers - notamment économiques - , émaillant parfois ses allocutions de chansons. Il y a annoncé en direct la déchéance ou la nomination d\'un membre de son administration, voire une nationalisation.

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