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Raymond Soubie : « La France a besoin d'un syndicalisme fort et reconnu »

La Tribune

Publié le 06 mars 2011 à 20:25 - Mis à jour le 06 mars 2011 à 20:25

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18 juillet 2026

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STRONG>Quel regard portez-vous sur l'évolution des syndicats ?Au début de la décennie 1970, le taux de syndicalisation était de 25 %. Il est aujourd'hui de l'ordre de 8 %, si l'on exclut le secteur public. Dans les autres pays, les adhésions ont également reculé, mais on partait de beaucoup plus haut, jusqu'à 80 % dans certains pays nordiques. Le syndicalisme français est non seulement pluraliste et parfois divisé, mais il s'appuie aussi sur une assise faible d'adhérents. Ce qui ne l'empêche pas d'être reconnu comme un acteur social majeur par la plupart des salariés.Est-ce à l'État de favoriser la syndicalisation des Français ? Il y a quelques années, Ségolène Royal avait proposé de rendre obligatoire l'adhésion à un syndicat...Ce serait une mesure anticonstitutionnelle. En revanche, en 2008, le gouvernement a encouragé la réforme de la représentativité syndicale. Celle-ci a permis d'inverser l'ordre des facteurs en faisant en sorte que la légitimité vienne de la base et non du sommet. Si on veut un système de relations sociales qui permette des accords majeurs sur les réformes dont la France a besoin, il ne faut pas avoir peur de bâtir un syndicalisme fort et reconnu par les salariés.Cela risque de prendre du temps...Pour atteindre cet objectif ambitieux, des années, si on y parvient.Et d'ici là ?Dans le secteur privé, par rapport au début des années 1970, le nombre de jours perdus pour fait de grèves a été divisé par 20. Pour se faire entendre, les syndicats s'inspirent de plus en plus des méthodes des partis politiques en utilisant les médias et en lançant des mots d'ordre destinés à organiser des manifestations dans la rue.Non sans succès !Cette stratégie leur a permis d'être bien perçus par l'opinion publique, d'apparaître comme une vraie force d'opposition. C'est à la fois légitime et nécessaire. Mais le syndicalisme a une deuxième fonction : élaborer des compromis via la négociation. Certes, des accords parfois importants sont conclus aux niveaux interprofessionnel, de branche ou d'entreprise, et cela a été le cas entre 2007 et 2010. Mais, à la différence de l'Allemagne, la France peine à élaborer des accords engageant toutes les parties pour les réformes indispensables. Les autres acteurs sociaux, État et patronat, partagent d'ailleurs la responsabilité de cette situation.Le gouvernement a tout de même réussi à réformer les retraites. Sur ce sujet, avez-vous le sentiment du ?devoir accompli ?J'aurais préféré que la réforme passât par un accord en bonne et due forme. Les syndicats ont formulé des propositions mais, en fin du compte, ils n'ont pas souhaité cautionner une réforme qui revenait sur la retraite à 60 ans. Et je peux les comprendre. Cela n'a pas empêché le gouvernement, après concertation, de modifier son projet initial sur des points importants comme, par exemple, la pénibilité. Mais il ne pouvait pas céder sur l'essentiel.Au plus fort des manifestations, avez-vous eu des doutes sur le succès de la réforme ?J'avais trois convictions. D'abord, que tout le monde avait compris la nécessité pour notre pays d'engager une vraie réforme des retraites. Ensuite, que personne ne voulait venir au secours du gouvernement pour l'aider. Ce qui peut s'expliquer ! Et pour finir, que la clé du succès était d'éviter les écueils de 1995, c'est-à-dire un embrasement du secteur public des transports. Cela a été possible grâce notamment à l'instauration du service minimum en 2007.En matière d'emploi, on assiste au retour du traitement social du chômage, auquel la droite semblait opposée...Celui-ci a été pratiqué par tous les gouvernements de droite et de gauche depuis plus de trente ans. Le sujet de l'emploi renvoie à trois problématiques majeures. La croissance d'abord, indispensable. Lorsqu'on est autour de 2 %, on stabilise le chômage. En dessous, c'est plus difficile. Le deuxième enjeu, c'est la formation des jeunes. On s'aperçoit que, dans les pays où l'Éducation nationale et l'entreprise travaillent la main dans la main, cela marche mieux. C'est vrai en Allemagne, c'est moins vrai en France. Le troisième sujet, le plus grave, c'est que, selon les enquêtes internationales (Pisa), le système scolaire est incapable de former correctement 20 % des jeunes Français, avec des conséquences dramatiques pour leur entrée sur le marché du travail.La situation de l'emploi s'améliore-?t-elle ?En 2010, l'économie française aura créé près de 100.000 emplois. Ce qui n'est pas si mal pour une année d'après-crise, même si cela reste insuffisant. En ce début d'année 2011, on voit une montée des heures supplémentaires, ainsi que le recours à l'intérim et aux CDD. Les entreprises recommencent à embaucher, mais de manière prudente.Étes-vous d'accord avec Jean-Claude Trichet, qui a plaidé pour un gel des salaires ?Jean-Claude Trichet est le président de la BCE qui, d'après le traité de Maastricht, a pour mission d'éviter les dérapages inflationnistes. Dans un passé récent, la France a connu des hausses de pouvoir d'achat bien plus fortes qu'en Allemagne, même si ce n'est plus le cas aujourd'hui. Mais les Français n'ont pas cette perception et beaucoup d'entre eux souhaiteraient une meilleure répartition de la valeur ajoutée. Ce chantier, que le président avait souhaité ouvrir, mériterait de l'être vraiment par les partenaires sociaux, et en particulier par le patronat.Quelles sont justement les préoccupations des Français ?Sur les sujets comme le pouvoir d'achat ou l'emploi, ils sont inquiets, et c'est normal dans cette période. Mais sur des sujets plus fondamentaux, ce que j'observe est plus inquiétant. Premièrement, il y a un rejet des élites, que ce soit les politiques ou les chefs d'entreprise... Deuxième observation, dans certaines entreprises, on assiste à une distanciation nouvelle entre le top management et le management intermédiaire et à une diminution de l'« affectio societatis ». Enfin, ils ont le sentiment que l'ascenseur social ne fonctionne plus aussi bien, même si certains travaux montrent l'inverse. Près de 40 % de la génération des 20-30 ans sont aujourd'hui diplômés de l'enseignement supérieur, alors que 20 % seulement de la génération des 45-55 ans sont dans ce cas. Beaucoup de jeunes ont l'impression que leurs diplômes ne donnent pas droit aux mêmes emplois que ceux auxquels la génération précédente avait accès.La majorité réfléchit à une nouvelle fiscalité du patrimoine. Plus largement, quelles pistes privilégiez-vous en matière de prélèvements obligatoires ?Dans le domaine de la protection sociale, on peut se demander s'il ne faudrait pas changer partiellement l'assiette des cotisations, pour favoriser l'emploi. Les opposants à cette idée jugent que cette forme d'imposition desservirait les bas revenus. À l'inverse, on peut dire que, si elle permet de rendre l'économie compétitive et plus créatrice d'emplois, au final les salariés s'y retrouveraient.Donc vous êtes favorable à une petite TVA sociale ?Laissons la sémantique de côté, et acceptons d'ouvrir le débat.À l'approche des élections présidentielles, allez-vous donner des conseils à Nicolas Sarkozy ?Si le président me demande mon avis, je le lui donnerai bien volontiers. Mais, j'ai quitté la maison Élysée et on n'est pas à la fois dedans et dehors.----(*) Président du groupe d'information professionnelle AEF et de la société de conseil Alixio.----Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Raymond Soubie sur LaTribune.fr, à partir de 11 heure

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