Les majors chinoises du pétrole multiplient les acquisitions dans le monde

Non, les compagnies pétrolières chinoises ne surpayent pas leurs acquisitions à l'étranger pour faire main basse sur les hydrocarbures nécessaires à la croissance effrénée de leur pays. Au contraire, elles agissent essentiellement comme des opérateurs économiques avisés et indépendantes du pouvoir central et leurs investissements à l'international permettent d'accroître la quantité d'hydrocarbures disponibles sur le marché. Ce constat un peu contre-intuitif n'émane pas de l'agence de presse officielle Chine Nouvelle mais d'une nouvelle étude de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), qui dépend de l'OCDE. L'appétit international croissant des compagnies pétrolières nationales chinoises (NOC, National Oil Companies) est perçu avec méfiance, voire hostilité. Qu'il s'agisse de gaz de schiste aux États-Unis, de sables bitumineux au Canada, de pétrole anté-salifère au Brésil, ou d'hydrocarbures conventionnels en Afrique, les CNPC (maison-mère de PetroChina), Sinopec, CNOOC et l'entreprise chimique Sinochem ont dépensé près de 30 milliards de dollars en acquisitions internationales en 2010. Ce montant représente presque le double des 18 milliards déboursés en 2009, qui avait représenté à l'époque 13 % du marché des fusions-acquisitions dans le secteur. Grâce à leurs investissements, les majors chinoises détenaient dans le cadre de leurs contrats de partage de production des droits sur 1,36 million de barils par jour au premier trimestre 2010, contre 1,1 million de barils par jour en 2009. Mais les décisions sur la vente de ce pétrole « sont principalement basées sur des considérations commerciales », estime l'étude. « Aucune preuve ne suggère que le gouvernement chinois impose un quota sur la production à rapatrier en Chine [...]. Par exemple, presque toute la production des compagnies chinoises en Amérique a été vendue localement ». L'AIE va même plus loin. « Malgré l'existence de certaines instances de coordination, il semble qu'il y ait un haut degré d'indépendance des compagnies chinoises par rapport au gouvernement », souligne l'AIE. Puissant levierMais à côté des rachats d'entreprises par les NOC chinoises, ou des partenariats établis avec des majors occidentales, qui leur permettent d'acquérir des expertises techniques, la Chine exerce un autre puissant levier pour sécuriser ses approvisionnements. Le pays a multiplié les prêts aux pays producteurs, en échange de productions. Depuis 2009, la Chine, via la China Development Bank, établissement bancaire public, a octroyé pas moins de 77 milliards de dollars de prêts à des pays aussi variés que la Russie, le Venezuela, l'Angola ou le Kazakhstan. « Utiliser des prêts en échange de pétrole et de gaz n'est pas nouveau et a été utilisé par les NOC chinoises auparavant, mais pas à cette échelle et pas avec ces quantités », souligne l'étude. « Le gouvernement chinois a joué un rôle plus actif en facilitant ces deals qu'elles ne l'ont fait pour les rachats des NOC », ajoutent ses auteurs. La Chine devenue importatrice de pétrole depuis 1993, a pour la première fois importé plus de pétrole en 2009 ? un peu moins de 4 millions de barils par jour ? qu'elle n'en a produit. Selon l'AIE, près de la moitié de la croissance attendue de la demande en hydrocarbures devrait provenir de la Chine au cours des cinq prochaines années.

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