Jaffa sous tension

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Et si c'était cela le septième art ? Une intrigue captivante, une écriture cinématographique puissante et originale. Et un extraordinaire moyen de dialoguer entre peuples ou frères ennemis. C'est en tous les cas ce que réussissent Scandar Copti et Yaron Shani, les réalisateurs de « Ajami », film israélien récompensé par la caméra d'or au dernier Festival de Cannes, également élu meilleur film de l'année en son pays.C'est à « Ajami », quartier défavorisé de Jaffa (aux portes de Tel-Aviv) que les deux cinéastes ont planté leur décor. Là cohabitent dans une tension permanente musulmans, chrétiens et juifs. Tout commence avec la mort du petit voisin d'Omar, tué par des hommes à moto. Sauf qu'ils se sont trompés de cible. C'était le petit frère d'Omar qu'ils visaient, sa famille faisant l'objet d'une vengeance depuis que l'oncle a tué un mafieux issu d'une tribu bédouine.Pour tenter de mettre fin à cette vendetta, Omar demande de l'aide à Abu Elias dont il aime en secret la fille. Et pour cause. Lui est musulman, elle est chrétienne. Il y a aussi Malek, Palestinien de Cisjordanie, plongeur sans papier dans le restaurant d'Abu Elias, prêt à tout pour trouver l'argent nécessaire à l'opération de sa mère atteinte d'une grave maladie. Binj, son collègue cuisinier, est, pour sa part, amoureux d'une jeune juive. Ce que ne lui pardonnent pas ses amis.scénario vertigineuxFilmées selon différents points de vue, toutes ces histoires s'imbriquent les unes aux autres grâce à un scénario construit de manière vertigineuse. Par ces thèmes - vengeances, amours impossibles, haines ancestrales, frères ennemis -, « Ajami » renvoie à la tragédie grecque, quand sa construction - unité de temps, de lieu et d'action découpée en cinq chapitres - rappelle les ressorts de la tragédie classique.On pense aussi aux films de James Gray face à une telle noirceur, néanmoins éclairée par la lumière chaude de la Méditerranée. C'est que tout, ici, semble sans espoir. Dans ce quartier où cohabitent toutes les communautés, seule la haine domine. Haine entre Juifs et Palestiniens. Mais aussi entre palestiniens, chrétiens et musulmans. Sans parler des relations entre Arabes, Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie qui prennent ces derniers pour des collabos. Pas d'espoir donc. Sauf que ce film (dont les acteurs, excellents, sont tous non professionnels) a été réalisé par un citoyen palestinien de l'État d'Israël (Scandar Copti) et un juif israélien (Yaron Shani). C'est bien la preuve qu'il est possible de s'entendre.

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