Gilles Jacob : « Le cinéma m'a tout appris »
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Non content d'avoir commis une autobiographie jubilatoire dévoilant les coulisses du Festival de Cannes (« La vie passera comme un rêve », Robert Laffont) où il officie depuis trente-quatre ans, Gilles Jacob publie aujourd'hui une sélection de ses photos numériques de Cannes et de Paris. Album de souvenirs?? Bien plus que ça. Car le président du Festival a demandé à des réalisateurs, des acteurs ou des écrivains de réagir face à ses images. Textes décalés, drôles, émouvants, plus profonds qu'ils n'y paraissent, font de ce livre un objet à part. Qu'attend le président du Festival de Cannes de cette 63e édition??De profiter de tous ces films que je n'ai pas vus?! C'est un plaisir de spectateur que vous n'avez pas en tant que sélectionneur puisque vous voyez des films inachevés. Et lorsqu'ils sont projetés à Cannes, vous êtes anxieux de vous être trompé. Rien de tout cela pour moi aujourd'hui. Alors cette année, je pourrai pleinement profiter des films qui viennent d'Afrique, de Roumanie ou de Corée où il se passe des choses très intéressantes. Vous publiez un livre de photos. Quelle relation entretenez-vous avec le médium??Jusqu'à l'arrivée du numérique, j'utilisais la photographie dans un cadre familial. Mais depuis dix ans, je dois marcher tous les jours pour des raisons de santé. Lorsque je me suis retrouvé avec un numérique en poche, les choses ont changé. Avec un appareil, on devient chasseur, aux aguets, attentif à tout ce qu'il y a autour. Pendant trente ans, j'ai été sans prendre une photo à Cannes, ce qui est vraiment crétin. Mais les gens ne sont surpris qu'une fois de me voir les immortaliser. Et puis, je ne veux pas troubler ceux qui montent les marches. On souffre tellement avant, qu'il faut pouvoir en profiter. Comment ces photos sont-elles devenues un livre??C'est une commande. Mais j'ai tenu à les faire rimer avec des textes. Aussi ai-je demandé à des gens que j'avais rencontrés d'écrire un texte, avec l'interdiction de dire du bien. Je crois que les plus beaux sont ceux signés par des écrivains comme Le Clézio. Ça colle avec ma vie alors qu'il ne la connaît pas. Est-ce le cinéma qui vous a appris à regarder??Le cinéma a changé mon regard. Il m'a tout appris, et notamment la mise en scène, mélange de facteurs techniques, artistiques et relationnels. Y a-t-il des réalisateurs avec lesquels vous parlez photo??Non. À l'exception de Wim Wenders. Il a fait des images magnifiques dans le désert américain. « Les Ailes du désir », c'est un rêve de photographe filmé d'un point de vue situé au-dessus du monde. Comme dans un travelling idéal.Propos recueillis par Yasmine Youssi
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