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Austérité : le FMI s'excuse...pas tant que ça

La Tribune

Publié le 06 juin 2013 à 21:05 - Mis à jour le 06 juin 2013 à 21:05

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Le « mea-culpa » du FMI sur le programme imposé à la Grèce en 2010 pourrait tourner une page. Faute avouée pourrait être pardonnée. Si seulement. Si seulement cette autocritique était complète et avait vocation à peser sur l'avenir. Or, on en est loin.Erreur sur la nature des erreursCar le FMI se trompe, ou fait mine de se tromper sur la nature de ses erreurs. Ce ne serait qu'un manque malheureux d'appréciation des multiplicateurs budgétaires qui lui a fait commettre l'erreur de sous-estimer l'impact du programme sur la croissance. Une sorte de simple bévue mathématique en quelque sorte qui a conduit la Troïka à surestimer l'aspect soutenable de la dette grecque. Il y a eu également quelques « bévues » techniques, mais ce que le rapport d'autocritique du FMI continue à défendre becs et ongles, c'est bien la nature du programme en lui-même.L'idéologie de la « dévaluation interne »« Le rapport ne remet pas en question le fond des politiques adoptés par le programme grec », peut-on ainsi lire page 32. « On peut soulever quelques questions sur les types de mesures prises et les conditions posées, mais les politiques adoptées ont été largement correctes », poursuit le rapport. Autrement dit, c'est le principe de la « dévaluation interne » adoptée en mai 2010 qui est défendu par le Fonds.Cette idéologie est basée sur cette logique simple : comme l'ajustement compétitif ne peut se faire ni par les changes ni par les transferts directs ou indirects, il doit se faire par les prix et les salaires. Ces deux derniers doivent baisser de conserve jusqu'au « point d'équilibre » où la Grèce aura regagné suffisamment de compétitivité pour fonder son économie sur les exportations. Dans cette logique, le chômage a une fonction claire : celle de participer à la chute des prix et des salaires.Or, le FMI ne remet pas en cause ce principe, il explique simplement s'être trompé sur le point d'équilibre. Ce processus doit se faire le plus vite possible. Globalement, plus la pilule est amère rapidement, plus elle est efficace. Dans le rapport du FMI, on annonce encore doctement qu'il « est difficile de prétendre que l'ajustement grec devait se faire plus lentement. »Une logique erronnéePourtant, le fond du problème réside dans le fait que cette dévaluation interne n'était fondamentalement pas adaptée à l'économie grecque qui, peu industrialisée, ne pouvait, comme l'a fait l'Irlande plus tard, profiter de l'amélioration de la compétitivité externe. En réduisant brusquement la demande intérieure, le programme grec a ruiné toute perspective aux agents économiques, il a détruit le faible outil productif du pays.La Grèce s'est alors enfoncée dans une spirale infernale : les salaires ont chuté, conformément à la logique de la dévaluation interne, les prix puis les bénéfices des entreprises ont suivi. Puis est venu le chômage et les faillites. Et tout ceci n'a guère été stoppé par l'amélioration de la balance des paiements ou par la réduction du déficit public. Ce qui devait redonner confiance et envie d'investir. Aujourd'hui, la situation se stabilise, mais l'économie grecque ne peut retrouver un élan suffisant pour regagner le terrain perdu. D'autant qu'elle ne sait que faire de sa compétitivité retrouvée : l'économie mondiale ralentit, la demande aussi et l'industrie grecque reste à construire. La Grèce s'est appauvrie durablement, voilà tout.Un aveuglement persistantEn évitant cette critique de fond, le FMI s'évite un débat sur sa propre idéologie et sur celle qui a présidé au « sauvetage de la Grèce. » Mais le terme d'idéologie semble particulièrement bien adapté dans ce cas puisque ni le FMI, ni la BCE, ni la Commission ne sont sortis de la certitude que la potion qui tuait le malade était la bonne. Mieux même, on en refaisait prendre au patient lorsque son état se dégradait et qu'il appelait à l'aide.Rappelons-nous qu'au printemps 2011 comme à l'été 2012, FMI, Commission et BCE ont réclamé et obtenu « plus d'efforts » de la part de la Grèce. Pourquoi ? Parce que cela « était bon », que « la Grèce doit être réformée » et que « les efforts paieront. » Or ces nouveaux efforts ont encore plongé davantage la Grèce dans le chaos. Ces exigences supplémentaires qui ne sont pas évoquées dans ce rapport qui se contente uniquement d'évaluer le programme de 2010, mais il est pour le moins étrange de voir que dans son rapport, le FMI regrette que « la confiance a été affectée durement par le désordre politique et social et par les discussions sur une éventuelle sortie de la zone euro de la Grèce », car il s'agit là précisément des conséquences du choix de la « dévaluation interne. »Une logique allemandeEn réalité, le FMI a, à l'époque, joué le rôle de supplétif des décisions du conseil européen et de la BCE. De mars à mai 2013, Angela Merkel, en pleine campagne électorale dans l'important Land de Rhénanie du Nord Westphalie, claironnait que « pas un euro allemand n'irait en Grèce. » Elle a alors refusé toute aide directe à l'économie grecque et les euro-obligations qui auraient ouvert la voie à l'Union des transferts, honnie outre-Rhin.Elle n'a pas davantage pu imaginer un système de « compensation » où l'Allemagne aurait réévalué en interne pendant que les autres dévaluaient, ce qui aurait rendu ce dernier mécanisme nécessairement moins douloureux. Et comme la chancelière a voulu « sauver l'Europe à tout prix », moins par conviction que par intérêt, il ne restait que l'option de la dévaluation interne, défendue dans les pays du Nord au nom de l'argument : « nous l'avons fait, faites-le à votre tour. »Mais cet argument, s'il peut séduire les électeurs allemands ou finnois, n'en est pas moins inopérant : les réformes allemandes ou finnoises se sont faites dans des pays où la structure économique et les déséquilibres étaient bien loin de ceux de la Grèce, du Portugal ou de l'Espagne. C'est là la source de cette « idéologie allemande » adoptée par le FMI et la BCE et que le Fonds soutient encore mordicus.La sous-évaluation des conséquences sur l'économie mondialeL'ennui, c'est que les effets pervers de cette idéologie se sont propagés au reste de la zone euro, puis au reste du monde. Aujourd'hui, même la Chine en subit les conséquences et c'est l'économie mondiale qui ralentit en raison de la gestion désastreuse de la crise grecque. Là encore, les experts du FMI, pourtant si prompts à donner des leçons sur les effets et les besoins de la mondialisation, ont totalement sous-estimé cet effet.Il est presque risible de voir le rapport (page 1) se féliciter que le programme ait permis de « gagner du temps » et de « bien contenir les effets sur l'économie mondiale. » On n'ose imaginer ce qui aurait pu se passer sans ce programme alors que la zone euro, rappelons-le, vient de connaître son sixième trimestre de récession. Car la Troïka a, malgré les signes d'échec et d'effets secondaires néfastes, qui se multipliaient, persévéré dans sa logique.La même pilule a été administrée au Portugal, à l'Irlande. Les agents économiques ont commencé à se dire que tous les pays en déficit de la zone euro pouvaient passer sous les fourches caudines de la troïka, même l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Tout le monde est parti aux abris et les économies européennes ont commencé à se contracter. Mais rien n'a changé, et jusqu'à peu encore, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, nous expliquait avec d'autres que ce processus douloureux était sans alternative et le plus sûr moyen pour tous de revenir à la croissance. Pendant trois ans, on a refusé toute critique à cette doctrine. On la rejetait comme "populiste" et on tentait de se convaincre, contre les évidences, de ses succès.La leçon sera-t-elle retenue ? Dès lors, il est peu probable que ce « mea-culpa » ne débouche sur de vraies leçons. L'idéologie dominante, quoique désormais adoucie dans les propos, ne change fondamentalement pas. Rien ne changera donc. L'agence S&P hier s'en disait convaincue et s'en félicitait. L'autocritique du FMI est la bienvenue, mais elle n'est pas un cas unique. Un long rapport intitulé « les leçons de la crise argentine » publié voici dix ans avait déjà indiqué ce qu'il ne fallait pas faire.La lecture de ce rapport est fort instructive. On y apprend que « l'expérience [argentine] conduit à se montrer plus prudent et attentif dans l'évaluation des liens entre réformes structurelles et croissance, à la fois dans le contexte de pays individuels et d'une analyse transfrontalière » (page 69, article 80). On y lit également qu'il faut se montrer « plus prudent dans l'évaluation des niveaux de dettes, au regard d'une considération attentive de l'ampleur de l'ajustement dans les périodes difficiles. »Si le FMI avait sorti ce rapport du tiroir en 2010, il aurait sans doute agi différemment. Mais ce rapport est resté lettre morte. Celui d'aujourd'hui, qui devait rester confidentiel avant d'être dévoilé par le Wall Street Journal, connaîtra-t-il un autre sort ? Pas sûr, si l'on se souvient que la troïka a toujours refusé les critiques Les piliers de l'idéologie restent en placeMais surtout, les larmes de crocodile du FMI, les nouveaux appels à la croissance des dirigeants allemands ou de la Commission européenne se heurtent aux dures réalités qu'ils ont bâties entre 2010 et 2013 : un gouvernement économique de l'Europe fondé sur l'idéologie de la dévaluation interne. Les « plans d'ajustement » prévus par les statuts du MES et le pacte budgétaire restent en place, malgré les discours.Le « sauvetage de Chypre » a montré que les considérations concernant l'économie locale sont toujours inexistantes : l'essentiel est de « sauver l'euro » en limitant le coût pour les contribuables allemands ou français. Enfin, les dernières recommandations de la Commission dans le cadre de la nouvelle architecture économique européenne, ont montré que tout était en place pour recommencer. Du reste, Bruxelles a montré son désaccord avec l'analyse du FMI. Décidément, « l'idéologie allemande » a encore un bel avenir devant elle. Le rapport du FMI (en anglais)

La Tribune

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