Au Brésil, le secteur financier connaît un formidable essor

Lorsque, en 2002, quelques semaines avant l'élection présidentielle, Goldman Sachs invente le «Lulometro», chargé de mesurer le risque qu'impliquerait pour les marchés l'élection de Luiz Iñacio Lula da Silva, la banque d'investissement est loin d'imaginer que, huit ans plus tard, les banques brésiliennes seraient les premières gagnantes des deux mandats de l'ex-ouvrier métallurgiste. Au sein des Amériques, le Brésil est désormais le seul pays à concurrencer les Etats-Unis. En 2009, la banque latino-américaine la mieux placée était le Banco do Brasil (BB), une institution publique, au septième rang, avec 407 milliards de dollars d'actifs, devançant Itau-Unibanco (349 milliards), qui vient de rentrer dans le Top 10 mondial des capitalisations boursières des banques. En revanche, côté rentabilité, les Brésiliens détrônent désormais leurs voisins du nord : selon Economatica, un groupe de conseil financier de São Paulo, en 2009 le retour sur fonds propres (ROE) du BB était de 34,74 %, le plus élevé des Amériques, suivi par Itau-Unibanco (24,19 %) et Bradesco (23,82 %). Le premier groupe américain, Goldman Sachs, n'arrive qu'en quatrième position, avec un ROE de 19,82 %. « C'est d'abord le différentiel de taux d'intérêt qui est à l'origine de cette forte rentabilit頻, explique Einar Rivero, analyste d'Economatica. Lula a repris à son compte l'orthodoxie monétaire de ses prédécesseurs, en augmentant le taux de base de la Banque Centrale (Selic), par crainte de l'inflation. Même en 2009, quand la politique monétaire s'est faite plus accommodante, pour éviter la récession, le taux réel atteignait encore 5 % - il était nul aux Etats-Unis. Au contraire de ce qui s'est passé aux Etats-Unis et en Europe, le secteur bancaire a relativement peu souffert de la crise, du fait d'une réglementation plus restrictive, interdisant l'acquisition d'actifs douteux. En novembre 2008, Itau et Unibanco ont fusionné pour créer le premier groupe bancaire d'Amérique latine. Dans la foulée, BB a racheté d'autres institutions régionales, comme Banco do Estado de Santa Catarina (Besc), récupérant ainsi sa position de leader. Les étrangers à l'affûtL'autre action cruciale du gouvernement pendant la crise a été d'engager les organismes publics (BB, Caixa Economica et la banque d'investissement BNDES) à une politique agressive de crédit aux entreprises et aux particuliers. Avec le retour de la croissance ? 7 % prévus cette année ?, c'est au tour du privé de surenchérir, pour rattraper le terrain perdu. Enfin, le Brésil assiste à un mouvement de bancarisation accélérée, incluant les familles modestes et les villes de l'intérieur. Bradesco a ainsi annoncé en novembre être présente sous forme d'agences ou de correspondants bancaires dans 100 % des 5.560 municipalités brésiliennes. Dernière tendance : les groupes brésiliens se tournent vers l'étranger. C'est le cas d'Itau-Unibanco, déjà installé en Argentine, au Chili et en Uruguay. à l'inverse, les groupes étrangers aimeraient leur part du gâteau brésilien. L'espagnole Santander, installée depuis 13 ans dans le pays, est devenue, à force d'acquisitions, la quatrième banque locale. En septembre dernier, elle a levé 14,1 milliards de reais lors de son entrée en Bourse, la plus importante de l'histoire du marché de São Paulo. « Pour de nouveaux venus, c'est un marché difficile à pénétrer, du fait de la réglementation, et la forte concentration », prévient Einar Rivero. La Santander compte profiter de l'opportunité pour se renforcer au Brésil. Son président mondial, Emílio Botín a déjà annoncé que la filiale brésilienne dépasserait la maison mère dans un futur très prochain.

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