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Réseaux intelligents : le mieux peut être l'ennemi du bien pour le consommateur

La Tribune

Publié le 06 juin 2013 à 21:05 - Mis à jour le 06 juin 2013 à 21:05

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Le congrès des smart-grids SGPARIS 2013 a mobilisé cette semaine à Paris des centaines d’experts des réseaux intelligents. Trois jours durant, ils se sont penchés sur des sujets aussi variés que la transition et la décentralisation énergétique, les actualités réglementaires en France et à l’international, la chaîne de valeur smart grids, l’intégration des énergies renouvelables dans le réseau, la gestion de la pointe et son effacement, les investissements (gigantesques) réalisés dans ce secteur dans le monde entier…Voués à être déployés sur toute la chaîne de distribution de l’électricité, les smart grids, ou réseaux intelligents, doivent permettre aux opérateurs d’abaisser leurs coûts opérationnels, de mieux lisser la consommation, de limiter les importations au prix fort, d’éviter les blacks-out… et aux consommateurs, grâce à des bâtiments intelligents équipés de compteurs communicants, dans le tertiaire comme dans le résidentiel, de mieux contrôler et, donc, maîtriser leur consommation d’énergie. L’appel d’offres Linky, maintes fois repoussé, vient à nouveau d’être annoncé pour la fin du mois par Delphine Batho en ouverture du congrès.Des freins financiers et techniques résolusSauf qu’on ne s’est encore pas beaucoup posé la question de savoir comment s’y prendre pour que les particuliers, notamment chez eux, acceptent ces compteurs intelligents (ou communicants), comprennent leur fonctionnement, s’y intéressent dans la durée, et s’en servent pour mieux maîtriser leur consommation.Au début du projet, la question financière (combien cela va-t-il coûter et surtout à qui) et de l’accessibilité physique des compteurs (parfois situés à l’extérieur des habitations), a suscité de vifs débats entre les associations de consommateurs (notamment UFC Que Choisir) et, ERDF, en charge du déploiement du compteur LINKY. Les esprits semblent aujourd’hui apaisés, chacun ayant fait une partie du chemin. La traduction des consommations en données monétaires pour une meilleure lisibilité semble également faire consensus.Explosion de la précarité énergétiqueEn revanche, l’accompagnement au déploiement des compteurs chez les particuliers continue d’agiter les esprits. Comme en témoignent des expériences plus ou moins réussies menées outre-Atlantique, celui-ci se doit d’être multi-canal, ludique, suivi dans la durée…En France, le médiateur national de l’Energie, confronté à une explosion de la précarité énergétique, suggère d’y associer les collectivités locales comme cela avait été le cas lors du déploiement de la TNT. Dans les communes rurales en effet, les citoyens ont tendance à se tourner vers leur mairie pour s’informer. Contrôle et pilotage à la lumière de la sociologieSur le plan de la technique, une question se pose de façon récurrente : où placer le curseur entre l’efficacité énergétique active (je pilote moi-même ma consommation en décalant le lancement de mon lave-vaisselle, en arrêtant la climatisation, etc.) et l’efficacité énergétique passive (tout se fait automatiquement, via des capteurs dont certains sont capables de détecter à la fois la luminosité extérieure ou le nombre de personnes dans une pièce, et d’ajuster le chauffage ou l’éclairage en conséquence). Des solutions hybrides apparaissent d’ailleurs outre-Atlantique.Mais cette question n’est pas seulement technique. Elle recoupe en effet la façon dont les occupants d’un bâtiment, et singulièrement d’une habitation, appréhendent les questions de contrôle et de pilotage. Et là, les choses se corsent. « L’espace domestique est un espace affectif, et non pas rationnel, que les gens n’ont pas envie de piloter, même s’ils en ont besoin », analyse ainsi le sociologue Stéphane Hugon, du Centre d’études sur l’actuel et le quotidien (CEAQ) au sein de l’université Paris V. Selon lui, ils ne veulent pas d’un tableau de commandes à partir duquel tout régenter en pater familias.La dictature du bienPas question pour autant de laisser la main à un juge de paix extérieur, qui saurait ce qui est bon pour nous, dans une forme de « dictature du bien ». Dans l’espace privé, c’est le confort et le bien-être qui priment, pas l’efficacité. Quand bien même on prouverait aux occupants - ce qui est tout à fait exact la plupart du temps grâce aux technologies actuelles – que l’un n’empêche pas l’autre, ça n’est pas en leur proposant de tout maîtriser qu’on les motiverait à adopter une plus grande sobriété.Malheureusement, cette question essentielle à la réussite du déploiement des compteurs est rarement débattue en dehors de quelques chercheurs tout particulièrement intéressés par l’acceptabilité des nouvelles technologies à la lumière des sciences sociales.Faute de quoi, le compteur intelligent risque bien de ne profiter qu’aux seuls opérateurs, et de ruiner les efforts de ceux qui se sont mobilisés depuis quelques années pour que, sur un plan financier et technique, il puisse être efficacement exploité par les consommateurs.

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